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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Othello » de William Shakespeare au Théâtre de l’Odéon

« Othello » de William Shakespeare au Théâtre de l’Odéon

Un plateau noir jais brillant tel un miroir qui réfléchirait les âmes tourmentées des héros et reflèterait leur double inconscient ; des ovales concentriques tel un disque vinyle sur lesquels ceux-ci tournoieraient, noyés dans une lagune d’eau émeraude, comme piégés par leur aveuglement et bientôt engloutis dans leur propre abîme.

Othello est la pièce des ténèbres où la question du désir, de l’amour, des ravages vertigineux qu’ils entraînent, circule dans une atmosphère hypnotique et obsessionnelle, d’abord fêlure puis poison engourdissant insidieusement l’esprit jusqu’à l’anéantissement absolu.

Des paravents alvéolés s’imbriquent les uns aux autres qui formeraient tantôt des ponts vénitiens à enjamber tantôt des tours aux mille fenêtres éclairées dans la nuit symbolisant une forme de terrorisme, la peur de l’étranger, le berbère mercenaire, le Maure que les vénitiens utilisent car il est le seul à pouvoir vaincre les turcs avant de le tuer quand ils n’en ont plus besoin.

Des moucharabiehs tout dentelés, propices aux regards indiscrets et à l’écoute sournoise ou des panneaux à l’écriture en braille - serions-nous donc aveuglés, comme les protagonistes eux-mêmes par la tragédie qui se déroule devant nos yeux ? - s’articulent autour de très hauts escaliers... plus dure serait la chute après l’ascension au sommet !

Ce décor abstrait, tel un lego géant aux verticalités et lignes géométriques très étudiées, évoque davantage l’espace mental dans lequel les héros se débattent plus qu’une cité lacustre où la guerre règnerait.

Le noir et le blanc dominent comme un jeu de dames sur lequel les pions avanceraient pour s’éliminer au fur et à mesure. Couleurs froides, lumière métallisée et glacée, blancheur excessive ou noir intense, les éclairages léchés balaient la scène jusqu’à la lampe orangée finale comme l’éclat incandescent précédant la mort quand la lumière s’éteindrait sur les héros qui ne voyaient plus clair.

Noir et blanc des costumes, tel Iago, qui, en clown blanc se masque et joue l’innocence comme pour mieux tromper son monde en véritable serpent dissimulateur et paradoxe vivant d’une âme fourbe ; il deviendra le véritable manipulateur des sentiments d’Othello, gouverneur de Chypre, et, sous cette apparence candide, lui injectera petit à petit le venin de la médisance et du soupçon.

En fait Iago, le subalterne et le bafoué, s’avère être le double d’Othello. Celui-ci, sous l’emprise de l’amour, en manifeste les deux versants, le clair et l’obscur, le lumineux et le ténébreux, pour se laisser finalement empoisonner par la douloureuse jalousie qui le conduira au meurtre et à sa perte.

Dans cette nouvelle mise en scène très moderne, comme l’est la traduction qui suit au plus près le jeu des acteurs, l’accent est mis davantage sur le couple indissociable que forme Iago et Othello puisqu’ils constituent les deux faces d’une même médaille.

Michel Fau, coupe au bol lui donnant l’allure de Jeanne d’Arc, est sirupeux à souhait ; quant à Samir Guesmi, à la stature sereine, il joue le dédoublement très distancié et intériorisé.

Au-delà du traditionnel couple Othello avec sa rousse vénitienne et de la mise à mort de la blanche Desdémone, poignante Bénédicte Cerutti un peu en retrait, Eric Vigner met d’abord en valeur le métissage de l’âme humaine, en le liant au tumulte de cette dualité masculine.
 
Photo © Alain Fonteray
 
OTHELLO - *** Theothea.com - de William Shakespeare - mise en scène : Eric Vigner - avec Bénédicte Cernutti, Michel Fau, Samir Guesmi, Nicolas Marchand, Vincent Németh, Aurélien Patouillard, Thomas Scimeca, Catherine Travelletti & Jutta Johanna Weiss - Théâtre de l’Odéon -
 


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