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ParadOxe(s)

de et par Olivier Desmaris, Compagnie Peut-être... à Avignon Présence Pasteur 21h50. Puis Novembre à Vaux-en Velin, Centre Charlie Chaplin... avec un grand spectacle plein de comédiens dedans... et tournée générale pour tout le monde ensuite...

Olivier Desmaris nous dit tout de son sujet. Il commence même par expliquer ce qu'est une conférence gesticulée et qui a inventé cette forme théâtrale (sans en être vraiment ?...). Au milieu deux ou trois fois, il nous raconte des petites aventures du début du festival... il nous parle aussi de sa maman qui fait la billetterie et qui aurait dit à un spectateur : « Vous êtes sur  ?  ».

Conférence, donc. Gesticulée, parce qu'il parle beaucoup avec ses mains, nous dit-il... Méridional ? Il est de Lyon. On sait tout, je vous dis.

Le corps du sujet, c'est la production des spectacles. La production des spectacles n'est pas la quantité de spectacles produits comme pour les casseroles ou les voitures, la production de spectacles est le travail à faire avant le spectacle pour le « produire », faire qu'il existe... Il y a quatre niveaux assez étanches. A peine peut-on imaginer quelques échanges de voisinages. En haut, les nationaux, puis les régionaux, les municipaux et les MJC. Le gros de l'affaire, c'est qu'il faut faire des dossiers pour recevoir des subventions, et que cela ne suffit pas, il faut aussi être vu. Pour être vu, il faudrait pouvoir faire exister le spectacle, le produire, ce c'est pour cela que l'on a fait le dossier. Plusieurs fois ces boucles systémiques apparaîtront, souvent appelées « cercles vicieux ». Par où commencer ? Comment briser ce cercle ? Avignon peut-être ? Nous y sommes !

Un spectacle ne peut tourner, prendre un peu de vie qu'avec la presse et les programmateurs. Et cela recommence... comment les faire venir ? Il semble que la conférence gesticulée de la Compagnie Peut-être... ait bénéficié d'un petit article élogieux du Canard enchaîné. Il semble que le Canard enchaîné écrit brièvement mais fermement des petits avis sur certains spectacles et que cela leur soit assez bénéfique. La presse régionale écrit parfois un petit mot gentil, avec des formulations peu investies, qui fonctionne un peu comme « vu à la télé ».

Un jour, Olivier Desmaris a mis un badge de programmateur et tous les comédiens se sont jetés sur lui, l'ont sollicité... lui ont fait force courbettes... Eh oui ! La clé du succès est beaucoup plus facilement là que dans la vie d'artiste. Il nous raconte dans le menu comment il n'y est pas arrivé, à briser cette foutue boucle systémique. Comment il a croisé l'absence de tous ces décideurs, leur absence au téléphone, partout, tout le temps... les ruses pour les approcher quand même et la vanité de ces ruses.

Il nous raconte le système des labels. On ressent bien que tout cela est fondé sur le préjugement. Un système de castes. Dans un débat offinité le 22 juillet, un danseur indien nous a dit que nous étions un pays de castes (le in et le off) ; il n'insista pas. Alors qu’il sait de quoi il parle. La division du peuple des acteurs en tranches ressemble bien à un système de castes. Cette séparation est intégrée par les artistes. Exemple : grande réunion des labélisés de la région. Deux artistes se parlent : « Où est ton stand  ? _ J'ai pas de stand. _ Ah, OK ! Salut !  »

Olivier Desmaris nous gesticule une histoire rapide de la création du off en Avignon et nous dit que certains festivals nouvellement créés sont nés directement chaussés d’un « in » et d’un « off ». Par exemple, à Chalon-sur-Saône. Au « in  », les conditions professionnelles découlant des lois françaises du code du travail, tandis que les compagnies « off » travaillent du chapeau, pardon au chapeau. Décision municipale, organisation municipale. Des élus font ça ! Ou laissent faire !

Alors que faire ? La question n'est pas traitée dans le cas général dans la conférence gesticulée. Chacun s’en débrouille à son idée et à ses capacités… Genre : maman fait la billetterie… l’oncle, inspecteur des finances à la retraite, dépatouille une sombre histoire d’impôts…

En ce qui concerne la compagnie Peut-être, Olivier Desmaris était dégoûté de devoir diminuer sans cesse le nombre de comédiens de l’adaptation du roman qu’il devait faire. Il a tout planté et débité au kilomètre le texte de cette conférence gesticulée. Bien lui en a pris. Il a repris goût à la vie, si l’on peut dire. La Compagnie Peut-être proposera en novembre son spectacle adapté du roman Notre aimable clientèle d’Emmanuelle Heidseick, dans la forme artistiquement désirée, avec un assez grand nombre de comédiens en deux temps : un pour novembre 2013 et la totale la saison 2014/2015… En sus de la conférence gesticulée…

Bonne route.


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2 réactions à cet article    


  • Nuccia Nuccia 3 août 2013 19:33

     Oui j’ai vu cette « conférence gesticulée » , grâce d’ailleurs à une critique pertinente lue dans le Canard Enchaîné ! Et je n’ai pas été décue : l’acteur relève un vrai défi et démontre tout son talent . Exposé extrêmement clair des procédés pervers du système marchand ( qu’il soit public ou privé) , et cependant alerte , drôle , plein d’espoir !
    Merci d’en parler ....


    • Jules Elysard Jules Elysard 4 août 2013 09:42

      J’ai bien aimé ce pamphlet décalé dont le titre de 3 lignes rappellent les brochures post-situationnistes des années soixante dix. Et ce mur de briques qui appelle l’intervention rapide de la dialectique. 

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