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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Pétition protectionniste : la France « culturelle » aux Français

Pétition protectionniste : la France « culturelle » aux Français

Avec 30 000 oeuvres exposées sur 60 000 m2 (en plus des 100 000 m2 destinés à d’autres activités), le Louvre est le plus grand musée du monde. Depuis les travaux engagés par feu Mitterrand et le passage au statut d’Etablissement public autonome, cette vénérable institution a parfaitement su suivre le mouvement de globalisation culturelle. Bravo aux présidents successifs, à Henri Loyrette, dernier en date, pour leurs efforts ! Pourtant, une teigne est venue gâcher l’ambiance en déclenchant une de ces polémiques stériles dont un certain milieu est friand.

medium_Photo_Paris_Louvre_vu_du_ciel.JPGDe lieu guindé, aride et poussiéreux qu’il était, le Louvre est devenu accueillant, destiné à tous les publics avec une muséographie soignée. Certes, les intellos parisiens se rappellent avec nostalgie cette époque bénie des couloirs vides, de l’absence d’accueil et de l’impression de temps suspendu qu’on y ressentait. Voilà l’image que je retiens de mon enfance, lorsque mon père m’emmenait dans ce château à la façade noircie, encore occupé par le ministère des Finances et diverses administrations. Mais pour le grand public, pour les non-initiés, le Louvre est devenu un lieu aussi fascinant que vivant. Visites thématiques remarquables, ateliers pour les enfants, concerts et conférences d’une très grande qualité dans l’auditorium et commodités nécessaires pour y passer la journée agréablement. Chaque année, ce sont presque six millions de visiteurs qui viennent déambuler dans les kilomètres de couloirs du Louvre, dont deux tiers d’étrangers venus dépenser leurs devises à Paris. 

Le Louvre, leader mondial dans son secteur

medium_Le_Louvre.jpgLe Louvre a modernisé sa gestion au rythme de l’évolution d’ensemble du secteur de la culture. Cette "révolution culturelle", si elle a permis d’accueillir bien plus de monde (et bien mieux) qu’autrefois, frôle l’hérésie pour certains réactionnaires nombrilistes tournés vers le passé. Mais le Louvre, lui, n’a pas de temps à perdre dans ces bruits de couloir. Au-delà des sites annexes qu’il doit démarrer, le Louvre est devenu une marque à l’échelle internationale, au point que les projets de conseil et de partenariat se multiplient. La culture ayant pris une part croissante dans la vie de nombreux individus dans le monde, l’accès aux oeuvres est devenu un véritable enjeu pour les grands musées. Les Amis du Louvre (présidés par le très libéral Marc Fumaroli), dont je suis , et tous les visiteurs réguliers de ce musée ont ainsi la chance de découvrir des expositions extraordinaires dont ils n’auraient jamais pu connaître les pièces autrement. La circulation des oeuvres est donc devenue essentielle pour tous.

L’autopromotion par échange gagnant-gagnant

L’échange d’oeuvres multiplie les chances de les faire connaître, de les faire apprécier et de faire rêver des publics bien plus larges qu’auparavant. Il consolide aussi la réputation d’un établissement à l’étranger, c’est une forme de communication subtile. Surtout, la mise à disposition d’oeuvres favorise le prêt dans l’autre sens. Les expositions extraordinaires qui se sont tenues au Musée du Louvre n’auraient pas pu avoir lieu sans ce rapport multilatéral à l’échelle du monde. Enfin, la mise à disposition d’oeuvres apporte de nouvelles ressources financières pour permettre les investissements nécessaires (acquisition de nouvelles oeuvres, amélioration de la muséographie et de l’accueil du public). Si le Louvre est une formidable entreprise culturelle, c’est aussi parce qu’il fonctionne avec un budget considérable, dont cent millions de subventions publiques annuelles : les contribuables nationaux financent ainsi le billet de chaque visiteur. Chacune des 3,3 millions de visites payantes reçoit un abondement de presque trente euros ! Visiteur assidu, je me rends compte de cette chance : l’ensemble des Français m’offrent trente euros à chaque passage. J’en profite pour dire merci à tous.

Autonomie financière croissante du Louvre

A défaut de réduire la subvention publique octroyée au Louvre, faute de volonté politique, il est essentiel que le musée dégage des recettes complémentaires : mécénat, soirées privées... et prêts à longue durée d’oeuvres. C’est là qu’une nouvelle contestation du milieu cultureux est née, sous l’impulsion de Françoise Cachin. Pourtant, nous avons de quoi faire : le Louvre possède 300 000 oeuvres à lui seul, dont à peine 10 % sont exposées. Il faut dire que notre pays s’est fait fort d’interdire toute vente du patrimoine national, envoyant ses centaines de milliers d’oeuvres non exposées dans des hangars où elles disparaissent dans l’oubli... ou dans la poche de politiques ou de hauts fonctionnaires qui connaissent les failles du système.

