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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Oh Les Beaux Jours » de Catherine Frot à La Madeleine

« Oh Les Beaux Jours » de Catherine Frot à La Madeleine

Très impressionnée par la performance de Madeleine Renaud qui créa le rôle de Winnie en 1963, en le reprenant maintes fois jusqu’à la fin de sa carrière, il tardait à Catherine Frot de se confronter, en pleine maturité, à ce personnage tragique…. à la mesure de l’issue de toute vie humaine.

S’enfonçant inéluctablement dans ce qui pourrait être un château de sable, celui que l’homme crée de toutes pièces afin d’entretenir ses chimères, la comédienne, en accord total avec Marc Paquien son metteur en scène, prend le parti d’interpréter tout ce qui arrive dans la journée de Winnie, comme un cadeau du ciel offert sur un plateau d’argent.

Ainsi, délibérément optimiste, le moindre signe de Willie son partenaire, pour le moins tétanisé, le moindre bruit qui pourrait enchanter la menace du vide ou la moindre modification apportée à son propre rituel quotidien devient source d’une immense satisfaction, à l’image d’une étincelle de vie dérobée au néant.

Enserrée dans un mamelon, initialement au niveau de la taille, jusqu’à ne conserver, en phase ultime, que la tête hors de l’ensevelissement programmé, c’est, donc, son sac fourre-tout qui lui servira de viatique quasi miraculeux, s’inventant, ainsi, à travers un mouchoir, une brosse à dents ou autre pistolet, l’espace d’un imaginaire burlesque, apte à se renouveler et même à se sublimer.

A l’aune de l’humour latent mais constamment implicite de l’auteur, le long fleuve pas si tranquille de la vie pourrait s’écouler à sa guise, pourvu de rester à l’écoute des signes manifestes de sa régénérescence potentielle.

En l’occurrence, avec son teint enjoué sous l’ombrelle, Catherine Frot éclate de bonne santé et d’humeur alors que le texte de Beckett coule littéralement de sa bouche sans heurt ou saccade…. tout comme si, elle était, à elle seule, la médiatrice naturelle des didascalies de Samuel Beckett.

visuel affiche - Illustration © Gérard Didier

OH LES BEAUX JOURS - ***. Theothea.com - de Samuel Beckett - mise en scène : Marc Paquien - avec Catherine Frot & Pierre Banderet - Théâtre de La Madeleine


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3 réactions à cet article    


  • Ohlesbeauxjours 9 février 2012 09:20

    J’ai vu cette pièce et ça ne devrait pas être à moi de vous en parler... Mais je ne saurai trop vous recommander d’aller voir aussi Yann Collette au Théâtre de la Commune : jamais une actrice n’a incarnée Winnie comme lui ! Et jamais Beckett n’a été joué ainsi ! Donc rendez-vous au Théâtre de la Commune (avant ou après le théâtre de la Madeleine) : Cette œuvre mérite vraiment qu’on juge sur « pièce ». Je compte sur vous.


    • easy easy 9 février 2012 15:41

      Whahhh, la première pièce que j’ai vue en arrivant en France.
      Avé la Madeleine et à la gare d’Orsay

      Ca et Equus, quand on est trop jeune, pas le moins du monde préparé à cette forme de spectacle, c’est seulement étrange. Ca produit des émotions certes, mais elles sont brutes de brutes et ne savent pas du tout où s’installer.

      Ca m’amène à faire la réflexion qu’en France, peut-être plus qu’ailleurs, les adultes ont tendance à envoyer les enfants voir des pièces très étranges trop jeunes.

      Comme je descendais juste de mon arbre (où je savais très bien où ranger les fortes émotions résultant de la guerre et du racisme), le trauma avait été particulièrement fort devant ces émotions que me provoquaient le théâtre français et dont je ne savais que faire.
       
      J’ai donc le souci que les jeunes Français, même beaucoup plus avertis que moi à l’époque, soient, même dans une moindre mesure, traumatisés pour rien.

      Car ce qu’il y a d’étrange avec le théâtre occidental, c’est qu’on voit des scènes terrifiantes et qu’autour de soi chacun continue de mastiquer sa pizza aux oignons. Gamin, on se retrouve donc avec un flot d’émotions embarrassantes dont on ne peut pas parler puisque les autres ne paraissent pas émus ou semblent émus d’une toute autre manière.

      Exemple.
      Vers 8 ans, j’ai vu de vraies scènes où des coupables de je ne sais quoi étaient enterrés jusqu’au cou. Puis décapités au bulldozer ou écrasés par un éléphant. Bon, là je vois le public Gloupssser et je range donc cette émotion dans la même case que lui.

      Et quand je voyais du théâtre, les acteurs portaient des masques qui faisaient donc faux.

      Puis, quelques années après, je me retrouve devant une femme sans masque, comme ma mère, enterrée jusqu’au cou, devant un public ravi, pas Gloupssé du tout, qui sirote un café à l’entracte..Je surveille l’arrivée d’un bulldozer...d’un éléphant... moi pas comprendre...Ouh la la !

      M’enfin elle semble encore bien vivante à la fin du spectacle quand tout le monde l’applaudit.
      Les gens sont contents
      Moi je vomis dans mon ventre.

      Et Equus, je te dis pas.

      M’enfin même les pièces de Racine, de Corneille, c’est dur dur dur pour le spectateur puceau du théâtre.

      Il y a les Petit Poucet et Chaperon rouge qui éduquent l’enfant à des choses très dures et à ranger les émotions qui en surgissent dans les bons tiroirs que lui indiquent ses parents. Mais en dépit de cette préparation, il faut encore une autre préparation pour voir certaines pièces de théâtre.


      A vous, archi blasés du théâtre, ce que je vous raconte là doit vous paraître hors propos, surréaliste et martien mais c’était bien mon lot.


      Rassurez-vous, ca fait tout de même un moment maintenant que je vis le théâtre comme vous.

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