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Nobody

Nobody d’après les textes de Falk Richter mise en scène Cyril Teste production MxM ; La carte Blanche Elsa Agnès, Fanny Arnulf, Victor Assié, Laurie Barthélémy, Pauline Collin, Florent Dupuis, Katia Ferreira, Mathias Labelle, Quentin Ménard, Sylvère Santin, Morgan Lloyd Sicard, Camille Soulerin, Vincent Steinebach, Rébecca Truffot assistanat à la mise en scène Marion Pellissier scénographie Cyril Teste et Julien Boizard lumière Julien Boizard chef opérateur Nicolas Doremus cadreur Christophe Gaultier montage en direct et régie vidéo Mehdi Toutain-Lopez musique originale Nihil Bordures au Montfort jusqu’au 21 Novembre

Puis Théâtre du Nord, (Lille) Bonlieu (Annecy)

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Nobody est une tentative réussie de nous montrer la face et le profil en même temps. Les acteurs jouent sur scène comme au théâtre et apparaissent en même temps sur un écran, assez grand, au-dessus de la scène. Ils sont filmés (parfois) par deux caméramans de noir vêtus que l’on voit et que l’on ne doit pas voir, que l’on voit et que l’on ne voit pas donc ; parce qu’ils n’ont pas de personnage, ils ne font pas partie de l’action, ils font partie du dispositif spectaculaire.

Entre le public et la scène, se dresse une paroi de verre, dans laquelle le public se reflète avant que le spectacle commence. L’espace ainsi défini paraît plutôt « en longueur », il n’y a de la profondeur de champ qu’à jardin, avec la salle de réunion. D’ailleurs, les actions dans cette salle m’ont semblé toujours un peu lointaines, moins sensibles. La distance est un facteur important de l’impact des événements (ce qui se passe). Les interactions y sont filmées comme tout le temps, ce qui compense fortement. Les lumières de l’ensemble sont crues et blanches ; on a l’impression d’un milieu aseptisé, laboratoire ou hôpital. Beaucoup de gens parlent d’aquarium, j’y ai plutôt vu la vitrine d’un magasin.

La caméra nous entraîne dans des pièces de l’arrière-scène que nous ne voyons pas : les toilettes, l’ascenseur… et l’intérieur d’un appartement, un lit, une chambre à coucher…

L’écran projette les dix articles du manifeste dogme 95, lancé en 1995 par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg et abandonné dix ans plus tard par les mêmes. N’importe qui peut s’en emparer et s’en réclamer. On pourrait aussi voir dans Nobody le mode du direct télévisé.

C’est un spectacle choral. Beaucoup de personnages, pas d’action unie, centrant le chœur vers une même tension et son dénouement, la pièce exprime la très grande difficulté de vivre dans un univers où l’état psychique de chacun est mesuré sans cesse et étalé, discuté en groupe.

On voit vivre une entreprise de conseil qui s’occupe surtout de compressions de personnel dans d’autres entreprises clientes. On voit les salariés travailler au quotidien, tous à vue les uns des autres ; ils n’ont pas de bureau. Ils ont un discours très serré, avec un vocabulaire restreint, dit volubilement, joyeusement, cela crée un espace étroit pour la pensée sur eux-mêmes dans leur travail, les techniques de choix de leurs actions, leur valorisation en tant que personne et dans le travail. En ce sens, ils ressemblent à une secte : engagement total, pas de vie personnelle ou, parce que c’est tout de même une activité salariée, passant forcément après. Une seule voie pour leur salut et l’exclusion comme une épée de Damoclès. On voit l’arrivée du nouveau et le départ de celui dont « personne ne veut ». Tout est mesuré, ils ont un entretien régulièrement avec une psychologue, qui n’a pas l’air, elle, d’être soumise à cette pression. Ils ont une idée des réponses toutes faites qu’ils doivent donner. Certains s’offusquent du caractère très intime de certaines déclarations à cette psychologue, on peut aussi imaginer que lui donner du grain à moudre sur sa vie privée, plutôt hors-sujet, est de bonne tactique, montrant entre autre l’honnêteté et la loyauté par une franchise, en réalité, calculée et fausse.

On sait tous que nombre d’entreprises sont managées de la sorte et que cette exposition psychologique est une horreur, relève d’un harcèlement généralisé de tous par tous. Mon expérience personnelle m’amènerait à dire que les relations humaines au travail ne sont pas loin de celles qu’on voit, même quand ce n’est pas ouvertement la méthode de management. Le travail est une denrée rare et quand la ressource manque, les humains font tout et n’importe quoi pour en avoir la meilleure part au détriment des autres.

Cyril Teste veut augmenter la puissance théâtrale en y adjoignant le cinéma, et le rendre plus actuel pour dire des problèmes actuels. Leurs lois n’en sont pas les mêmes. Au cinéma, on ne voit pas les gens ne rien faire (du point du spectacle, de leur personnage, de la dramaturgie), faire leur travail en silence. La caméra cerne un dialogue, en champ contre-champ, quelques personnages, quelques actions. On ne verrait pas, au cinéma, un autre employé faire des photocopies pendant ce temps. A l’inverse, au théâtre, on voit un personnage, un acteur donc, recevoir longuement la tirade d’un autre, jouer cet écoute, sans avoir rien à faire.

C’est très bien traité, efficace du point de vue du sens, esthétique en diable pour montrer la cruauté exacerbée de nos jours dans les entreprises.

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