Cela dit, un débat doit s’ouvrir rapidement concernant l’aliénabilité des oeuvres. Mais avant que les musées puissent remettre leurs oeuvres en vente sur le marché pour les faire circuler à nouveau et en tirer des ressources, il faudra secouer le monstrueux corporatisme des castes de hauts fonctionnaires de la Culture. Je vois déjà le slogan : "La Culture n’est pas une marchandise"... mais elle les fait bien vivre sur le dos des contribuables en contrepartie !

Une oeuvre vit si elle circule

En attendant, le Louvre s’est lancé dans des opérations de grande envergure. "Le Louvre Atlanta", par exemple, est le fruit d’une collaboration scientifique entre des conservateurs des deux côtés de l’Atlantique. Financée par des mécènes locaux, elle a rapporté treize millions d’euros au Louvre en échange du prêt de tableaux majeurs dont l’Amérique pourra découvrir la qualité pendant trois ans. Autre perspective intéressante, la ville touristique Abou Dhabi, extrêmement dynamique, propose de mettre sur la table un milliard d’euros pour faire construire une annexe et lui permettre d’acquérir une collection à la hauteur de ses ambitions, en passant par des mises à disposition des collections du Louvre. Mais voilà, l’idée de prêter des oeuvres à un public arabe choque profondément nos brillants fonctionnaires nationaux. Si la France se voue à devenir un musée, autant qu’elle apprenne à exporter son talent et sa maîtrise de cette activité à forte croissance dans le monde entier.

Conservatisme protectionniste de nos fonctionnaires de la Culture

Ces mises ­à disposition prometteuses ont déclenché une vraie levée de boucliers d’apparatchiks de la Culture. Plus de 2000 noms ont signé cette torchon pétition qui prétend dénoncer les "dérives commerciales" du Louvre au lieu d’en louer le dynamisme et l’audace. Pas une seconde ils n’ont imaginé que cet échange pourrait rapprocher nos cultures respectives, tisser des liens entre nos pays et renforcer l’image de la France aux Etats-Unis ou dans le Golfe. Cette optique, d’un protectionnisme des plus ringards, est pathétique. Devant la mauvaise foi de la tribune des contestataires, les réactions de sommités étrangères n’ont pas tardé. Michael E. Shapiro, directeur du High Museum d’Atlanta, s’est adressé ainsi à la meneuse : Chère Françoise, j’ai été plus qu’un peu surpris en lisant votre article dans Le Monde. Non seulement le fond en est inexact, mais il est même trompeur. Toni Morrison, Prix Nobel de littérature, elle, a salué la présence du Louvre à Atlanta comme le bon choix. S’installer dans cette partie du pays est très stimulant, a-t-elle estimé.

Une seule leçon à tirer de cette triste histoire de corporatisme égoïste : vivement que la culture revienne dans le giron qu’elle n’aurait jamais dû quitter, le domaine privé des collectionneurs, des fondations, des passionnés qui ne vivent pas sur le dos de la collectivité.


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42 réactions à cet article    


  • Anthony Meilland Anthony Meilland 11 janvier 2007 09:53

    Article interessant sur les faits qu’il présente mais domage que vous partiez dans vos délires libéraux.

    Vive la culture libre et accessible (et donc publique) et vive les échanges culturels !


    • Aurelien Veron 11 janvier 2007 12:39

      Vous m’expliquerez en quoi la culture publique est libre. Je suis curieux de savoir. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une culture libre en soi ?

      Je trouve que cette pétition est délirante, et je suis choqué de lire que 2.000 personnes, conservateurs aigris et intellos chauvins, l’ont signée.


    • ZEN zen 11 janvier 2007 16:39

      Tiens, Anthony, quel beau chapeau tout d’un coup !chapeau !


    • Anthony Meilland Anthony Meilland 11 janvier 2007 17:32

      @Zen : Merci !


    • ZEN zen 11 janvier 2007 11:00

      Quand on prône la Sécu privée,un état hyperminimaliste, qu’on fait l’apologie de Friedman,etc..on peut se poser légitimement des questions sur les non dits de votre intervention. La culture en voie de privatisation, comme le reste ?...A méditer :

      http://www.alternative-liberale.fr/


      • Jojo2 (---.---.158.64) 11 janvier 2007 11:51

        Je ne vois pas l’intérêt de collaborer avec des retardés (les aboudabiens) qui ne proposent rien en échange sauf la censure.

        Nah.


        • Aurelien Veron 11 janvier 2007 12:43

          Vous voulez dire que cela ne sert à rien de participer à un projet culturel dans un pays arabe ? Pourriez-vous développer votre idée ?


        • Jojo2 (---.---.223.79) 12 janvier 2007 09:06

          Réponse partielle plus bas.


