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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > On achève bien les chevaux

On achève bien les chevaux

They shoot horses, don't they ?


Horace Mac Coy
1935

 

Les années 1930 en Californie. Même au bord du Pacifique, la grande dépression ravage le pays, réduisant à la misère le rêve américain.
C'est la grande époque des marathons de danse, ces exhibitions / compétitions qui me paraissent totalement irréelles, quand bien même je sais pertinemment qu'elles ont bel et bien existé. Des couples dansent pendant des jours, des semaines, des mois. Sans s'arrêter. Sans jamais rien faire d'autre si ce n'est satisfaire a minima les besoins vitaux des êtres humains. Dix minutes de pause toutes les deux heures permettent de dormir, de se doucher et de se faire soigner. Et les danseurs apprennent à faire tout le reste en étant toujours en mouvement, lire le journal, manger un sandwich et même gagner quelques minutes de sommeil sur l'épaule du partenaire qui vous traîne tant bien que mal. Tout, tant que les genoux ne touchent pas terre.
Les candidats, couples à la ville ou associés de hasard, sont en quête du grand prix de la victoire matérialisé par de beaux billets verts ou plus prosaïquement par l'assurance d'avoir plusieurs repas quotidiens tant que le corps tiendra le coup. Et puisque Hollywood et ses studios ne sont pas loin, le rêve (encore lui !) subsiste d'être repéré par le producteur qui donnera enfin la chance de démarrer.
Et un public pour cela, des malheureux qui viennent contempler de plus malheureux qu'eux. Et des sponsors, qui paient des tenues, des chaussures et des sweat-shirts ornés de leurs logos.
Et des événements pour relancer l'intérêt, comme les derbys inhumains, ces courses comme dans l'arène qui poussent les couples jusqu'à l'épuisement.
Notre époque post-moderne et ses shows de télé-réalité n'ont rien inventé de fondamentalement nouveau : des crucifiés volontaires et de la sauvagerie sous les paillettes.

"Le médecin n'avait pas du tout l'air d'un médecin. Il était beaucoup trop jeune.
Cent quarante-quatre couples s'étaient fait inscrire dans le marathon, mais soixante et un durent abandonner dès la première semaine. D'après le règlement, on devait danser durant une heure cinquante minutes, après quoi on avait droit à dix minutes de repos pendant lesquelles il était permis de dormir si on en avait envie. Mais, pendant ces dix minutes, on devait également se raser, se baigner, se faire soigner les pieds et tout ce qui pouvait être nécessaire...
La première semaine fut la plus pénible de toutes. Tout le monde avait les pieds et les jambes enflés... et, tout en bas, l'Océan sans cesse venait battre, battre les piles de la jetée. Avant de participer à ce marathon, je me souviens que j'adorais le Pacifique ; son nom, son étendue, sa couleur, son odeur... Je restais des heures assis à le contempler, à me demander ce qu'étaient devenus les bateaux qui avaient un jour quitté le port pour ne jamais revenir, rêvant à la Chine et aux Mers du Sud, rêvant à un tas de choses... Mais plus maintenant. J'en ai assez du Pacifique. Cela me serait égal de ne plus jamais le revoir."
Pages 32 et 33.
 
 

L'histoire de On achève bien les chevaux nous est contée de l'intérieur par Robert , jeune homme qui participe au marathon avec son amie Gloria, qu'il vient tout juste de rencontrer. Le choix de ce ton direct et engagé, proche de la langue orale parfois, fait toute la force du roman, vécu de l'intérieur.
Personnage noir et cynique, sans doute bien trop réaliste pour un monde bien trop dur, Gloria cristallise toutes les douleurs de ces années 1930 à l'agonie. Et les échappatoires sont parfois définitives.

Un roman dont la lecture fait l'effet d'un uppercut, aujourd'hui encore. Et une belle adaptation cinématographique avec Jane Fonda dans le rôle de Gloria.

 

They shoot horses, don't they ?,
film de Sydney Pollack, USA, 1969,
avec Jane Fonda et Michael Sarrazin.

 


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4 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 19 février 2014 09:12

    Un classique d’une certaine époque...mais en France ce genre de marathon exista également...

    Une preuve de plus que l’humanité est bien sotte.. !

    • claude-michel claude-michel 20 février 2014 08:10

      c’est un truc pour tf1... !


    • Richard Schneider Richard Schneider 19 février 2014 16:47

      Très jeune, j’avais lu le bouquin. J’ai vu le film plus tard. Entre (), film-coup-de-poing, excellent.

      Une phrase du texte à retenir :« Et un public pour cela, des malheureux qui viennent contempler de plus malheureux qu’eux. Mais ces »malheureux" ne méritent aucune compassion ! Ils sont (presque) aussi misérables que leurs maîtres. Ce sont des gogos qui perpétuent le système, sans état d’âme.

      • egos 19 février 2014 23:11

        « notre époque moderne et ses shows ... »
        assurement, avec en supplément une dose de fatuité qui serait le reliquat tardif auprès de ces jeunes adultes de comportements puerils.

        votre article rend hommage dans un style tout en retenue à l’une des oeuvre majeure qu’a su produire Hollywood (mais n’est ce pas encore le cas),

        un scénario dépourvu de tout patho, des enchainements serrés, une mise en scène servie par des acteurs embématiques de cette Amérique volontaire, conquérante et terrassée,

        les traits psychologiques des acteurs, vs les dessinez avec tact, inspirent une empathie peu commune (c’est bien là tous les sortilèges de la litterature et du cinéma réunis)
        ds la réalité (passée, actuelle) celle ci s’absente ou s’esquive

        le dénoument, entre tragédie et fable, confie à Robert un rôle d’une intensité dramatique surhumaine
        il apporte par son geste à Gloria, ayant epuisé toute l’énergie de ses espérances, la délivrance d’une vie qui ne lui accorderait aucune chance

        Dallas Buyers Club flirte sur les mêmes thèmes, des individus lutttant contre un destin implacable qu’ils ont eux même façonné, en bute aux murs dressés par la société et un Etat tout autant impavide qu’indifférent

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