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Our body, à corps ouvert, perspectives artistiques, économiques et financières

L’exposition, Our Body, à corps ouvert, actuellement présentée à l’espace 12 Madeleine à Paris, crée une polémique entre moralistes, religieux, amateurs de curiosités morbides et défenseurs de la liberté d’expression artistique. Point est le thème de cet article, chacun pouvant se faire sa propre opinion et considérer s’il y a là création, blasphème ou mercantilisme. Mais cette exhibition de corps et l’utilisation de matériel humain ouvre des perspectives tant dans le domaine des arts que dans celui de la finance et des loisirs. Il serait intéressant d’approfondir le thème et voir jusqu’où il est possible d’aller.

Certains visiteurs sont fascinés, d’autres choqués, d’autres encore découragés d’entrer et les protestations sont aussi nombreuses que les cris d’admiration devant la performance. Ce qui jadis était réservé au corps médical, devient accessible au tout venant. Déjà le musée Fragonard à Maisons-Alfort avait ouvert la brèche et permis au grand public d’avoir accès à ce qui était du domaine des vétérinaires avec des écorchés de chevaux. S’il n’est besoin de savoir peindre pour apprécier Van Gogh et Léonard de Vinci, il n’est pas obligé d’être anatomiste compétent pour ressentir de l’émotion et du ravissement devant un sterno-cléido-mastoïdien, un deltoïde ou un muscle fessier. Reconnaissons tout de même, qu’après dix-huit cadavres alignés en rang d’oignon le plaisir s’émousse, même si le nacré d’un nerf, la luisance d’un globe oculaire exorbité peut encore faire impression. Avec l’homme scénarisé dans des postures amusantes, on franchit cependant une nouvelle étape, on retrouve des intérêts inédits, mais il est envisageable d’aller encore plus loin.

De fait, que constatons nous ! L’imagerie médicale a fait des progrès énormes depuis deux décennies. Nous sommes loin des radiographies peu attrayantes, grisâtres sur fond noir avec des traces dégoulinant de liquide résiduel au séchage des clichés. Le temps est révolu où le radiologue essayait de vous intéresser à votre fracture pour son aspect spiroïde, ou à votre tumeur du cerveau sur une tomographie floue difficile d’interprétation pour un non initié surtout intéressé par son espérance de vie et l’évolution de son neurinome. Aujourd’hui, les résultats sont nettement plus photogéniques, plus parlants par l’utilisation de la couleur, du contraste et des trois dimensions. La fine résolution des images peut facilement en faire des œuvres d’art si l’on veut s’en donner la peine.

D’autre part, la crise économique a rendu la Bourse moins attrayante pour les petits porteurs et le chômage et le lock-out guettent de nombreux salariés, petits patrons et travailleurs indépendants. Il va donc falloir redoubler d’imagination pour créer de nouvelles activités et générer de l’emploi. Il est par contre incontestable, que contrairement aux valeurs actuellement cotées, certains boursicoteurs verraient avec soulagement baisser leur taux de glucose dans le sang, même étalé sur trois séances.

S’ouvrent alors au moins quatre voies originales de création d’entreprises et d’activités culturelles. L’imagination au pouvoir, pour pouvoir faire plus de fric !

 Sur le modèle des clubs d’investissement et d’actionnaires, il est possible de concevoir des structures similaires de patients regardant sur grand écran leur courbe de glycémie ou leur taux d’urée grimper comme jadis les valeurs du CAC 40. Fonds spéculatifs, marché à terme sur les variations de taux de cholestérol, de natrémie ou d’hormones thyroïdiennes autoriseraient des prises de positions sur un nouveau marché à terme. Cotations quotidiennes, ordres passés selon des tendances à la hausse ou à la baisse pourraient redynamiser un marché financier parallèle en utilisant comme valeurs les résultats d’analyse de laboratoire d’une nouvelle race d’investisseurs. Il faudrait bien sûr des critères de sécurité sur la qualification de centres d’analyse, une sorte de COB pour sinon éviter, du moins limiter les délits d’initiés. Un petit restaurant servant des plats diététiques adaptés aux diabétiques, aux insuffisants rénaux, aux intolérants au gluten aurait le mérite de remettre du baume au cœur des agioteurs malchanceux, sans pour autant exposer leur santé fragile à des choucroutes ou des garbures. 