        • Dominique (---.---.184.109) 11 janvier 2007 18:54

          @ l’auteur, merci pour votre article. J’ai été moi aussi scandalisée d’entendre F Cachin sur France info nous expliquer qu’elle refusait de voir la culture se marchandiser. Se marchandiser, c’est-à-dire mettre en place des échanges qui, comme vous le dites très bien, permettent et permettront plus encore au plus grand nombre de voir des oeuvres exceptionnelles ? Comment peut-on faire preuve de tant de mauvaise foi et pire encore, d’une vision si obtue du monde ?

          Vision finalement très proche (quoiqu’étayée par d’autres arguments) de celle d’un jojo2, qui a sans doute oublié (ou jamais su) que l’installation de la Sorbonne à Abu Dhabi est un succès majeur sur des plans multiples : succès par le nombre d’inscriptions, n’en déplaise à ceux qui voient les Emiratis comme des crétins prompts à la censure, succès en termes de partage culturel et linguistique (l’enseignement est délivré en français), rayonnement de la France enfin, qui sait encore exporter quelques unes de ses institutions.

          Idem avec les échanges inter-musées qui devraient être vus pour ce qu’ils sont, un formidable levier de rapprochement et de compréhension culturels.


          • Jojo2 (---.---.223.79) 12 janvier 2007 08:58

            Je ne vois pas les aboudabiens, les Arabes ou les Islamistes en général comme « des crétins prompts à la censure », leur civilisation EST basée sur la censure et la négation des droits de l’homme. AUJOURD’HUI (pas il a 1000 ans) qu’apportent-ils au progrès humain ? RIEN, NADA...Que ceux qui se disent éclairés fassent le ménage...Et on pourra reparler de collaboration et d’ECHANGES CULTURELS. Car il s’agit de mon point de vue d’échanges, pas de don ou pire de commerce. Dans un échange, les deux parties ont à y gagner... On a déjà de plus en plus de femmes voilées ici, le machisme idiot des barbus est galopant...Je vois dans ces « échanges » une caution.


          • Jojo2 (---.---.223.79) 12 janvier 2007 09:05

            J’ajouterai que je préfèrerais voir la France rayonner aux USA, en Europe, bref dans des pays ou les échanges peuvent être bénéfiques...mais c’est probablement trop difficile. Là, tout se casse la gueule. C’est nous qui sommes les « aboudabiens » des USA...Les productions culturelles françaises actuelles ne dépassent pas un cercle d’initiés, quand elles ne sont pas brocardées (à juste titre, voir Sokal...)


          • Aurelien Veron 12 janvier 2007 10:07

            Cet amalgame entre « Arabes », islamistes et Abou-Dhabiens est aussi absurde que déplaisant.

            Votre lecture du rapport entre l’art et le pouvoir politique n’est pas fondé. La Renaissance a largement pu s’épanouir grâce au mécénat de tyrans un peu éclairés mais suffisamment barbares dans leurs pratiques pour coller à votre schéma simpliste.

            Certes, les Droits de l’Homme constituent un combat important. Mais je ne vois pas en quoi les habitants d’un pays devraient être privés d’un accès à la culture, surtout si elle n’est pas « officielle » (ce qui n’est pas contradictoire avec un tri, nous en faisons aussi dans nos belles contrées rayonnantes de démocratie) parce que leurs gouvernants ne respectent pas ces Droits fondamentaux.

            Enfin, Abou Dhabi n’est pas Cuba, renseignez-vous un peu.


          • Jojo2 (---.---.158.64) 12 janvier 2007 10:51

            Je vois là un intérêt purement dicté par le pétrole. On ferait mieux de s’impliquer d’abord en Europe, où la culture Française est en chute libre. En Allemagne de moins en moins de personnes parlent Français. Des Sorbonnes chez les nouveaux entrants ça aurait un autre impact. Je crois à la théorie culturelle des dominos. Cette histoire d’aboudabiens est anecdotique et fait très politiquement correct. Le résultat sera coûteux et nul. Les pays Islamisants sont des trous noirs intellectuels. Prouvez_moi le contraire.


          • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 11 janvier 2007 19:00

            Vous avez tout à fait raison : cet accord est positif pour la promotion de l’art et des échanges culturels ; de plus il permettra aux musées français de développer leurs collections et leur rayonnement.

            Rien ne justifie cette pétition qui ne fait que manifester une fois encore le tropisme social-national qui , dans notre pays,depuis le non au référendum sur le TCE, semble être le point de ralliement des extrêmes de droite et de gauche. Le refus de tout ce qui est étranger et de cooppérer avec quelques partenaires extérieurs que ce soient semblent devenir la thème central de la trop fameuse exception culturelle française.

            Cette exception n’est que le symptome d’un désir de fuite dans un imaginaire franco-français franchement franchouillard totalement impuissant qui, dans le monde en pleine globalisation, si nous ne réagissons pas, nous condamne, aux yeux des pays étrangers, y compris européens, au mépris pour cette arrogance de façade qui tente désespérement de masquer et qui révèle du même coup la réalité de la peur paralysante du monde qui bouge et de notre propre réalité en devenir.


