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Patrice Chéreau ou l’intranquilité

A Thessalonique, en Grèce, les collaborateurs de Patrice Chéreau, réunis pour témoigner de la jouissance et de la souffrance dans l’épreuve et l’expérimentation avec le metteur en scène.

Les collaborateurs les plus proches de Patrice Chéreau sont réunis à l’occasion du Prix de l’Europe pour le théâtre qui lui est décerné pour cette édition 2008. Tous ceux qui ont partagé avec lui des aventures communes au théâtre, à l’opéra et au cinéma sont venus témoigner auprès du public avec beaucoup d’humilité et parfois de trac, peu habitués qu’ils sont au format du colloque. Ils sont venus parler d’une identité complexe et d’un travail qui ne les a pas laissés indemnes.

Après l’expérience du théâtre des Amandiers qu’il dirigea avec Catherine Tasca à une époque où il n’y avait pas grand monde pour comprendre pourquoi l’on montait un auteur comme Koltès, il se lance dans le cinéma puis du cinéma, il se saisit de l’opéra. Il pense et dit ne plus jamais faire de théâtre, pourtant quelques années plus tard il monte Phèdre avec Dominique Blanc dans le rôle-titre. Il dit ne plus vouloir faire d’opéra, or il revient en 2007 avec La Maison des morts, chronique du goulag de Dostoïevski. Que reste-t-il de l’homme privé de sa liberté ? Sa dignité. Et, lorsque le système carcéral a détruit tous ses espoirs et jusqu’à sa dignité d’être humain, sur quoi peut-il encore s’appuyer ? Sur sa mémoire. Selon Chéreau, La Maison des morts est son travail le plus abouti. On comprend alors que ce que l’on pourrait nommer paradoxe n’est en fait que le symptôme de sa fougue à passer d’un art à l’autre, à s’en lasser pour y revenir. Il circule du théâtre, au cinéma, à l’opéra comme il fait avec les territoires : l’Allemagne, la France et l’Italie.

Le travail de Chéreau se situe résolument au triangle des arts du corps : le théâtre, le cinéma et l’opéra. Il ne manque plus que la danse pourrait-on penser. Cependant, lorsque l’on assiste à La Maison des morts, on constate combien Chéreau dépasse la direction d’acteur tant le travail est chorégraphié. Est-ce un hasard s’il travaille depuis trois ans avec un danseur et chorégraphe, Thierry Thieu Niang ? Certes non, il y a là une volonté à pousser plus loin son travail sur le corps, à défricher de nouveaux terrains vierges.

Ce rapport au corps, il le veut incandescent, affirment ses collaborateurs et amis. Il dit lui-même : « je veux avoir sur le plateau un corps chauffé à blanc ». Dans cette quête, au travers de ses arts, il y a le désir d’un corps qui refuse l’épuisement, d’un être qui refuse la fin de la passion et pourrait se retrouver dans la situation de se réveiller un matin auprès du corps d’un partenaire pour lequel il n’aurait plus de désir.

Pour le comédien et metteur en scène Philippe Calvario, Chéreau souhaite que ses proches soient reliés à lui lors de la remise du prix Europe même s’il n’aime pas les commémorations et qu’il refuse de parler du passé. Il rend hommage à sa capacité de « faire » avec l’institution sans jamais sacrifier sa liberté. Chéreau quitte toujours lorsqu’il est au sommet, il n’attend jamais la chute.

L’actrice Dominique Blanc qui travaille avec lui depuis vingt-huit ans témoigne de l’exigence du metteur en scène, de sa « détestation des comédiens qui ne foutent rien, ne proposent rien », de son goût pour les gens qui cherchent. Elle évoque le rapport magnétique de grande proximité et de sensualité qu’il entretient avec ses acteurs : « il est tout contre nous au début des répétitions et puis il s’éloigne progressivement ». De toute évidence, ses collaborateurs sont confrontés à une mise en danger, une mise en abîme permanente, à la prise de risque constante. C’est à Ibsen que l’on pense alors : « Je regarde à l’intérieur de moi, c’est un champ de bataille. Je suis tantôt vainqueur, tantôt vaincu ». Le travail avec Chéreau oblige à dompter la peur. La peur d’être mauvais, la peur de ne pas comprendre, la peur d’avoir peur. En quittant Chéreau, lors de leur première rencontre, tandis que la porte allait se refermer, celui qui est devenu son éclairagiste depuis se retourne et lui dit : « J’espère que je serai à la hauteur ». Patrice Chéreau lui répond alors : « C’est la question qu’on se pose tous ».

Avec lui, ses techniciens, ses comédiens sont grandis et, après toutes ces années auprès du metteur en scène, lorsqu’ils entendent la petite phrase de René Char : « Comment vivre sans inconnu devant soi ? », elle résonne alors comme une leçon de vie.


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3 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 15 avril 2008 11:37

    Vous le faites avec du cirage ou la langue,car cela devient lourd ces articles lêches bottes digne de publi-reportage


    • Ben Ouar y Villón Brisefer 15 avril 2008 13:37

      Quel besoin a-t-il Chéreau d’un article sur Agoravox ? ?

      Et puis que découvre-t-il ? la "chorégraphie" ? Trente ans après Strehler, qu’il n a jamais surpassé, prisonnier de l’ombre du maître.

      Allez, bon vent Chéreau l’inaccessible.

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