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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Paul Delvaux, l’étrange chef de gare

Paul Delvaux, l’étrange chef de gare

Dans les années 60/70, c’est la période "cigarettes, whisky et petites pépées" qui domine. Pourtant, pendant ce temps, un étrange chef de gare belge, crépusculaire et méticuleux, peint des filles nues sous des clairs de lune, avec des trains, des wagons, des squelettes. A cheval sur l’hyperréalisme et l’onirisme. De nos jours, politiquement correct oblige, on lui conseillerait de consulter. Mais, plutôt que de se confier à un psy ou à son armurier, Delvaux a pris le pinceau. On ne le regrette pas. Après avoir écumé bon nombre de galeries européennes, son oeuvre est exposée, du 30 mars au 28 juin 2009, dans la nouvelle gare TGV de Liège, à l’occasion de son inauguration. L’hommage du rail à un cheminot imaginaire.
On sait depuis Brel que le ciel du plat pays est si bas qu’un canard s’y est pendu. Ce manque de lumière et cette noirceur de brique sont-ils à l’origine de l’œuvre crépusculaire de Delvaux (1897 -1994), peintre belge authentiquement unique ? On ne sait pas.
 
D’autant que l’œuvre oscille entre le surréalisme ( mouvement qu’il a croisé sans jamais y adhérer vraiment) et l’hyper-réalisme. Hyper-réalisme des trains, des aiguillages, des gares, du corps féminin.
 
Eléments qui seront - le plus souvent ensemble, parfois séparément - les ingrédients récurrents du "cocktail détonant " de Delvaux.
Le tout sous des ciels nocturnes, où tout de même brille une lune froide qui éclaire l’ensemble comme un contre-flash.
 
L’art pictural, pour lequel je n’ai que de piètres connaissances, m’a toujours semblé un domaine où le discours, savant ou profane, est superfétatoire et vain. Il manque sa cible, tourne en rond, comme le moustique dans la lampe.
La peinture, comme les jolies femmes, doit être vue et regardée en silence. Et faire fuir le discours comme la peste.
C’est pourquoi je serais bref, et vous renvoie à cet aperçu de l’œuvre de Delvaux :

Images google : Paul Delvaux
 
La peinture peut en revanche déclencher des associations d’idées, des réminiscences musicales.
 
J’ai découvert Paul Delvaux il y a une quinzaine d’années, lors d’une exposition aux "Boz’Art" à Bruxelles. Son univers original ne s’oublie pas. J’ai bien tenté d’acquérir quelques lithographies, mais je ne suis pas trader, et braquer un fourgon blindé pour s’acheter une locomotive et un squelette, est-ce bien raisonnable ?
 
Alors j’ai rangé mon admiration avec le reste, et j’ai bien fermé la porte. Jusqu’à la semaine dernière.
 
Mais on ne se méfie jamais assez des ruminations ferroviaires. "Je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches" comme disait Léo Ferré.
 
Rentrant dans le plat pays en Thalys en feuilletant le catalogue de l’exposition Paul Delvaux ( en marge de l’inauguration prochaine de la gare futuriste de Liège), j’avais dans les oreilles Alain Bashung, encore et toujours. Il tentait de m’envoyer des signes depuis la 13 eme allée du Père Lachaise. Que la vie vaut la peine d’être vécue, et qu’au bout du tunnel, il y aurait comme de la lumière.
 
Il me disait :
"la nuit je mens,
 je prends des trains à travers la plaine,
La nuit je mens, je m’en lave les mains,
La nuit je mens, effrontément".
 
"Ceux qui m’aiment prendront le train", disait le titre d’un film de Patrice Chéreau il y a quelques années.
Et d’un coup, tout était clair pour moi : j’allais pondre un petit billet sur Delvaux, avant qu’on ne se fasse prendre par la nuit et que les squelettes ne rappliquent au clair de lune.
 
Avec Alain Bashung dans la loco et Paul Delvaux comme chef de gare, on serait réconcilié avec la SNCF.
 
Peut-être même avec la vie.
 
 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
=NB 1 : illustration : "Le tunnel", Paul Delvaux, 1978
 
=NB 2 : Exposition "De demain à Delvaux", jusqu’au 28/6/09, ouvert tous les jours de 10 à 18H00 ( fermé le mardi et le 1 er mai), Espace Grand Curtius, Feronstrée 136, 4000 Liège, Belgique. A coté de la nouvelle gare TGV de Liège réalisée par l’architecte Santiago Calatrava.
 
=NB 3 : on peut en savoir plus sur le très beau site de la Fondation Paul Delvaux (www.delvauxmuseum.com )


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27 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 mars 2009 13:26

    Oui, mais j’aime bien dire un "canard", vu que le canard vole bas.
    Ca s’appelle la licence poétique.
    Et je n’ai pas mis de guillemets, vu que je ne cite pas in extenso.


