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Paroles de lavandières

Le caquetoire se fait lavoir ! 

Elles lavaient le linge sale des autres familles.

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Pendant qu'il en est encore temps, les membres des compagnies d'Ô et du Battement d'Elle se sont lancées dans le collectage des souvenirs de nos lavoirs, quand ceux-ci résonnaient des papotages des dames au battoir et à la langue bien pendue. Elles ont recueilli de jolis fragments de vie, de belles histoires personnelles, simples et émouvantes. Elles nous proposent ainsi un spectacle magnifique qui nous entraîne au cœur d'une France qui n'est plus.

Elles sont quatre à battre le linge tout en nous prenant par la main et le cœur. Elles cancanent, elles papotent, elles se livrent, elles se confient, elles s'encolérent, elles se gaussent. Elles sont tout à la fois, tous les visages de ces femmes simples qui étaient les petites mains de nos rivières. Elles nous livrent ainsi une quinzaine de portraits, des instants de vie, des fragments émouvants et d'une grande justesse.

Les quatre actrices sont tour à tour toutes les figures de la femme qui trime, souffre, aime, pleure, rit, travaille et peine. Elles sont archétypes d'une condition laborieuse. Elle nous livrent des témoignages touchants, émouvants, drôles, tristes, poétiques, intimes. Nous passons d'un tableau à l'autre autour de ce lavoir et de ces beaux draps blancs qui volent au vent.

Il y a Rose qui aime son bonhomme. Il lui a fait des enfants en ribambelle ce qui ne l'empêche pas de venir s'user les mains et le dos pour gagner une misère qui ne suffit pas à nourrir convenablement toutes ces bouches. Il y a Juliette, louée très tôt au service d'un bourgeois de la ville. Elle a dû batailler ferme pour préserver son honneur et se retrouve aussi au battoir au bout de sa vie de femme au travail.

Il y a encore les histoires de filles qui deviennent femmes, des linges qui rougissent et les complications qui arrivent. Les herbes qui font passer la chose et ces hommes qui n'en ont jamais assez. Il y a les douleurs des couches, la joie des épousailles, la douleur des décès, le bonheur d'un petit baiser, la souffrance d'une tromperie …

Les langues s'agitent, elles disent le bon tout comme le mauvais, elles aiment à salir la voisine, à médire des notables, à répandre la rumeur, à propager les secrets. Elles se plaisent surtout à se raconter, à ouvrir la boîte à sentiments, le coffret à bonheur, le coffre à douceur. Elles battent le linge et nous entrons au cœur d'une conversation intemporelle qui pourtant est si datée.

Il y a la guerre, l'exode, les travaux harassants, les enfants qui meurent en bas âge, le poids des hommes et des conventions. Il y a encore une vie qui allait son train au rythme des saisons, des métiers durs comme ce n'est pas permis, des conditions terribles et l'absence de perspectives pour ces femmes qui du matin au soir brisaient leur dos pour faire le linge plus propre !

Je mélange à plaisir ce que Françoise, Brigitte, Chantal et Nathalie nous ont confié dans un jeu délicat et si simple à la fois. Elles ont recueilli une mémoire, elles lui redonnent vie. Elles nous offrent un spectacle merveilleux. N'attendez rien d'exceptionnel, ni une aventure mirifique. C'est du quotidien d'un passé révolu qu'elle font une merveilleuse page d'une histoire si proche de nous.

Vous ne pourrez plus jamais passer devant un lavoir ou notre bateau-lavoir sans vous souvenir de ces fragments de vie, de quelques clichés qui vous sont restés gravés au plus profond de l'âme. Car nos lavandières sont de troublantes sorcières, elles nous ont distillés des potions étranges qui ont aboli le temps.

Ne manquez pas ce spectacle. N'hésitez pas à contacter les dames lavandières, elles vous feront tourner les sangs. Les deux compagnies sont installées dans notre pays ligérien. Bon nombre des anecdotes mises en mots viennent d'ailleurs de récits collectés à la maison de retraite de Saint Benoît sur Loire.

Lavandièrement leur.

 

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4 réactions à cet article    


  • Prudence Gayant Prudence Gayant 7 juin 2014 15:53

    Lavandières, un métier dur pénible qui laisse le dos en compote. Elles avaient bien le droit d’être bavardes pour oublier un peu les souffrances physiques.


    • C'est Nabum C’est Nabum 7 juin 2014 16:22

      Prudence


      Effectivement ça devait être redoutable

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 7 juin 2014 15:58

      Dans l’ église de Montigny le Gannelon j’y ai vu mon premier caquetoire, j’ignorais jusque là l’existence de ce genre de siège. Il faut également visiter le château à deux pas de l’église. Il faut avoir vu Mme la Comtesse juchée sur sa machine à tailler le gazon !

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