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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Noël : Le baobab aux lucioles sacrées

Noël : Le baobab aux lucioles sacrées

Nous sommes dans une ville d’Afrique. Ce pourrait être Abidjan, Conakry, Dakar ou Bamako. Il fait nuit. Un grand noir tire une petite remorque dans laquelle est assise une très jeune femme enceinte jusqu’au yeux.

 

- Oh ! Boubakar-Joseph, j’ai mal. J’ai mal. Mon ventre, c’est comme une calebasse trop pleine qui va éclater. C’est encore loin l’hôpital ?

- Non. Courage Chérie-Marie. On va bientôt arriver. Tu vas avoir un bon lit dans la grande salle. Paraît même qu’y a des ventilateurs. Les docteurs habillés en blanc vont bien s’occuper de toi. Courage ma petite Chérie-Marie, mon orchidée d’amour, ma petite gazelle, ma jolie mangue douce, étoile de mon ciel, soleil de mon cœur.

- Boubakar-Joseph, j’ai mal, j’ai mal…

- On arrive, Chérie-Marie. Voilà l’hôpital.

Le couple s’arrête devant l’entrée de l’hôpital. Boubakar-Joseph s’adresse à un planton en blouse blanche :

- Bonjour Monsieur le Docteur. Ma femme, Chérie-Marie, est en train de travailler l’enfant. Elle a beaucoup mal au ventre. Beaucoup mal au ventre Monsieur le Docteur. Il faut l’aider à faire l’enfant. C’est notre premier Monsieur le Docteur !

Le planton-docteur, très administratif, répond :

- Nous avons donc et par conséquent que la dénommée Chérie-Marie demande à être admise à l’hôpital. Pourquoi ? Vous avez un certificat médical ?

- Mais non, Monsieur le Docteur. Mais vous voyez bien qu’elle travaille l’enfant !

- Je vois surtout que vous n’avez pas de certificat médical. Donc, présentement, le règlement ne me permet pas de vous admettre. Passez votre chemin !

- Mais…

Le planton brandit un bâton au-dessus de la tête du pauvre Boubakar-Joseph et crie : 

- Foutez-moi le camp ! Revenez demain si vous avez un certificat médical !

Le pauvre Boubakar-Joseph console sa femme avec des gestes pleins de douceur et ils repartent.

- Oh ! Boubakar-Joseph, j’ai mal, j’ai mal…

- Courage ma jolie colombe d’amour. Regarde. Tout près il y a le grand hôtel des Français. Ils nous aideront.

Ils stoppent devant une grande bâtisse en béton à l’enseigne : “ Grand hôtel de France et du commerce réunis ”. Boubakar-Joseph s’adresse au portier noir qui rentre prévenir le patron français. Celui-ci — veste saharienne, chapeau de brousse sur la tête — sort. Dans l’hôtel, on entend les musiques de la fête.

- Bwana Patron, ma femme Chérie-Marie travaille l’enfant. Ils ne l’ont pas voulue à l’hôpital. Pourriez-vous nous autoriser à nous installer dans un petit coin d’une petite pièce de votre grand hôtel ? Il y a sûrement un docteur parmi vos clients…

Le Français le regarde comme il regarderait une merde : on n’a pas d’états d’âme vis-à-vis d’une merde, on l’évite, c’est tout…Puis il éclate de rire en se tapant sur les cuisses et dit :

- Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ben dis donc ! Il est gonflé celui-là. Il voudrait que sa grosse mette bas dans mon hôtel ! Puis quoi encore ! Fous le camp salopard ! Tu dégueulasses mon entrée ! Dégage vite ou je te fais bastonner !

Il s’approche, la main haute, de Boubakar-Joseph. Le portier noir accourt lui aussi, armé d’un bâton, prêt à frapper. Le malheureux couple s’en va.

- Oh ! Boubakar-Joseph, j’ai mal, j’ai mal. Comme si une hyène me mordait dans le ventre. J’en peux plus Boubakar-Joseph. J’en peux plus…

- Courage mon océan de rêve, ma petite panthère d’amour. Je vois le poste de police tout près. Je vais demander de l’aide. Ce sont des gardiens de la paix. Ils sont là pour nous protéger, pour nous porter assistance…

Ils s’arrêtent devant un immeuble surmonté de la pancarte “ Police – Au service du Peuple”. Boubakar-Joseph s’approche. On entend des bruits de voix sortant du bureau :

- …et dix de der ! Vous êtes dedans mon adjudant ! Vous êtes dedans !

Voilà que sort en bougonnant un sous-off noir en short et chemise kakis, képi de travers sur le front, une canette de kronenbourg dans chaque main. Il aperçoit Boubakar et dit :

- Qu’est-ce-qu’y veut çui-là ? Qu’est-ce-qu’y veut ? …Dedans, dedans. En voilà un que je vais foutre dedans, moi !

Boubakar-Joseph, intimidé, s’approche. Devant l’adjudant, il claque des talons et salue militairement en disant :

- Excusez-moi de vous demander pardon, Chef ! Ma femme que voici est en travail d’enfant. Personne veut nous aider, Chef ! Personne…

Le chien de quartier s’envoie un long gorgeon de bière, s’essuie sur le revers de sa manche, rote un grand coup et gueule :

- Tu veux que je te foute dedans ? Est-ce que j’ai une gueule de sage-femme ? Fout le camp ou c’est moi qui te fous au trou !