            • Ernest Rougé (---.---.56.50) 12 janvier 2007 00:58

              Je suis d’accord avec l’auteur... Excellent article... Ouvrons les caves de nos musées ! Il doit y avoir des tonnes de poussière... Il faudrait aérer de temps en temps...

              mais comme je ne suis pas sérieux, je pose une question...

              Pourrions-nous aussi exporter l’E.N.A tant que nous y sommes ?

              Je réponds : Oui...

              Y aurait-il une levée de boucliers avec 2000 signatures d’énarques pour regretter la marchandisation mondialistique de l’administratie française ?

              Je réponds : Non...

              Conclusion : Toujours deux poids, deux mesures... Nous sommes bien en France !

              Mon intervention et ma conclusion sont stupides ! smiley


              • coolbaba (---.---.189.153) 12 janvier 2007 09:32

                « conservateurs aigris et intellos chauvins »...

                Bravo monsieur ! Votre façon particulièrement élégante et subtile de disqualifier les personnes qui ne pensent pas comme vous vous honore...

                Lamentable !


                • Aurelien Veron 12 janvier 2007 10:57

                  Françoise Cachin est l’archétype de l’apparatchik de la Culture d’Etat. Grande figure française de ce milieu extrêmement fermé et arrogant, cette ex-directrice des musées de France défend le principe d’une culture essentiellement sous tutelle de l’Etat, contribuant notamment à l’académisme de notre création actuelle, plus destinée aux institutions dotées d’argent public qu’aux vulgaires amateurs d’art. Alors que cette petite fille du fondateur du PCF (et de Signac) est très contente de faire venir des oeuvres majeures de l’étranger à grand frais (expo de la Fondation Barnes), elle se bat paradoxalement contre la sortie d’oeuvres françaises à l’étranger.

                  Avec Didier Rykner et la clique de conservateurs (entre autres) signataires, l’ensemble a un air de « règlement de comptes à OK Corral » dans le milieu de la culture d’Etat, Henri Loyerette est régulièrement pris à partie par certains membres de ce clan, et ce jeu de billard à trois bandes sur fond de message moralisateur ne peut que choquer un citoyen responsable.

                  Même Jack Lang résume les motivations des pétitionnaires à « une appropriation culturelle et morale d’une minorité de personnes, visant à réserver les collections à une population restreinte ». Autrement dit, une bande de petits égoïstes élitistes qui vivent tous de l’argent des contribuables.


                • coolbaba (---.---.185.152) 12 janvier 2007 12:58

                  « une bande de petits égoïstes élitistes »...

                  « l’archétype de l’apparatchik de la Culture d’Etat »...

                  « clique de conservateurs »...

                  Je m’étonne de ne pas avoir lu le mot fascisme sous votre plume d’une subtilité pachydermique et d’une tolérance qui me laisse sans commentaires...

                  Continuez donc vos invectives haineuses, sans accepter d’envisager ce qui peut être sujet à caution dans ce projet de Louvre « Abou Dhabi », motivé uniquement par des intérêts financiers juteux pour la France, et économico-touristiques pour Abou Dhabi.

                  Projet culturel ?? Laissez-moi rire ! Abou Dhabi, émirat ayant développé une formidable richesse grâce au pétrole (sans enclencher dans le même temps le moindre développement culturel ou démocratique) cherche tout simplement depuis 2004 à assurer un avenir post-pétrole en développant le tourisme de façon intensive et multiforme. C’est évidemment son droit le plus absolu, mais faire semblant de croire à une opération cuturelle dans cette histoire est « abracadabrantesque » !

                  De toute évidence, les pétro-dollars n’ont pas d’odeur pour vous... Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait la richesse !

                  Quant à votre caution « morale », l’inénarrable Jack Lang... Je pouffe !


                • Aurelien Veron 12 janvier 2007 13:42

                  « Une clique de conservateurs » : 200 conservateurs de musées ont signé la pétition. Auriez-vous préféré : « un groupe de conservateurs » ou bien « environ deux cents conservateurs » ?

                  « Apparathchik de la culture d’Etat » vous perturbe ? Expliquez-moi comment vous appelleriez les hauts fonctionnaires du secteur public de la Culture ? Je vous recommande la lecture de « l’Etat Culturel ». Vous trouverez en Marc Fumaroli un autre auteur « d’invectives haineuses ». Visiblement, cela ne l’empêche pas d’être élu président des Amis du Louvre, une formidable association privée partenaire du Louvre.

                  Enfin, les nuances semblent vous échapper : entre « apparatchik »+« égoïstes élitistes » et « fascisme », vous ne semblez pas faire la différence. C’est inquiétant...