  • La mouche du coche La mouche du coche 31 mars 2009 13:43

    un canal qui se pend, cela ne veut rien dire. smiley


  • Marsupilami Marsupilami 31 mars 2009 16:23

     @ Sandro

    Très bon mix de Delvaux & Bashung ! Faut dire que chez les deux les madames sont rêveuses… Une vidéo bien faite pour visionner les toiles de Delvaux sur fond musical. Monsieur le chef de gare Sandro, merci pour le billet !


  • Marsupilami Marsupilami 31 mars 2009 16:25

     @ Parkway

    L’original de Brel, c’est "un canal s’est perdu". Mais on peut aussi estimer qu’un canard s’est pendu sous un ciel si bas qu’il fait l’humidité…


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 mars 2009 16:32

    Merci Marsu pour ces deux contributions expertes.
    Je ne sais si ces dames "révent de formes oblongues et de totems qui les punissent" pendant que le canard se pend au noeud coulant du Brabant Flamand et de son ciel d’encre.
    A mon avis, Delvaux , comme Martine , était "insomniaque à 100 %, faut faire avec".
    Bref, "je me pose en douceur sur Martine des questions d’amour propre...."


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 mars 2009 16:48

    @ Marsu et à tous,
    Pour redevenir un peu sérieux, et revenir à la noirceur ferroviaire du voyage au plat pays, ci-joint le dernier clip de Jean-Baptiste Mondino sur "Comme un trapèze" d’AB.
    Ce fut son dernier clip, effectivement tourné sur la ligne Paris-Bruxelles.

    http://alainbashung.artistes.universalmusic.fr/index.php


  • Marsupilami Marsupilami 31 mars 2009 17:07

    @ Sandro

    Question technique : es-tu parvenu à télécharger les deux titres originaux de Bashung par opendisc ? Moi pas (je suis sur Mac os X). Bug ?



  • Marsupilami Marsupilami 31 mars 2009 17:42

    @ Sandro

    Non, c’est pas ça. Je connais ce clip. Ce dont je te parlais c’était de deux autres chansons supplémentaires.


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 mars 2009 13:30

    Dans le méme ordre d’idée, et pour éviter les remarques d’un éventuel spécialiste de Delvaux, ce dernier ne fut pas qu’un chef de gare pictural ou imaginaire.

    Il a réellement été (alors qu’il était déjà connu et reconnu) nommé chef de gare à Louvain-la -Neuve, à une quarantaine de kilomètres au Sud-Est de Bruxelles.


    • brieli67 31 mars 2009 13:53

      http://www.jeanfauque.com/index.php/reset_jr/jean_fauque/13_aurores/galerie _video

      et les Valentins de Daho tu connais ?
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Valentins&nbsp ;

      c’est du Velvet underground à la frenchie fabriqué pour/par Eddie Barclay


      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=53026#commentaire2041295
      Alles Baschung l’ingrat ! 

      un peu de Claude Monet ?
      http://www.diamantartcorp.com/gallery/monet.html
      un peu sinistre le belge http://www.lesgares.com/galerie/peinture/peinture.htm








      • maxim maxim 31 mars 2009 13:58

        excellent article Sandro ...

        Delvaux ,Magritte ,Ensor,Dali,Ernst ....tous les surréalistes ,une époque d’or pour l’art pictural .....

        chez Delvaux et Magritte ,on retrouve un peu l’âme et le cachet ( je dis ça avec la distance qui s’impose ..et c’est très personnel ..) ce cachet de la peinture Flamande ,cette ambiance particulière qui n’appartient qu’au Nord ......

        ça m’a donné une idée ,je vais faire des tirages sur papier photo des representations des oeuvres de Delvaux ( images Google )....


        • maxim maxim 5 avril 2009 14:46

          Parkway....

          si j’avais les moyens de m’offrir les originaux ,je n’en viendrais pas à cette extrêmité ,mais je désire tout simplement faire une selection et m’en faire fabriquer des posters ,

          ça crée l’ambiance ,et puis si j’aime ! après tout ,où est le mal ?


        • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 mars 2009 14:00

          @Breli :
          Jean Fauque est un Seigneur. Si j’ai le temps, je ferais un article sur "13 aurores", méme si la tournée s’est arrétée la semaine dernière à Paris.
          Pour le reste, je ne suis pas sur d’avoir saisi le message, s’il y en a un.

          Mais vous, au moins, il y a longtemps que vous prenez des trains à travers la plaine, j’ai pas à vous expliquer....


