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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Petit Prince de LU, ou comment tremper son biscuit dans la métaphore (...)

Petit Prince de LU, ou comment tremper son biscuit dans la métaphore !

Quel beau livre ! Avec le Petit Prince de Saint-Exupéry, on nage dans le conte de fée, teinté de philosophie et de métaphore. Enfin, tout dépend dans quel état d’esprit le lecteur parcourt le livre, s’il a de noirs penchants ou s’il veut simplement raconter une belle histoire à un enfant pour qu’il s’endorme. Car le conte a toujours été un moyen de développer des mythes archaïques, que l’on retrouve aussi bien dans Barbe Bleue, Blanche-Neige, la Belle au bois dormant ou le petit Chaperon rouge. Mort, inceste, viols, meurtres et dévoration fleurissent à longueur de ces contes pour enfants. Avec sa modernité, on retrouve rarement des avions dans les contes, le Petit Prince n’échappe pas à la règle.
Tout le monde ou presque a lu le Petit Prince de Saint-Exupéry. Le livre est même devenu un cadeau incontournable pour les enfants sachant tout juste déchiffrer un texte, certains parents n’hésitant pas à en lire un chapitre le soir à leurs tout petits pour qu’ils puissent s’endormir en paix. Avec les produits dérivés, disque, cassette, bandes dessinées, DVD ou CD l’œuvre ratisse même beaucoup plus large de nos jours. Les plus anciens se souviennent de la version enregistrée en 33 tours sur vinyle par Gérard Philippe et Georges Poujouli en 1954 et de la voix inimitable et inoubliable de l’interprète du Prince de Hombourg, mystérieux et androgyne. Du livre, les répliques cultes sont aussi connues des enfants et de ceux qui l’ont été un jour depuis les années 50, que celles de Tontons Flingueurs. L’ouvrage est devenu un monument littéraire et tout le monde se souvient des références aussi célèbres que celles faites au mouton, à l’invisible et à la rose que du fameux « Y a pas que de la pomme ! » des Tontons de Michel Audiard.
 
Comme toujours, on ne voit que le bon côté des choses ! L’essentiel est invisible pour les yeux, c’est bien connu, les horreurs soit on les cache soit on les enrobe pour les rendre acceptables. La lecture iconoclaste du Petit Prince, le chef-d’œuvre de Saint-Exupéry permet de discerner le monde tel qu’il est et non tel qu’il devrait être. Vieux dilemme ayant existé bien avant Corneille et Racine. Le Petit Prince est à la fois un conte pour enfants au premier degré, mais il peut aussi être considéré comme l’histoire du meurtre d’un enfant par un adulte. En déchiffrant les clés de cette œuvre subtile, on découvre au fil des pages, la narration de l’homicide d’un petit berbère en plein Sahara au temps de la colonisation. Certes, il s’agit d’une allégorie, certains diront une métaphore lyrique, mais il en ressort un malaise. Et si, l’aviateur du récit se servait de ce langage parabolique pour avouer l’inavouable ?
 
Si le héros du roman avait tué le petit garçon et se justifiait en disant que le gamin l’a provoqué, en reportant la responsabilité du crime sur un autre, en l’occurrence le serpent ? On entend souvent ce genre de discours devant les juges. C’est toujours l’enfant qui provoque l’adulte et le pousse à la faute. Enfin le disent t’ils souvent quand ils sont arrêtés.
 
Donc, laissez venir à moi les petits bédouins.
 
En plein désert du Sahara, un petit blond, ce n’est ni un arabe, ni un martien ou un habitant d’une autre planète, mais un petit berbère. Certains d’entre eux ont même les yeux bleus. Et puis, que valait la vie d’un petit nomade dans les années 30 ou 40 dans un endroit où il n’y avait pas d’état civil et où la disparition d’un enfant ne créait pas d’investigations à outrance ? « Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit à cause du sable  ».
 
 L’enfant dit venir d’une autre planète, l’astéroïde B 612 « à peine plus grande qu’une maison  ». Enfin de compte (à défaut de conte), il dort sous la tente ou dans un gourbi miteux, au milieu du désert au sein d’une tribu nomade. Il vient d’un endroit où il ne vit personne d’important ou d’identifiable, un lieu n’intéressant ni les militaires ni les colons. On n’a pas encore découvert le gaz et le pétrole vers Hassi Messaoud à cette époque, on est loin des rebelles du Rif et des métropoles de la côte !
 