Pour respecter les clauses de déontologie et ne pas mettre en défaut les praticiens avec les recommandations de l’Ordre des médecins, il est évident que ce mode moderne de spéculation ne pourrait être ouvert qu’aux patients. Patients obligatoirement majeurs et non frappés d’incapacité, ce qui interdirait l’accès à ce nouveau Stock Exchange aux Alzheimer et autres trisomiques. L’être humain étant maître de son corps, les héritiers ne pourraient continuer à spéculer sur la créatinine ou le nombre de globules rouges de leur grand-père après le décès de ce dernier. 

La seconde option concerne les échographies de femmes enceintes. Depuis quelques années les futures mères peuvent obtenir un enregistrement qu’elles pourront regarder tranquillement à domicile sur leur ordinateur, ou mieux sur leur écran de télévision. Passées les premières émotions avec le conjoint admiratif à qui l’on tient la main d’un air énamouré pendant la projection dans le salon et le passage obligé de la mère et de la meilleure copine pour voir les pulsations du « nouveau monstre », son pénis et son pouce, le plaisir s’émousse. Rien n’empêche d’ouvrir des espaces de convivialité où les femmes pourraient jacasser en prenant le thé et des petits fours ou en recevant des soins esthétiques pour gommer les effets du masque de grossesse et raviver le teint et les cheveux ternes, tout en regardant la larme à l’œil les mouvements du fœtus enregistrés sur DVD.

Faire d’une pierre trois coups : convivialité, petite restauration, salon de beauté autour de la grossesse.

Troisième variation sur le thème, la galerie d’art spécialisée dans l’imagerie médicale. Afin d’éviter l’ennui et la monotonie, seul un spécialiste peut s’émouvoir devant les variations de vascularisation d’une tumeur hépatique, il faudrait bien évidemment donner de l’attrait à ses angiographies, scanners et autre tomographies et IRM. D’abord en retravaillant les couleurs, les formes, la luminosité. Avec de l’imagination et de la créativité une scintigraphie de la thyroïde peut devenir une véritable œuvre d’art ayant toutes ses chances d’ici quelques années de faire un malheur à Drouot ou chez Sotheby’s parmi les collectionneurs. Certains cancers du foie en 3D, colorisés entourés d’une belle frise fluo pourraient atteindre des sommets. Et puis, comme à la boutique du Louvre, il serait judicieux et rentable de monter en chaton de bague quelques beaux calculs rénaux ou des lithiases biliaires qui feraient d’originaux bijoux.

Autre perspective intéressante et approche pouvant déboucher sur une nouvelle forme d’expression, la microscopie électronique et la possibilité de reconstituer des tunnels vasculaires où les visiteurs pourraient déambuler au milieu de lymphocytes en celluloïd, d’anticorps géants circulant à grande vitesse à la recherche de cellules cibles. Avec l’holographie, tout devient possible et le résultat assuré auprès des jeunes visiteurs.

Enfin, pour reprendre le thème de l’exposition de la Madeleine, pourquoi s’arrêter à mettre en scène des cadavres qui s’affrontent aux échecs, font du vélo ou jouent au tennis. La méthode de polymérisation autorise toutes les audaces, l’adjonction de colorants peut donner un autre aspect aux corps que le rosâtre des muscles et le bleuté des tendons. Alors quitte à se lâcher, autant les faire forniquer en diverses positions pour recréer un Kama-Sutra post mortem, renouant avec la tradition moyenâgeuse de la danse macabre et avec celle des netsukes japonais en ivoire. Ces deux formes d’expression artistique ont en leur temps développé chacune de leur côté, un versant érotique, voire nécrophile.

Les Chinois n’entrant que peu dans l’imaginaire érotique de la clientèle européenne, il faudrait par contre renouveler l’origine des dépouilles à disséquer pour maintenir un chiffre d’affaire conséquent.

Imaginons donc une nouvelle version d’Our body / à corps ouvert avec des copulations anatomiques, des muscles bandés, des corps caverneux regonflés à la silicone pour ébahir le public par des érections « siffrediennes », dans des positions que le visiteur de base n’a pas encore expérimenté à domicile. Pour les amateurs de scatologie, un écorché sur le trône, en position de penseur, avec sortie d’excréments lyophilisés ferrait très bien l’affaire.

