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Ouverture d’Un Certain Regard avec la projection d’« Hunger » de Steve Mc Queen

Après l’ouverture officielle du 61e Festival de Cannes avant-hier, hier avait lieu l’ouverture d’Un Certain Regard avec la projection d’"Hunger" de Steve Mc Queen...

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L’équipe d’Hunger saluée par "Thierry Frémaux", sur scène, à l’issue de la projection, photo "In the mood for Cannes"

C’est avec des applaudissements d’impatience que la salle a accueilli Thierry Frémaux venu pour ouvrir cette sélection Un Certain Regard 2008. Le festivalier n’aime pas attendre, toujours affamé de l’instant d’après, du film d’après, de l’émotion d’après qu’il ingurgitera et occultera déjà dans l’espoir de la suivante. Après s’être excusé d’avoir été retardé par un panda (à Cannes, nous avons pour principe de trouver l’incongru normal), un panda donc, après avoir salué la présence de Sergio Casttellito dans la salle (membre du jury longs-métrages), après avoir salué les membres du jury de la caméra d’or, avoir fait un clin d’œil aux Cahiers du cinéma en évoquant les difficultés que connaît actuellement le journal (en saluant Jean-Michel Frodon, membre du jury de la Caméra d’or), le tout sans vraiment reprendre son souffle, après avoir ironisé sur le fait d’avoir Steve Mc Queen et Fassbinder pour ce 61e festival (respectivement noms du réalisateur du film et d’un de ses interprètes principaux qui se nomme en réalité Fassbender), Thierry Frémaux a appelé sur scène le Steve Mc Queen en question venu présenter son premier film qui concourt ainsi pour la caméra d’or. A peine ce dernier avait-il eu le temps d’évoquer le "miroir du monde" que représente le cinéma que Thierry Frémaux a lancé la projection interrompant un discours réduit à une phrase.

Après Blindness ce film Hunger en ouverture d’un Certain Regard, en est à la fois l’écho et le contraire, donnant le ton réaliste et politique, radical et sombre, carcéral même (dans les deux cas des hommes se retrouvent face à l’inhumanité et dans un univers carcéral) de cette 61e édition. C’est en effet un film d’une radicalité éprouvante qui a été choisi pour faire l’ouverture d’Un Certain Regard, mais avec aussi peu de didactisme que Blindness en faisait preuve avec excès, avec tellement de force de conviction que Blindness en était dépourvu.

Pitch  : prison de Maze, Irlande du Nord, 1981. Raymond Lohan est surveillant, affecté au sinistre Quartier H où sont incarcérés les prisonniers politiques de l’IRA qui ont entamé le "Blanket and No-Wash Protest" (une couverture pour seul vêtement et l’abandon de l’hygiène de base) pour témoigner leur colère. Détenus et gardiens y vivent un véritable enfer. Le jeune Davey Gillen vient d’être incarcéré. Il refuse catégoriquement de porter l’uniforme réglementaire car il ne se considère pas comme un criminel de droit commun. Rejoignant le mouvement du Blanket Protest, il partage une cellule répugnante avec Gerry Campbell, autre détenu politique, qui lui montre comment passer des articles en contrebande et communiquer avec le monde extérieur grâce au leader Bobby Sands qu’ils croisent lors de la messe dominicale. Lorsque la direction de la prison propose aux détenus des vêtements civils, une émeute éclate. Au cours des échauffourées, les prisonniers détruisent les cellules neuves où ils avaient été installés. La rébellion est matée dans le sang. La violence fait tache d’huile et plus aucun gardien de prison n’est désormais en sécurité. Raymond Lohan est abattu d’une balle dans la tête. Bobby Sands s’entretient alors avec le père Dominic Moran. Il lui annonce qu’il s’apprête à entamer une nouvelle grève de la faim afin d’obtenir un statut à part pour les prisonniers politiques de l’IRA. La conversation s’enflamme. Malgré les objections du prêtre, qui s’interroge sur la finalité d’une telle initiative, Bobby est déterminé : la grève de la faim aura lieu...

Lors de la conférence de presse du jury, Sean Penn a déclaré que « Quel que soit notre choix pour la Palme d’or, il y a une chose sur laquelle nous sommes tous d’accord : nous devons être certains que le cinéaste concerné est tout à fait conscient du monde dans lequel il vit ». Si Hunger avait été dans la compétition que juge le jury présidé par Sean Penn, nul doute qu’il se serait inscrit dans cette catégorie. Si quelques phrases nous présentent le contexte historique en préambule, Hunger a en effet une portée universelle et intemporelle, et une résonance tragiquement actuelle.

C’est d’abord le silence qui nous frappe, la violence latente, contenue, sous-jacente annoncée par des mains blessées jusqu’au sang qu’un gardien lave aussi méthodiquement qu’il enlevait quelques miettes tombées sur ses genoux quelques instants auparavant. Le malaise est d’ores et déjà palpable puis Mc Queen nous plonge progressivement dans l’univers carcéral avec ces hommes au regard hagard, traqué et fou de détermination.

La violence est soulignée par des sons stridents qui alternent avec des silences assourdissants, des souffles entrecoupés. Les scènes de violence sur les prisonniers, frénétiques, bruyantes, alternent avec des plans immobiles encore plus violents que les premiers par l’écho cynique qu’ils en donnent alors.

Si j’ai aussi comparé Hunger avec Blindness, c’est parce que les silences sont ici plus éloquents que la voix off si tonitruante dans Blindness, c’est parce que tout est dit tout en ne disant rien, c’est parce que la violence, radicale, n’est jamais gratuite ou autrement là que pour servir le propos, nous montrer ses hommes asservis par leurs bourreaux et par eux-mêmes, guidés par un idéal plus fort que l’emprisonnement et la vie.

Réaliste et onirique (une plume, un flocon de neige, un insecte témoignent du regard sensible du plasticien que Mc Queen est d’abord). Bruyant et silencieux. Violent et idéaliste. Silencieux et si parlant. Mc Queen joue des contrastes avec un talent saisissant comme ces longs plans fixes qui augmentent encore l’impact du surgissement de la violence (et la crainte de ce surgissement), et l’impact du propos.

Le temps me manque pour vous parler de ce film aux accents loachiens dans son propos et sa force de conviction, mais singulier dans sa mise en forme, révélant par le regard pourtant si humain du cinéaste une inhumanité glaciale et glaçante : celle de la répression impitoyable des prisonniers politiques que la froideur de la réalisation parsemée de moments d’onirisme souligne intelligemment.

Au bout de ce long tunnel, se trouve une lueur dans un regard d’enfant, la lumière du jour, un souffle qui s’éteint et un autre qui proclame sa rage de vivre, de se battre, qui valaient la peine d’endurer ce film (pour le spectateur) et ce combat pour ses protagonistes semble nous souffler Mc Queen.

Il ne serait pas étonnant que la radicalité signifiante et l’âpreté d’Hunger plaise au cinéaste Bruno Dumont, véritable écho à son propre cinéma. A suivre lors de l’annonce du palmarès Un Certain Regard samedi de la semaine prochaine...

Au programme aujourd’hui, notamment la projection du très attendu Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin.

Cet article est extrait du blog "In the mood for Cannes" : http://inthemoodforcannes.hautetfort.com

Sandra.M


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