Alors, l’hypothèse du meurtre de l’enfant n’est pas à écarter. L’attirance de certains militaires français de la coloniale pour les adolescents berbères ou les petits arabes a réellement existé, même si elle ne fut généralisée. A cette époque, on ne s’attardait pas trop sur les déviances sexuelles, on les reprouvait en silence, surtout quand les victimes étaient des indigènes. Et puis, le petit Prince vient d’une autre planète, ce n’est pas un être humain, tout juste un humanoïde. En tuer un, même après en avoir abusé ne relève pas du pénal. Même de nos jours, il n’y a pas encore de crime reconnu contre un extraterrestre dont on aurait d’ailleurs du mal à déterminer l’âge et la majorité sexuelle. Il existe encore moins de procédure spécifique pour un tel cas ou de jurisprudence comme en ce qui concerne la cruauté envers les animaux. La pirouette qui transforme l’enfant en jeune androïde venu d’un astre imaginaire permet donc d’avouer un crime sans trop s’exposer, si ce n’est à l’opprobre des bien pensants.
 
 Mais avec un peu de fantaisie, on peut par contre imaginer un aviateur pas très fier et peu loquace répondant en balbutiant à un juge d’instruction lors d’une garde à vue prolongée :
- L’enfant a disparu comme il était arrivé. Il vous a d’abord parlé de mouton, d’une autre planète, puis il a été mordu par un serpent à sa demande expresse après avoir longuement discuté existentialisme avec un renard. Et vous voudriez que je gobe cette fable ? Allez, dites moi où vous avez mis le corps !
 
 Il n’est pas nécessaire d’avoir relu la Genèse in extenso, et encore moins d’avoir repris l’étude analytique de Freud dans sa version d’origine ou dans son interprétation lacanienne pour comprendre quelle est la symbolique du serpent et ses liens direct avec le sexe masculin. Le venin étant la métaphore liquide et malsaine de la semence virile, obligatoirement sale et dangereuse. Le serpent qui mord l’enfant et le fait mourir lie à la fois la mort donnée par le sexe et le désir sacrificiel de recherche de la pureté à travers l’enfant immolé. « Tu as du bon venin ? Tu es sûr de ne pas me faire souffrir longtemps ? » On sent bien que l’enfant n’a pas très confiance et perçoit très vite que cela va mal tourner. 
 
 Le recours au mouton, l’agneau silencieux ou braillard, lui aussi reporte à son aspect sacrificiel biblique et à son versant d’innocence. En première lecture, la personnalité du narrateur est facile à cerner, il s’agit d’un aviateur plutôt viril et exemplaire, en panne dans le désert, confronté à un enfant qui l’aborde de façon impromptue. Interviennent ensuite des animaux qui ne seraient finalement que des avatars du tempérament du narrateur. Un dédoublement de la personnalité ou plutôt la face cachée et sombre du héros. Le renard est le séducteur, le tentateur, le serpent, lui est l’exécuteur, le bourreau. Il est d’ailleurs intéressant de constater que Saint-Exupéry s’éloigne de la tradition biblique judéo-chrétienne où le serpent est le tentateur, celui qui incite à la faute. L’aviateur réagit en humain et se pose des questions existentielles, mais la bête est en lui sous les formes complémentaires du prédateur et du séducteur corrupteur. Il continue à brouiller les pistes avec le mouton, qui n’est pas sacrifié comme on pourrait s’y attendre, mais reste figé dans sa caisse et laisse sa place à l’enfant dans le rôle de victime immolée.
 
Pour Saint-Exupéry, le sacrifice permet d’atteindre le sacré ! Il peut, à travers toute son œuvre littéraire, être assimilé à un hérétique du catholicisme. Catholique, car imprégné culturellement de la religion dominante de la France d’avant guerre, celle de son milieu bourgeois, mais aussi hérétique, car peu attaché au dogme, plus déiste que pratiquant. Dieu existe car il est un désir de l’homme, le fait de le désirer en justifie l’existence, telle est la pensée philosophique et religieuse de Saint-Exupéry. Il profère la même libido sciendi, le désir de la connaissance que Gilles de Rais dans sa recherche d’absolu à travers le meurtre d’innocents (Cf. l’essai de Michel Bataille sur le personnage). L’enfant devient un moyen symbolique d’accéder à Dieu. En le tuant, on le magnifie, on le hisse au niveau des anges. Initialement, dans les dessins de l’auteur, le petit prince avait des ailes, Saint-Exupéry les a supprimés pour sa version illustrée.Michel Quesnel, de l’Institut Catholique de Paris, nous informe que « Lorsqu’il fréquente les petits restaurants, Saint-Exupéry alimente sa patience en griffonnant, sur le papier gaufré qui lui tient lieu de nappe, l’esquisse d’un jeune personnage auquel il suffira qu’on l’ampute d’ailes inutiles et qu’on laisse rayonner ses cheveux pour qu’il devienne le Petit Prince ». Et puis, utilisant la fable et la parabole, il est plus élégant et facile de masquer le désir charnel de posséder l’enfant, car toute une éducation morale et chrétienne réprouve un acte qui n’est que pulsion.
 