Boubakar part en courant, retrouve sa femme qui geint sur la petite remorque. Les larmes aux yeux, il s’efforce de la consoler :

- Du courage jolie fleur de mon cœur, rosée de mes jours, musique de ma vie.

Ils repartent. En passant sous un arbre, un petit singe saute sur la remorque de Chérie-Marie, lui donne une banane, puis saute sur l’épaule du grand noir et lui parle :

- Boubakar-Joseph, Chérie-Marie, enfin je vous ai trouvés ! Venez vite. Suivez cette traînée de lumière devant vous, dans le ciel. Ce sont les lucioles sacrées.

Chérie-Marie mange la banane du petit singe. Immédiatement son terrible mal de ventre se dissipe.

- Oh ! Boubakar-Joseph, je n’ai presque plus mal ! Je n’ai presque plus mal ! Regarde ! Regarde toutes ces poussières d’étoiles ! Elles bougent comme un nuage de feu. Elles semblent nous montrer un chemin. Suivons-les…

Suivant le nuage de lucioles et le petit singe qui gambade et cabriole joyeusement devant eux, le couple atteint les faubourgs de la ville et gagne la jungle.

- Regarde Chérie-Marie, les grands arbres se penchent sur ton passage comme pour te saluer. Regarde ! Plein de singes nous suivent. Et des gazelles maintenant, tout un troupeau. Et les zèbres. Vois. Même les grands serpents. Même la girafe. Là, regarde, le rhinocéros.

- Je n’ai plus mal Boubakar-Joseph ! Je n’ai plus mal du tout ! Et toutes ces fleurs, tous ces arbres, tous ces animaux qui nous veulent du bien ! Regarde Boubakar-Joseph, là le grand baobab. Les lucioles sacrées lui font comme une couronne scintillante. C’est là qu’il nous faut aller Boubakar-Joseph ! C’est là. Je le sens. Je le sais.

- Chérie-Marie, c’est merveilleux. Qu’est-ce qu’il nous arrive ! Qu’est-ce qu’il nous arrive ! Là, regarde, au pied de l’arbre. Une grande lionne. N’aie pas peur Chérie-Marie, regarde comme elle est amicale. Elle t’invite à t’étendre près d’elle sur la fourrure si douce de son ventre. Et voilà un éléphant. Il m’aide Chérie-Marie ! Il m’aide avec sa trompe à te déposer délicatement contre le ventre de la lionne. Il te fait de l’air avec ses grandes oreilles pour te rafraîchir !

- Oh ! Boubakar-Joseph. Là, entre mes jambes. Ça coule. Pourtant je n’ai pas mal. C’est chaud. Boubakar ! Boubakar, tiens-moi la main !

- Il est là ! Il est là ! C’est un garçon ! C’est notre fils Boubakar-Joseph ! C’est notre fils ! Oh ! Boubakar-Joseph, quel bonheur. Comment allons-nous l’appeler.

- Appelons-le Jésus !

 

JVJ


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10 réactions à cet article    


  • dithercarmar dithercarmar 23 décembre 2014 12:24

    Le mysticisme n’est pas une religion, mais une maladie de la religion.

    La foi, c’est la non-pensée élevée au rang de vertu.

    Bill Maher

    • VICTOR Ayoli Victor 23 décembre 2014 14:28

      Je suis complètement athée.

      Ce conte est un plaidoyer contre le racisme en utilisant un support culturel fort présent en ces jours : Noël.


      • Gauche Normale Gauche Normale 24 décembre 2014 00:29

        Et c’est une très belle initiative. Merci Victor pour cet article et joyeux Noël à vous smiley.


      • VICTOR Ayoli Victor 24 décembre 2014 09:17

        Joyeux Noïo hel.
        Ce mot gaulois qualifie la fête du renouveau de la lumière. Il a évidement été récupéré par les k.to


      • mmbbb 24 décembre 2014 10:30

        sans la religion les hommes se foutent aussi sur la gueule Les gauchistes de l’ EN nous rappelent toujourrs ce poncif les guerres de religion, l’emprise de la religion etc Certes il y eu des morts mais les guerres civiles ent ont fait infiniment plus et les regimes dictatoriaux ont ete le plus souvent bien plus cruels que certains regimes administres par les rois Ceci on veut nous imposer une mixite sociale moi je tiens a avoir la vie que je desire et ne pas subir les diktats des groupes de pression qui se preservent eyt vivent comme des petits bourgeois que je hais


      • Gauche Normale Gauche Normale 24 décembre 2014 14:13

        Le commentateur du dessus a visiblement besoin de régler ses comptes...


      • dithercarmar dithercarmar 24 décembre 2014 15:08

        Tout les systèmes royalistes, impérialistes amènent des guerres de religions ou fondées sur des croyances religieuses. Les plus grandes cruautés (guerre, esclavage, génocide etc...) ont pour base les religions. Regardez de plus près votre histoire...



        • Le Corbeau Magnifique Le Corbeau Magnifique 24 décembre 2014 17:48

          Jamais lu un article aussi ,bête.

          Quand je pense que les octets circulent à la vitesse de la lumière, ça me fascine !


          • KYLANTON 1er janvier 2015 20:08

            Magnifique conte !

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