                  Abou Dhabi se construit depuis peu et devient un centre touristique important. Est-ce un mal ? Abou Dhabi investit énormément dans l’université et dans la culture. Cela va dans la bonne direction, non ? Les architectes de renommée internationale y construisent des bâtiments remarquables. Bref, cet Emirat a choisi une voie constructive offrant de belles perspectives.

                  Maintenant, que les Droits de l’Homme y soient encore bafoués, comme le confirme Amnesty International, que les femmes acquièrent trop lentement les Droits fondamentaux qui nous paraissent naturels, personne ne le nie. Est-ce suffisant pour refuser des échanges commerciaux ou culturels ? C’est avec une élévation du niveau général (la Sorbonne y contribue entre autres), une ouverture sur le monde et la multiplication des échanges que la démocratie progressera, que les femmes deviendront progressivement les égales des hommes( il n’y a pas si longtemps, elles ne votaient pas en France, simple rappel de l’évolution des choses).

                  Enfin comme mon article l’évoque, la culture a gagné une place importante dans le coeur des gens parce que les mécanismes d’échange se sont développés. Une économie de la culture a émergé au cours du XXeme siècle, essentiellement entre les Etats-Unis et l’Europe et fondée sur les réseaux des galeristes, des collectionneurs, des commissaires priseurs tardivement et des expositions qui ont permis aux oeuvres de circuler et de gagner de nouveaux publics. Aujourd’hui, ces échanges concernent l’Asie et le Golfe. Nous avons eu droit à de magnifiques oeuvres islamiques au Louvre, et la collection permanente s’y est enrichie de dons formidables (du Qatar me semble-t-il). En quoi ne devrions-nous pas exposer notre culture dans les pays du Golfe ? Surtout si ces échanges offrent des emplois à des spécialistes français qui trouveront ainsi des débouchés internationaux prometteurs...et 700 millions d’euros au Louvre (...enfin au Ministère de la Culture qui ne va pas laisser le Louvre rafler la mise, ce n’est pas le genre de nos politiques).


                • ZEN zen 12 janvier 2007 18:05

                  « Même Jack Lang résume les motivations des pétitionnaires à »une appropriation culturelle et morale d’une minorité de personnes"

                  Ah ! Si Jack Lang l’a dit....


                • Marie Christine (---.---.127.56) 12 janvier 2007 15:32

                  Je ne suis pas du tout d’accord avec Aurélien Véron. Je ne suis pas une conservatrice aigrie, parisienne, bouffie, ni une apparatchik, comme il décrit les signataires de la pétition en question. Je suis un simple agent de musée de province, ayant vécu et étudié des années à Paris, ayant vu la métamorphose du Louvre dans les années 1980, et connaissant ses salles sur le bout du doigt, comme Aurélien. Le Louvre est un énorme monstre, invisitable, et donc superficiel. Ne peuvent le connaitre que les étudiants et les Amis du Louvre, qui peuvent venir 10 000 fois avec un à tarif gratuit ou réduit. Le Louvre vit en partie sur les richesses des sites français et européens pillés durant son histoire. Si M. Loyrette commençait par établir ses locations de longue durée avec les anciens « propriétaires » des oeuvres anciennement pillées, cela calmerait beaucoup de polémiques (ex : Acropole), renforcerait l’attractivité de nombreux recoins de France (Culture, tourisme, économie, etc...) par exemple les banlieues moches et dévalorisées d’aujourdh’ui (Marly, Champs..). Et à propos de la pique d’Aurélien [« La Culture n’est pas une marchandise »... mais elle les fait bien vivre sur le dos des contribuables en contrepartie !] faut-il lui rappeler que les personnels des musées travaillent ??? et que tout travail mérite un salaire ??? comme un postier, un cheminot. Basique, non ?


                  • Aurelien Veron 12 janvier 2007 16:34

                    Chère madame,

                    Je n’ai nullement parlé de « parisiens bouffis ». D’où vous vient ce cliché ?

                    1) Le Louvre est un énorme monstre, invisitable, et donc superficiel.

                    Cette affirmation me parait bien présomptueuse. Les visiteurs sont les premiers responsables de leur parcours, et non le lieu. Votre jugement lapidaire revient à mettre les 6 millions de visiteurs annuels sur le même plan. N’est-ce pas méprisant ? Je ne pense pas être le seul à être un visiteur heureux de ce « monstre », et les visites aux heures d’ouverture tardives (pas assez fréquentes hélas) révèlent qu’un large public sait savourer ce monstre exquis. Les familles sont nombreuses le week-end, et elles savent organiser leur visite, ne prenez pas les gens pour des imbéciles.

                    2) [« La Culture n’est pas une marchandise »... mais elle les fait bien vivre sur le dos des contribuables en contrepartie !] faut-il lui rappeler que les personnels des musées travaillent ??? et que tout travail mérite un salaire ??? comme un postier, un cheminot. Basique, non ?