          • Georges Yang 31 mars 2009 14:36

            Je me souviens d’une exposition à Paris , ce devait être à la fin des années 60 joignant Delvaux, Delville et Magritte. C’était la première fois que je contemplais autre chose que des classiques du Louvre ou des abstraits. A la même époquej’ai découvert Dali hélas presque trop tard juste avant qu’il ne devienne totalement comercial puis sénile.
            Ces peintres belges sont un peu tombé dans l’oubli, depuis que Magritte est moins sujet à Posters


            • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 mars 2009 14:59

              De plus, bien que sobre et austère, il avait une "gueule" assez extraordinaire.
              Ci joint une photo .

              http://www.mediapart.fr/files/imagecache/225_pixels/u27827/Paul_Delvaux_189 7-1994.gif

              Je ne retrouve plus son auto portrait, assez saisissant, en bleu.


            • Georges Yang 31 mars 2009 15:06

              Delvaux, c’est un peu le déjeuner sur l’herbe en milieu urbain


              • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 mars 2009 15:15

                Je ne sais pas. A part les filles, un peu glacées, il y a peu de nourritures terrestres chez Delvaux.
                Pas le genre à sortir le saucisson sur la nappe blanche et les quais de Seine.

                C’est plutot "locos, clairs de lune et pierres tombales"....


              • Georges Yang 31 mars 2009 15:28

                La toile en illustration met tout de même en scène une femme nue dans un endroit incongru
                D’autre part, j’aime beaucoup Yourcenar, ce qui n’empêche pas d’apprécier Delvaux.


              • Georges Yang 31 mars 2009 15:11

                Bien que n’ayant, je crois, aucun lien familial, André Delvaux posséde lui aussi un sens de l’étrange qu’il a démontré dans ses films et qui n’aurait probablement pas déplu à Paul


                • SANDRO FERRETTI SANDRO 31 mars 2009 15:18

                  Doc,
                  Vous dites cela à cause de "l’oeuvre au noir" ?
                  Peut étre.
                  Mais je ne prend pas un seul barril de Yourcenar, méme contre dix barrils de Delvaux.


                • Yohan Yohan 1er avril 2009 14:32

                  @ Sandro
                  Rien de mieux que le train pour se laisser aller à la rêverie. En tout cas, une peinture qui a une gueule d’atmosphère


                  • Veilleur de Nuit 3 avril 2009 16:16

                    Bonjour SANDRO,

                    Merci pour ce très bel article, riche en évocations poétiques et sentiments de vies d’artistes...

                    Cela me fait penser, dans un autre domaine, au film La Stazione de Sergio Rubini,
                    qui raconte l’histoire d’un amour étrange, se déroulant en majeure partie dans une petite gare italienne isolée, là aussi il y a le chef de gare, la femme égarée, le train, et le décor glauque de la nuit, qui parfois prennent des allures fantastiques, dignes des plus troublantes peintures surréalistes de Paul Delvaux...


                    • SANDRO FERRETTI SANDRO 3 avril 2009 16:23

                      Oui, bonne référence.
                      De toutes façon, je vois Delvaux comme un peintre "ouvert" : il amène le jerrycan d’essence, et chacun de nous son allumette, pour que ça fasse un peu de lumière dans le cerveau.


                    • Michel Frontère Michel Frontère 21 avril 2009 08:56

                      J’avoue être un peu resté sur ma faim. Parler d’un peintre sans même esquisser une étude du tableau que l’on a choisi pour illustrer l’article c’est un peu facile. De même le parallèle entre Alain Bashung et Paul Delvaux s’imposait-il ? J’aime l’un et l’autre mais séparément.

                      Il me semble que vous devez être plus exigeant.


                      • SANDRO FERRETTI SANDRO 22 avril 2009 15:34

                        Pour les critiques d’art autorisées, merci de traiter avec Demian West ( malheureusement indisponible sur le site ces derniers temps...)
                        Me concernant, si vous aviez lu l’article, vous auriez vu que j’y exposais - à titre préventif contre ce genre de post, mais vanitas, vanitatis... -mon point de vue, Mr le Professeur, sur les doctes exégètes de ce qui ne devrait que ce voir :

                        "L’art pictural, pour lequel je n’ai que de piètres connaissances, m’a toujours semblé un domaine où le discours, savant ou profane, est superfétatoire et vain. Il manque sa cible, tourne en rond, comme le moustique dans la lampe.
                        La peinture, comme les jolies femmes, doit être vue et regardée en silence. Et faire fuir le discours comme la peste.« 

                        Pour le reste, rentrant vers le plat pays dans un Thalys de nuit de l’enterrement d’Alain à Paris, avec dans la main la brochure de l’expo Delvaux et dans l’oreillette »la nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine", l’association d’idées m’a paru assez évidente.

                        Le monde nocturne et ferroviaire de Delvaux, les squelettes, la mort d’Alain , ses chansons et son dernier clip de Modiano dans un Thalys, vous avez raison, je crois que je vais vous faire un dessin, finalement....
                        Nous n’avons pas les mémes madeleines, c’est pas grave. Je m’en remmettrai assez vite.
                        Alain, lui, est définitivement à l’abri des cons....

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