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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Pavane pour un président élu

Pavane pour un président élu

A l’instant, je viens de terminer la lecture d’une critique cinématographique de Patrick Besson dans VSD et du livre d’Ariane Chemin et Judith Perrignon sur La Nuit du Fouquet’s.

Je suis tellement indigné par la première que je me réjouis de célébrer la seconde.

Patrick Besson "massacre" le dernier film de Woody Allen, Le Rêve de Cassandre, avec une jubilation qui serait drôle si elle n’était pas forcée, avec une injustice qui dégoûte des avis péremptoires et des jugements sommaires. Surtout, je supporte de plus en plus difficilement les petits maîtres qui cherchent manifestement à se "payer" les créateurs de génie. Il est sûr qu’épingler Woody Allen vous a une autre allure qu’incendier Francis Veber ! Pourtant, quel bon, quel grand film, une sorte de Macbeth urbain, deux frères mais avec une seule tempête sous un crâne. Qu’on continue à nous donner du mauvais comme Woody sait nous l’offrir, on se passera du bon !

Quel bonheur, par contraste, de se purger l’esprit et d’abandonner toute humeur pour s’adonner au pur plaisir d’admirer ! Certes c’est un petit, tout petit livre, mais c’est un merveilleux et étonnant bijou que cette Nuit du Fouquet’s. Je m’attendais - c’était beaucoup, déjà
- à une relation vive et alerte de cette fête avec les people et les milliardaires choisis par le président élu et son épouse Cécilia. J’espérais un tableau documenté et satirique, une charge intelligente, un prélude éclatant.

C’est bien mieux. C’est une pavane. C’est lent et solennel. La fête est sombre et les gestes les plus ordinaires semblent inscrits dans un ralenti qui leur donne une apparence d’éternité. Le mouvement de la vie s’est figé et ce qui est le comble du triomphe est décrit avec les couleurs de la mélancolie, presque du déclin. Johnny boit beaucoup mais il est campé comme un héros qui va lucidement à sa perte, mû par une sorte d’envie de décomposition, tandis que son épouse joue vaillamment la secouriste. Rien n’est ridicule et en même temps, tout l’est, mais jamais sur un mode badin ou dérisoire.

C’est du Proust décontracté, à petites foulées, un divertissement funèbre qui fait du commencement moins le moment de toutes les espérances que le constat anticipé des déceptions futures. C’est la fatalité qui vient s’installer au creux du volontarisme. C’est lugubre comme une allégresse trop désirée, ou assouvie. C’est surtout une attente crépusculaire parce que l’héroïne survient trop tard. Le mot de la fin, les maux de la faim.

Flotte sur cette Nuit du Fouquet’s un étrange parfum : celui qui se pose sur les êtres et les choses quand tout est acquis et que rien n’est sûr, que le monde est conquis mais qu’on tremble pourtant, que la richesse rassure mais qu’au fond de soi, on abrite, comme avant, comme toujours, la pauvre bête humaine engluée, malgré tout, dans sa finitude.

Il faut voir ce film et lire ce livre. Seulement deux heures de votre vie


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7 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 7 novembre 2007 14:08

    Aujourd’hui nous sommes sur la même longueur d’ondes : défense du cinéma et de la littérature. Un papier dans un bon style.

    Ma modeste contribution : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=31216


    • SANDRO FERRETTI 7 novembre 2007 16:21

      @ l’auteur,

      Méme si le titre de votre article reste enigmatique par rapport au contenu de celui-ci, il a des relents céliniens sympathiques.

      Vous auriez pu l’intituler « Féerie pour une autre fois », ou « Voyage au bout de la nuit », car chaque milieu à le sien .

      Bardamu n’est pas que sur l’écluse du Pont de Puteaux ou de Suresnes, ou à Sigmarinen. Il peut étre, pourquoi pas, tapi au Fouquet’s ou chez Lipp.

      Comme le dit la chanson des gardes Suisses citée en épitaphe du « Voyage » par Céline :

      "Nous allons notre chemin

      Dans l’hiver et dans la nuit

      Nous cherchons notre passage

      dans le ciel où rien ne luit".

      C’est en tous cas toujours un plaisir de vous lire -au moins sur la forme-, car vous étes un des rares à savoir écrire, (avec Argo, lorsqu’il n’est pas en mer).


      • Harald 7 novembre 2007 16:52

        « C’est du Proust décontracté ».

        Je m’insurge ! Marcel était très décontracté. Au point qu’il écrivait en tricot de corps (d’où le vêtement éponyme) des trucs comme ça :

        « Alors, comme le valétudinaire qui ne se souvenait plus du début des ses douleurs et qui, chaque jour, cherchait en lui le premier mot de la première phrase qu’il avait jadis écrite, et qu’il désespérait pourtant trouver jamais, ce lecteur de l’espace productif contemporain, bien qu’il eût accueilli naguère avec une jubilation de tous les sens l’ineffable plaisir de la compréhension première et existentielle, voyait aujourd’hui s’envoler la clé qui lui permettrait de décoder ce qu’avait d’étrange et d’envoûtant la phrase, non certes choquante au regard des respects syntaxiques édictées et généralement admises, mais peut-être un peu sibllynes - bien qu’un mauvais plaisant eût énoncé un jour tout de go, qu’elle n’était pas si bylline que ça (NDR : il est fort Marcel) - la phrase donc qui voulait pourtant, du côté de Guermantes et peut-être de bien d’autres lieux imprégnés de l’odeur suave qu’il retrouvait, enfant, dans la petite allée du jardin de jasmin, la phrase donc qui voulait pourtant, comme on lui avait maintes fois assuré et comme il aurait dû finir par s’en douter, dire quelque chose. »

        Après ça, Céline peut se rhabiller. smiley


        • La mouche du coche La mouche du coche 8 novembre 2007 07:59

          Du « Proust décontracté »

          M. Bilger, vous m’obligez donc à lire ce livre. Je le lirais donc, mais si vous n’avez pas dit vrai, je reviens sous cet article et je me fâche. smiley


          • Renaud Bouchard 8 novembre 2007 10:03

            ...ou encore « Guignol’s band ».


            • pallas 8 novembre 2007 12:40

              Franchement a part les petits bourgeois, personne n’aime les films de Woody Allen, c’est d’un chiant, sans interet, c’est aussi nase que nos films soit disant d’amour qui se passe dans le XVI eme arrondissement de Paris avec des bobo et leurs petites peines de coeurs. Ouai et alors ont a plus le droit de dire qu’ont aime pas Woody Allen, deja que dire que l’art contemporain c’est de la daube sans gout, un tas de crasse qui coutent des millions au contribuable quasi financer totalité par nos impots et que derriere sa, toutes critiques negative sera rejeter car soit disant ont a pas le droit de juger. Woody Allen fait des films ininteressants, il a le droit d’exprimer son avi ainsi que moi non ?. Marre de votr bobo attitude dictatorial a vouloir imposer Vos Gouts comme si Vous etiez le Centre de l’univers alors resté chez vous et taisez vous, sa fera des vacances.


              • Dominique 12 novembre 2007 13:07

                pallas ou le renouveau de la femme Flocon « maintenant c’est nous qui sont les princesses »...

                @ l’auteur, pardonnez-moi, pardonnez-moi, mais j’ai remarqué sur votre article du 12/11 une forme qui me chiffonne ; vous dîtes « d’autant plus bienvenues », d’autant mieux venues ne serait pas plus correct ? [je le dis ici parce que je refuse d’être la première à commenter votre billet de ce jour (stimulant et juste comme à votre habitude) pour une broutille de ce genre]

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