Et surtout, c’est devenu la mode de nos jours dans les musées, ouvrons des ateliers ouverts au public, avec animateurs agréés par les Musées de France, initiant le profane à la copulation polymérique. Le livre d’or à la disposition des visiteurs pour recueillir leurs commentaires autoriserait toutes les dérives voluptueuses et sensuelles. Quant au port de l’audio guide, il ajouterait plus de réalisme à la visualisation des corps en mouvement et les visiteurs en fin d’exposition, pourrait avoir accès à une salle de repos discrète et intime.

Bref, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Le corps a ses raisons que la raison ignore. Mais le portefeuille ne pourra longtemps les ignorer. 


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6 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 4 mars 2009 12:43

    Doc,
    Je crois distinguer une bouffée délirante psychotique aigue et une paranoia reptilienne qui vous aurait fait glisser cette ordonnance de "Parodies" à la rubrique "Culture et loisirs".
    A vérifier bien sur au scanner et à l’IRM, pour mieux asseoir le diagnostic par une éventuelle hypervascularisation de certains territoires cérébraux (comme ceux ayant trait au sexe, à la scatologie), et une éventuelle thrombose de l’empathie, déjà relevée chez ce sujet voxien d’age mur mais pas encore pourri.
    Une hypoxie passagère -dont l’éthiologie serait un noeud coulant subit dans l’enfance avec une vulve de truie - pourrait étre recherchée, en association avec l’abus de psychotropes, d’Apolinaire et autres alcools forts. Et une Cybio-dépendance à Agoravox vient compléter ce tableau addictif très sévère.

    Voilà, c’est 120 euros.


    • Avallis Avallis 4 mars 2009 13:52

      C’est marrant il y a la meme a Dublin en ce moment :
      http://www.bodiestheexhibition.com/

      Elle est classee dans art&culture sur le site de Dublin.ie
      C’est pas morbide ni forcement artistique mais plutot une decouverte. Au debut c’est pas evident de faire abstraction que c’etait des vraies personnes qui se sont fait ouvrir mais en prennant la chose pour decouverte et scientifique ca passe tres bien.
      Apres tout c’est ce que les gents de medecine voient regulierement

      Faut y aller apres de manger smiley


      • Massaliote 4 mars 2009 14:29

        Quelques questions :


        - D’ou viennent les corps ?

        - Est il exact que ce soient ceux de prisonniers ?

        - Qui atteste de la "tracabilité" ?

        - Payer pour voir ça ne cautionne t’il pas des massacres futurs ?

        La Chine regorge de prisonniers politiques, ainsi que la Birmanie, bienvenue dans le meilleur des mondes...


        • Annie 4 mars 2009 14:58

          Je me suis posée un peu les mêmes questions après qu’une série de photos ait paru dans la presse anglaise figurant des gens juste avant et juste après leur mort. Ces photos ont été prises et publiées avec le consentement des intéressés. Il n’y avait aucune mise en scène, mais pourquoi s’arrêter là ?


          • Georges Yang 4 mars 2009 16:38

            L’art, c’est ce qui se vend ! Cela résume toute la problématique en une seule phrase.
            Modigliani n’intérêssait personne de son vivant, les marchands d’art en ont fait un grand peintre et une bonne affaire


            • Veilleur de Nuit 5 mars 2009 12:10

              De la médecine orientée vers l’acquisition de certaine ’immortalité’ ? ...


              La société humaine, qui marche, à entendre quelques philosophes, dans une voie de progrès, considère-t-elle comme un pas vers le bien, l’art d’attendre les trépas ?
              Cette science a créé des métiers honorables, au moyen desquels on vit de la mort.
              Certaines personnes ont pour état d’espérer un décès, elles le couvent, elles s’accroupissent chaque matin sur un cadavre, et s’en font un oreiller le soir : c’est les coadjuteurs, les cardinaux, les surnuméraires, les tontiniers, etc.
              Ajoutez-y beaucoup de gens délicats, empressés d’acheter une propriété dont le prix dépasse leurs moyens, mais qui établissent logiquement et à froid les chances de vie qui restent à leurs pères ou à leurs belles-mères, octogénaires ou septuagénaires, en disant : — «  Avant trois ans, j’hériterai nécessairement, et alors... ».

              L’Elixir de longue Vie
              Honoré de Balzac

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