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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Ou comment Lester Bangs se tua et cela ne changea rien : biographie (...)

Ou comment Lester Bangs se tua et cela ne changea rien : biographie d’un visionnaire malheureux

Petit compte-rendu de la biographie ô combien salutaire de Lester Bangs, plus grand rock critique américain et acteur fondamental et parfois un peu oublié de la culture underground de la fin du XXème siècle.

Je viens de finir la biographie de Lester Bangs par Jim de Rogatis, critique rock et admirateur s’il en est de ce personnage haut en couleurs, auteur de ce qui se fit de mieux dans la critique rock au XXème siècle.

La lecture est intéressante, truffée d’anecdotes sur la vie et l’oeuvre du grand ado d’El Cajon, clochard céleste resté fidèle à ses utopies beat et à une certaine vision transcendante de la musique. Page après page, nous suivons ses aventures de rock critic fêtard et passionné, ses rencontres colorées avec la crème de la musique de son temps ou le rôle qu’il joua dans le monde de la presse culturelle de la fin des années 60 jusqu’à sa mort controversée en 1982.

Néanmoins, le livre manque peut-être un peu de densité et d’analyse, se contentant de nous offrir une vision externe, trop respectueuse peut-être et finalement assez peu imaginative de l’ami Lester. Là n’est pas son propos : les faits, juste les faits, les histoires d’amour râtées, les exploits festifs et alcooliques, la drogue, les futures légendes du rock (que toutes il a défendues et aimées de son oeil perçant et visionnaire, et qui toutes l’ont respecté, voire admire comme le Clash, Patti Smith ou même Nirvana), le journalisme, l’instinct de vie et l’autodestruction, les mots, les bons mots, les mots encore, et la musique comme une obsession, la musique, toujours la musique. De fait, malgré l’impressionnante somme de témoignages de proches ou de collaborateurs divers, certaines questions demeurent parfois sans réponse, et, ce qui est plus génant, la magie de l’écrivain n’est pas toujours perceptible, malgré toute l’empathie de l’auteur pour son sujet.

A ce titre, une mention spéciale pour la postface, petit réglement de comptes ou simple point de vue lucide quant à l’état actuel de la critique rock (et plus généralement du journalisme culturel) : tout ce que Bangs craignait s’est réalisé, note l’auteur. En ce sens, le livre nous donne une bonne vision de ce que fut le journalisme culturel indépendant, et nous offre par là-même un terrifiant portrait en creux de ce qu’il est aujourd’hui.

Un fabuleux inédit intitulé “comment devenir rock critic, un voyage mégatonnique avec Lester Bangs” clôt l’ouvrage en forme de petit présent et s’avère très éclairant pour les malheureux qui n’auraient jamais rien lu de l’oeuvre ô combien importante du trublion superhéros des rock critics.

On appréciera également la riche bibliographie offerte par de Rogatis ainsi que les références toujours constantes et précises à la musique qu’aimait et écoutait le plus célèbre des “noise boys”, et qui font de l’ouvrage une véritable boite de pandore pour les curieux en quête de nouvelles sonorités ou de références oubliées.

Acheter ce livre, au-delà de s’assurer un riche complément ou une bonne introduction à l’oeuvre de Lester Bangs, c’est d’abord la garantie d’un accès direct à la discothèque rock idéale du XXème siècle, tout du moins jusqu’à la mort du maître. D’Elvis à Human League en passant par Beefheart, l’immense Robert Quine ou l’obsession Lou Reed, tout ce qui est entré dans la légende est ici évoqué et renvoie à des articles de Bangs, que le lecteur pourra retrouver grâce aux rééditions si longtemps attendues, toujours chez Tristram, de deux anthologies de celui qui chercha sa vie entière à être reconnu comme écrivain. Et qui l’est assurément, parmi les tout meilleurs.

Vous voulez donc vous rendre intéressant pendant les interminables repas de fêtes de fin d’année, vous enrichir intellectuellement ou juste rire des bétises et autres facéties d’un homme profondément humain ? Alors courrez acheter ces livres, offrez-les à votre cousin déluré, ou à vous-même, si c’est le cas, histoire de s’assurer un bon Noël : la folie et la pensée de Bangs demeurent on ne peut plus d’actualité dans cette ambiante récession de l’esprit.


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3 réactions à cet article    


  • Olga Olga 19 décembre 2008 23:39

     Yes Marcel, You Shook Me All Night Long.
    Pourquoi malheureux ? smiley


    • Marcel Palace 13 janvier 2009 18:11

      Pourquoi malheureux ? parce que c’est l’impression que nous laisse le livre et parce qu’il le disait lui-même, tout simplement : la solitude lui pesait énormément, solitude affective bien sûr, mais aussi solitude professionnelle. Même à Cream, dont il était pourtant la tête de proue, il se sentait seul, hanté par une approche trop personnelle du monde musical et journalistique, de plus en plus en marge dans le monde stéréotypée du journalisme culturel, où l’intelligence n’est pas toujours une qualité.
      Un peu comme pour Kurt Cobain, aduler Bangs uniquement pour ses saillies langagières ou son côté jusqu’au boutiste, c’est je crois, ne pas comprendre le personnage : son extrêmisme est la plus belle preuve de son mal-être intérieur, qui ne l’a jamais quitté. N’es-tu pas d’accord ?


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