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« Neige Noire » Billie Holiday à La Tempête

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NEIGE NOIRE
photo © Theothea.com

Dans l'obscurité absolue, d'agiles mains voltigent au-dessus d'un clavier invisible. Partition d'un pianiste ? Bruitage d'une machine à écrire. Simulacre d'un écrivain ? Mystère ! Et si devant nous allaient se jouer les bribes fragmentées d'une autobiographie " Lady sings the blues" !

Lorsque la lumière tamise la salle, est dressé un mur de valises et de malles empilées les unes dans les autres, des petites à l'intérieur des grandes. Telles des boîtes gigognes, les multiples tiroirs vont s'ouvrir et laisser échapper des morceaux de vie, égrenés au diapason des souvenirs et de la mémoire fracassée de Billie Holiday.

Ici pas de chronologie linéaire mais des épisodes entrelacés où on va la suivre à différents âges, accompagnée d'un double masculin, aux multiples rôles, du père, à l'amant, ou l'ami adulé, le saxophoniste Lester Young qu'elle appelle "Président".

Ces fragments cabossés tentent de s'assembler tel un patchwork pour parvenir à dresser le portrait de celle qui est devenue, à force d'opiniâtreté et de détermination, miss Billie Holiday, chanteuse de jazz.

Cette quête d'identité et de reconnaissance est d'abord celle d'une petite fille prénommée Eleonora, abandonnée dans un train, atterissant sur un quai à New-York, un carton autour du cou portant nom et adresse, partant à la recherche d'un père inconnu, mais qui est musicien, le clarinettiste Clarence Holiday. A l'âge de 13 ans, Eleonora sait qu'elle veut chanter à tout prix quelles que soient les embûches. "Personne ne m'empêchera de chanter".

Le kaléidoscope de sa vie s'étire devant nous, émaillé par des chants langoureux. Ici, la voix sublime de naturel est portée par une chanteuse de gospel Samantha Lavital, grande fille solaire au timbre rauque et doux. Son jeu sobre est contrebalancé par son partenaire, à la fois faire-valoir, clown blanc et bouffon. Duo insolite dans lequel Philippe Gouin endosse les multiples rôles masculins comme des sketchs où il cherche un peu trop à faire rire au détriment de son propre talent de chanteur musicien.

Par touches impressionnistes, le passé de Billie est revisité vers cette grand-mère esclave chez un propriétaire blanc d'une plantation. Cette incursion prendra toute sa force poignante quand éclatera un blues "Strange fruit" qui fut la première chanson contestataire sur le lynchage des Noirs.

Dans la mise en scène de Christine Pouquet, on ne sombre jamais dans le pathos et le misérabilisme, le burlesque s'immisce en contrepoint des chants lancinants et douloureux. Cela donne un spectacle touchant et poétique mais peut-être un peu trop candide pour célébrer au mieux cette grande dame qui s'est brûlée les ailes et que Lester Young surnommait "Lady Day".

photo © Theothea.com

NEIGE NOIRE - **.. Theothea.com - de & mise en scène Christine Pouquet - avec Samantha Lavital, Philippe Gouin ou Rémi Cotta - Théâtre La Tempête


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