                    Un consommateur, face à différentes propositions, est libre d’en choisir une, plusieurs ou aucune d’entre elle. Em face, le revenu n’est pas assuré, travail ou non, tant qu’il n’y a pas échange consenti. Si un écrivain ne parvient pas à séduire les lecteurs, par exemple, il n’aura aucun revenu et devra trouver un revenu dans une autre activité en parallèle.

                    Un contribuable, lui, n’a aucun choix. Son argent prélevé finance des postes dont certains lui sont certes fort utiles (et pas forcément pour tous), d’autres non. Mais il n’a choisi aucun d’entre eux. Lorsque le ministère de la culture attribue 3 milliards d’euros par an à ses différentes missions, les « consommateurs de culture » n’ont pas choisi la destination de ces fonds pas plus qu’ils n’ont le choix d’y contribuer par l’impôt. D’ailleurs, ces aides viennent parfois compenser le désintérêt du public : pas mal, non ? Il est évident que la légitimité de ceux qui vivent de cette manne protégée et récurrente, prise sans l’assentiment des citoyens, est bien moindre que celle issue de l’échange volontaire.

                    Exemple pour illustrer ce principe : imaginons qu’un boulanger vous soit imposé par la loi (l’exemple vous parait étrange ? Pas plus que de nombreux « services publics » pour de nombreux Français), et qu’il vous soit exigé de lui verser dorénavant 2 euros chaque jour en échange d’un pain que vous n’avez pas choisi, vous trouveriez cette obligation grotesque. Pourtant, il vous rétorquerait que « tout travail mérite salaire ». Oui, mais un tel travail, en vous étant imposé, n’aurait aucune légitimité. Il viendrait réduire arbitrairement votre pouvoir d’achat malgré vous.


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 12 janvier 2007 19:46

                    Je ne vous suivrez pas dans votre logique purement marchande : le marché n’est pas nécessairement capable de satisfaire l’exigence culturelle de tous ceux qui aiment l’art ou plus modestement considèrent que l’art doit être mis à la portée de tous.

                    Dès lors que l’on est dans un cadre de service économique universel, il est normal que l’état contribue à ce service universel et missionne des institutions qui peuvent être publiques ou privées pour le remplir. C’est une question d’égalité du droit à la culture ; ce qui n’implique aucune obligation de se cultiver, mais exige que chacun qui veut se cultiver puisse le faire quel que soit ses revenus. Quant à la question de savoir si ce service doit être rempli par des fonctionnaires ; c’est un autre débat et je suis prêt, comme vous, à critiquer la manière dont les choses se passe en France

                    Il n’ y a pas de liberté universelle sans égalité des droits et il n’y a pas d’égalité des droits sans service d’économie générale ou universelle donc sans intervention de la puissance publique, étatique ou territoriale. C’est vrai dans tous les pays démocratiques même les plus prétendument libéraux (USA compris par le biais de fondations défiscalisées).


                  • Aurelien Veron 13 janvier 2007 14:23

                    La logique que j’expose n’est pas purement marchande. Elle se fonde sur la passion des amateurs d’art, sur les fondations, le mécénat et d’autres mécanismes spontanés. La passion seule entraîne le partage. Ainsi François Pinault avait-il envie de faire partager ses goûts en rendant ses collections publiques dans le Palazzo Grassi. Ce partage issu de la société civile ne peut certainement pas être remplacé par un « service économique universel » assuré par des fonctionnaires. « Mettre l’art à portée de tous » ne signifie rien en soi. Quel art, avec quel argent et sélectionné par qui ?

                    En ponctionnant l’argent de tous pour financer leur activité, certains fonctionnaires acquièrent arbitrairement ce qui leur parait important, sans égard pour le public mais uniquement en fonction de leurs propres critères issus de petits cénacles fermés sûrs de leurs choix (à tort ou à raison, mais ces choix ne devraient que les concerner eux, pas l’ensemble des Français). Ce mécanisme explique pourquoi la création contemporaine française, par exemple, ne s’adresse plus qu’aux acheteurs institutionnels publics qui privilégient les installations hermétiques, et non pas les collectionneurs privés. Résultat, les collectionneurs se détournent de l’art contemporain français et les artistes français qui ne se sont pas expatriés peinent à élargir leur cercle d’amateurs au-delà de ce « service économique universel » d’Etat.

                    Ensuite, quand les oeuvres ne sont pas stockées dans des hangars où elles ne connaîtront plus le jour, elles finissent dans des petits musées qui se veulent d’avant-garde, mais vides car ils n’intéressent personne.

                    Je comprends bien votre désir d’universalité de l’art. Mais l’art est un univers fluctuant fondé sur un rapport très étrange entre les oeuvres, les publics et les intermédiaires (galeries, musées, expos, salles de vente,...). Personne ne peut légitimement réaliser le choix des oeuvres qui constitueront ce « service public de l’art » arbitraire et coûteux avec l’argent d’autrui. Il faut aussi accepter qu’un vaste public ne s’intéresse pas à l’art et ne souhaite pas contribuer à ces dépenses. Et alors, en vertu de quoi auraient-ils tort ?