Saint-Exupéry se rapproche donc du concept de Gilles de Rais et de son interprétation, personnelle selon lui, dévoyée diront certains, de l’Evangile et du fameux : « laissez venir à moi les petits enfants ». D’ailleurs, Gilles de Rais servit de modèle au conte de Barbe Bleue, où le héros tue des femmes en lieu et place d’enfants et devint ainsi une forme modélisée du criminel sexuel.
Lors de son procès, dont les minutes tendent à le confirmer, Gilles de Rais confesse, qu’en tuant des enfants encore innocents, non souillés par le péché, il les amène à Dieu dans un état de pureté au Ciel et de ce fait, applique les volontés du Seigneur. Encore un recours au sacrifice pour s’approcher de Dieu !
On peut aussi assimiler l’approche de Saint-Exupéry à celle du personnage d’Abel Tiffauges, le personnage principal du Roi des Aulnes de Michel Tournier. Tiffauges est frustre, solitaire, attiré par les enfants. Mais cette brute « aime » les enfants à sa manière, il les idéalise.
 C’est le retour au mythe de l’ogre, encore un archétype qui se retrouve dans de nombreux légendes et contes européens, dissimulant le thème de la pédophilie pour le rendre plus supportable. 
 
 Saint-Exupéry lui, est lettré et se rapproche beaucoup plus philosophiquement de Gilles de Rais que d’Abel Tiffauges, l’outrecuidance et la provocation en moins. Mais surtout, il utilise la fable pour décrire un fantasme de meurtre d’enfant. Il reste un criminel de l’imaginaire, cachant derrière la tournure du conte une mise à mort décrite sous une forme symbolique et onirique non explicite. Là, où d’autres auraient écrit une histoire binaire de bien et de mal ayant recours à une horreur digne du Silence des agneaux, Saint-Exupéry utilise une forme simulée et légère, voire aérienne (la moindre des choses de la part d’un pilote d’avion), permettant une lecture abordable par tous, émouvant à la fois adultes et tout petits.
 
Il n’est d’ailleurs ni le seul ni le premier à utiliser cette manière d’écrire et de raconter. Les auteurs de contes, de Perrault aux frères Grimm et à Andersen, en passant par la tradition populaire qui les a inspiré, utilisent des périphrases et des allégories pour parler de meurtre, d’inceste, de viol et de cannibalisme. Le tout étant édulcoré pour le rendre à peine audible. Le petit Prince est aussi à sa façon, une modélisation de l’éphèbe grec en plus petit, inspiré de l’Antineus de Marc Aurèle.
 
Dans le livre, le narrateur du petit Prince utilise ces ficelles maintes fois éprouvées pour avancer masqué. L’auteur invente le personnage du renard, qui n’est lui aussi, qu’un dédoublement de la personnalité de l’aviateur et qui devient le tentateur, celui qui « apprivoise » l’enfant pour mieux en abuser. « Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé ». Le renard insiste pour troubler l’enfant : « On ne voit bien qu’avec le cœur ; l’essentiel est invisible pour les yeux ».
 
La rose est la forme cryptée de la virginité et de l’innocence de l’enfant. « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose, qui fait ta rose si important ». Il doit la garder et préservée pour le renard, séducteur jouant le rôle du séduit. L’enfant cependant est inquiet et dit timidement, sachant plus ou moins consciemment que cela va mal finir. « Tu sais... ma fleur... j’en suis responsable ! Et elle est tellement faible ! Et elle est tellement naïve ! »
 
Tu as bien fais de m’attendre et de te protéger de la faute en te réservant pour moi seul, voila le message dire du renard. Et puis, le double sombre de l’aviateur parle par la bouche du serpent. Il prévient l’enfant de la fin tragique de l’histoire et s’adressant plus à lui-même qu’à l’enfant, il déclare : « Je te dis ça... c’est à cause aussi du serpent. Il ne faut pas qu’il te morde... Les serpents, c’est méchant. Ça peut mordre pour le plaisir... » . Sentiment de culpabilité, désir de s’arrêter avant de commettre l’irréparable ?
 
On peut bien sûr édulcorer la cruauté de la situation en ayant recours au subterfuge de l’hallucination. Il faisait chaud, le manque d’eau et l’insolation aidant on peut en arriver à un onirisme à la limite du délire et parler de mauvais rêve, soit...Mais pourquoi ne pas penser à un conte cruel, allant au plus profond de la pensée la plus noire de l’âme humaine ?
 
