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Perplexe

Création en France du texte de Marius Von Mayenburg, traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd mise en scène de Gilles Chavassieux et du collectif ildi ! eldi avec Jeanne Brouaye, Sophie Cattani, Antoine Oppenheim et François Sabourin aux Théâtres les Ateliers à Lyon, jusqu'au 28 mars.

Perplexe est un spectacle déjanté, et qui se déjante sans cesse. Mais de quoi ? De quoi se déjante-t-il ? Déjanté qu'il est depuis le début. La première situation ne reviendra pas. Rien ne reviendra. Tout disparaîtra sans cesse. Et apparaitra de l'inattendu, de l'incongru énorme, à chaque fois aussi loin du possible que possible.

Les acteurs sont déjà là quand le public s'installe, dans un environnement qui fait penser à un squat. Avec l'inévitable canapé qui trône dans toutes les maisons depuis que nous avons tous des télévisions. Ici, il ne trône guère, il va être déménagé sans ménagement plusieurs fois et il est privé de télévision. Des jeunes s'occupent, vaquent vaguement, si j'ose dire, parlent et rient.

Un couple qui revient de vacances trouve le couple chargé de garder la maison tellement bien installé à leur place qu'il leur appelle un taxi et les fout dehors de chez eux. Les situations qui vont s'enchaîner et se tuiler sont toutes à ce niveau d'invraisemblance. Les comédiens reviennent et les rôles changent, toujours dans ce cadre familial : mari, femme, enfant, gouvernante, amis... un huis-clos mouvant forcené. Les violences qui se préparent à chacune de ces scènes, séparées les unes des autres, sont déjouées, et évacuées dans l'urgence et dans l'excès de tout. Le burlesque sauve le monde. Passons vite à la charge suivante... Pas plus crédible, ni plus ni moins vraie... et sauvons-nous par la porte du fond. Ah ! la porte du fond !

On va se trouver dans un moment de travestissements de tous. Tous en ligne sur le fameux canapé, face public, dans une ambiance de pays froid nordique : un élan, une viking, un volcan (au nom imprononçable : l'Eyjafjöll ? Je ne crois pas, mais peut-être), un skieur de fond. Et qui sait sous le canapé, un raton laveur ?

Les comédiens déploient une belle énergie et un plaisir de jouer presque communicatif. L'espace est parcouru en long en large et en travers, aucun recoin n'échappe au jeu. Tout se délite, éclate, s'éclate ; les éléments se répandent, s'éparpillent et crissent sous les pieds, pour un plaisir visuel très contemporain.

On rit souvent de ce chahut. Sous ses apparences de légèreté, de beau désordre rapide, d’actes et de paroles fugitifs, on sent bien que tout se tient, que la perpétuelle échappée devant l'incroyable et arbitraire violence, échappée illusoire et qui amène toujours le retour de la violence ailleurs sous d'autres formes, que cette fuite sans fin devant la violence des situations est la source de cette jubilation.


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