                    La collectivisation de l’art me semble inique, injuste et profondément perverse : l’art est avant tout liberté de chacun, et jamais un choix collectif imposé.


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 16 janvier 2007 10:19

                    Vous m’avez mal compris : je refuse que le marché de l’art soit la norme unique de sa diffusion en laissant le pouvoir à la seule demande solvable privée, sans intervention de la puissance publique pour « universaliser » l’accès à l’art. Je ne parle pas d’un art fonctionnarisé, la puissance publique étatique ou territoriale pouvant parfaitement soutenir des initiatives privées, associatives ou locales autonomes.

                    Cela se passe partout hors de France, y compris aux USA.

                    Le libéralisme implique et non pas exclut une régulation publique afin de rendre universel ce qui relève de l’universel dans la liberté : la culture et l’éducation.... Ce qui n’exclut en rien le marché, mais l’oriente dans ce sens pour la bonne raison que le marché, spontanément, ne connaît que la demande privée solvable c’est à dire particulière.


                  • Nick de Cusa (---.---.100.41) 12 janvier 2007 17:03

                    Inquiétant comme certains protectionistes de l’étatisme glissent vers la xénophobie.

                    D’accord avec Aurélien sur l’évolution récente d’Abou Dhabi et sur les bénéfices bilatéraux d’un échange.


                    • Alake (---.---.251.50) 13 janvier 2007 14:31

                      Il faut rappeler que si la pétition n’avait pas existé ce fabuleux projet d’Abu dhabi ce serait fait dans la plus grande discrétion. Au départ il ne s’agissait pas de prêter quelques oeuvres sur quelques mois mais plus de 500 oeuvres sur 2 à 3 ans et contrairement à ce que certains prétendent ce ne sont pas les oeuvres des réserves qui seront prêtées mais celles qui attirent les touristes au Louvre. N’était-il pas plus intéressant d’aider Abu dhabi à développer un musée sur sa propre culture ? Il y a un secteur du Louvre, les arts d’Islam, où les salles sont souvent fermées et où personnes ne passent. Peut-être était-il intéressant de faire connaître ces oeuvres. Quand à l’ouverture sur le monde, c’est très drôle.En quoi prêter des oeuvres à un poignée d’habitants richissimes constitue une ouverture sur le monde ? N’est-ce pas mépriser les millions de touristes qui viennent au Louvre chaque année ? Le projet d’Atlanta est intéressant dans le sens où il fait comprendre la constitution du musée parisien aux américains et que peut-être ça les incitera à venir découvrir le musée en entier.Il y a un « programme » dans cet échange. Mais peut-on parler d’échanges culturels avec Abu Dhabi ? A moins que argent contre oeuvres soit un échange culturel ? La Sorbonne à Abu Dhabi est un vrai échange culturel car la France a réussi à imposer des valeurs qui sont les nôtres (par exemple les cours mixtes). Ensuite dire que Françoise Cachin veut bien prendre les oeuvres des autres pays mais pas prêter celles de la France puisqu’elle a organisé le voyage des collections de l’orangerie pendant la fermeture du musée pour travaux. Je suis enfin désolée de voir que plusieurs personnes ont traité les signataires de la pétition de franchouillards (plusieurs étrangers ont signé la pétition), xénophobes, aigris, ultra conservateurs... tout ça parce qu’ils n’ont pas la même opinion. Il me semble que dans notre pays chacun peut penser ce qu’il veut sans avoir à être attaquer de cette façon.


                      • Aurelien Veron 13 janvier 2007 19:08

                        Merci pour votre intéressante contribution. Au-delà des expressions qui vous fâchent, vous soulevez des points importants dans ce débat.

                        En effet, qu’attendre de ce projet, au-delà des 700 millions de dollars pour le Louvre, l’emploi d’historiens d’arts, de conservateurs, et la promotion assurée de la France et de sa culture ? Des pans entiers de notre économie dépendent du tourisme, par conséquent de l’attraction de notre culture. Notre image dans le monde constitue une excellente force de vente pour « gagner des parts de marché » dans les flux touristiques, remplir nos musées et monuments mais aussi nos hôtels, nos restaurants et nos boutiques. Et les touristes d’Abou Dhabi ne sont pas les plus démunis.

                        Alors qu’une fondation Guggenheim, consacrée à l’art moderne et contemporain, va se mettre en place dans un immeuble signé Frank Gehry, Jean Nouvel signera le bâtiment qui portera la « marque » du Louvre. Dans le marché de l’art international, la France va tenter de séduire Abou Dhabi pour faire acheter des oeuvres sur notre sol, dans nos maisons de vente et chez nos galeristes. Rapidement, il est probable que le Louvre d’Abou Dhabi disposera d’une collection remarquable vu le budget mis sur la table. Les échanges seront alors effectués au bénéfice du Louvre maison mère qui sera certainement premier bénéficiaire de ces acquisitions.