 Le célèbre « Madame Bovary, c’est moi  ! » a bien été dit, mais un écrivain se caractérise aussi par sa part d’imaginaire et d’inventivité. Il faut bien sûr compter sur l’expérience et le vécu personnel, sans pour autant négliger la part de l’inconscient et du refoulé. Saint-Exupéry n’a bien sûr jamais tué d’enfant pas plus que Grimm et Andersen ne l’ont fait avant lui, mais son récit est troublant et dépasse largement le domaine du conte pour auditeur puéril ou adulte naïf amateur de litotes. Il existe depuis toujours un lien ténu entre les fables, chansons et contes écrits en théorie pour les petits et un volet sombre venu de la nuit des temps qui utilise la parabole pour mettre en scène l’horreur, le meurtre et toutes les perversions du monde des adultes.
 
Tous ceux et celles qui ont chanté à l’école : « Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés. La belle que voilà ira les ramasser » n’ont que très rarement conscience qu’ils font les louanges du bon temps jadis, celui des bordels de Vincennes, fermés à la demande de Blanche de Castille à l’époque de Saint Louis. Quand il n’y avait pas encore de lanterne rouge devant les maisons closes, les lieux de plaisir aux alentours du château royal étaient indiqués par une couronne de laurier fixée à la porte pour attirer le client. La belle que voilà, prostituée dépitée au chômage forcé, ramasse donc la couronne de son lieu de travail désormais fermé par voie de justice.
 

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9 réactions à cet article    


  • Georges Yang 9 décembre 2008 12:03
    Lisez en parallèle l’article de Sandro : Sade, Matzneff et la piscine Deligny !

    • Gül, le Retour II 9 décembre 2008 12:15

      Bonjour Georges,

      J’aime l’idée d’un autre regard que le consensus établi...

      Petite, je détestais "Le Petit Prince", cela me mettait mal à l’aise, je trouvais l’histoire glauque, sombre...Etonnant, non ?!!! smiley

      Bien à vous.


      • JL JL 9 décembre 2008 13:15

        Captivant. A lire, et faire lire.


        • SANDRO FERRETTI SANDRO 9 décembre 2008 16:33

          Bonsoir, Doc.
          Oui, le sujet est interessant ,quoique connu ( le petit chaperon rouge dont le panier ne serait pas en osier, et dont le beurre serait celui du dernier Tango à Paris, avec Brando dans le role du méchant loup, etc, etc.)
          "Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés", disait la chanson après la loi Marthe Richard, parait-il.
          En revanche, j’admets que votre interprétation libre du Petit Prince est assez originale et novatrice.
          Ce n’est d’habitude pas l’exemple que l’on prend pour évoquer le "2 eme degré" des contes pour enfants.


          • Georges Yang 9 décembre 2008 16:37

            Reconnaissez que les contes sont cités pour souligner la génèse de l’oeuvre et ne sont pas le centre de l’article. Le but principal est de toucher à un monument que tout un chacun admire chapeau bas.


          • SANDRO FERRETTI SANDRO 9 décembre 2008 16:52

            J’admets bien volontiers.
            Je ne suis pas un serpent, tout juste un renard (et encore, les jours favorables). ;


          • Guil 12 décembre 2008 01:40

            Très intéressante vision de l’oeuvre, merci !

            Quand je pense qu’en tant que blondinet de service j’ai joué plusieurs fois des scènes du Petit Prince étant gamin... si j’avais su ! smiley


            • Iren-Nao 15 décembre 2008 08:22

              @ L’auteur



              Autant j’ai toujours aime la litterature "aviateuse" de St ex, autant le Petit Prince m’a toujours paru mievre et chiant. St Ex lui meme ne m’a jamais enthousiasme.

              Mais la version Yanguee est du coup plus interessante. Et en plus ca tient la route, quel interet de raconter cette histoire au premier degre completement cucul.

              Mais dites moi Georges pour sortir des idees il faut les avoir en soi comme pour jouer la comedie il faut ausi avoir "un peu" le personnage en soi.

              Et nous les avons presque tous en nous, au moins virtuellement car l’infame n’est pas un monstre (ce serait trop commode).

              Donc Dr ou voulez vous en venir ?

              Cordialement

              Iren-Nao


              • Georges Yang 15 décembre 2008 10:30
                N’oubliez pas que je cite Flaubert qui n’était pas un travesti et qui s’est pourtant incarné dans le personnage de Bovary, et puis, Dumas n’a jamais été mousquetaire !
                Cela dit, de nos jours il faut écrire politiquement correct ; il y a moins de censure officielle, il y a l’opinion publique qui suit les médias et c’est bien pire !

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