                        Encore une fois, la culture ne peut s’isoler à l’intérieur de nos frontières : nos oeuvres doivent plutôt circuler pour attirer d’autres oeuvres, se faire connaître et attirer de nouveaux publics en France, vous ne croyez pas ?


                      • Alake (---.---.251.50) 14 janvier 2007 19:10

                        Je suis d’accord pour faire connaître les oeuvres des collections françaises à l’étranger (je trouve le projet d’Atlanta intéressant) mais en ce qui concerne Abu Dhabi les bénéfices pour le rayonnement de la France à l’étranger restent encore très flous. Je vous avoue que lorsque j’ai signé la pétition, le ministère de la culture n’avait pas encore communiqué sur le Louvre à Abu Dhabi. L’affaire était entre les mains du ministre de la culture et du ministre des affaires étrangères, et on ne savait pas grand chose sur ce projet. C’est ça qui m’a fait réagir, le manque d’informations. D’ailleurs au début l’argent récolté grâce à ce projet ne devait pas être reversé entièrement aux musées.C’est la pétition qui a fait parler du projet et je trouve ça bien parce que bien souvent en France on considère que la culture n’intéresse personne et les journalistes n’en parlent donc pas. Avez-vous entendu les candidats à la présidentielle parler d’un projet culturel ? C’est dommage de voir que les hommes/femmes politiques s’y intéressent si peu car le développement de la culture permettrait d’attirer des touristes, de faire marcher le commerce, d’intéresser les enfants à leur patrimoine...


                      • damien berné (---.---.62.219) 15 janvier 2007 01:24

                        Il me semble que l’on est en train de mélanger plusieurs choses, et je vous propose quelques éléments de réflexion.

                        D’abord, il faut distinguer entre le prêt pour exposition, et le prêt de longue durée. Le premier est abondamment pratiqué par les musées français depuis le début de la mode des grandes expositions (qu’ils ont d’ailleurs contribué à susciter), et personne, me semble-t-il, ne songe à le remettre en cause. Il répond aux attentes du public en lui donnant à voir des oeuvres généralement inaccesibles pour des raisons géographiques, tout en servant les intérêts de la communauté des chercheurs : je n’imagine pas qu’un conservateur français puisse refuser en toute bonne foi, et sans raisons valables, de contribuer à un projet scientifique tel qu’une exposition (j’entends, une exposition au propos scientifique avéré et aux ambitions culturelles mieux fondées que la seule recherche de fonds). Je précise que ce type de prêt dépasse rarement une durée de trois mois, c’est-à-dire la durée moyenne d’une exposition conventionnelle. Le second dépasse ce cadre, et remplit généralement des objectifs autres que strictement culturels. La légitimité du prêt à longue durée peut être discutée dès lors que l’intérêt scientifique du prêt n’apparaît plus de manière évidente, et qu’il s’efface derrière des motifs diplomatiques ou politiques. Car l’élément fondamental qu’il ne faudrait jamais perdre de vue, et que le corps des conservateurs du Patrimoine s’efforce de ne pas perdre de vue, est la garantie de l’intégrité matérielle de l’oeuvre. Moins une oeuvre bouge, mieux elle se porte. Ca peut paraître facile et péremptoire, dans le contexte exaltant du rapprcohement des cultures, mais déplacer une peinture ou une sculpture, modifier son environnement, la décrocher, la raccrocher sur un support différent, la confier aux mains d’équipes dont la connaissance de l’oeuvre sera plus limitée que celle des équipes de son musée de provenance, tout cela augmente les risques d’altération de l’oeuvre. Ces risques, les conservateurs les prennent, plusieurs dizaines de fois par an pour certains d’entre eux (notamment ceux du Louvre). Mais un conservateur doit aussi penser, et il me semble qu’on a trop tendance à l’oublier, à... la conservation des collections dont il a la charge, et il doit savoir dire non quand un prêt d’une oeuvre est sollicité, et que le risque de voir cette oeuvre dégradée par une manipulation est trop grand. C’est une vision à long terme qui doit prévaloir dans ce cas.

                        Je précise ensuite que, contrairement aux idées reçues, et ça me permettra de combattre un fantasme très répandu, les réserves du Louvre ne contiennent pas de chefs d’oeuvres. Il suffit de consulter les catalogues du Louvre (ce qui est un exercice auquel bon nombre de redresseurs de torts plus doués que moi se livre assidument, je n’en doute pas) pour se persuader que ces fameuses réserves sont pleines à craquer de... fragments archéologiques dont le seul intérêt est de provenir de tel ou tel site célèbre, d’oeuvres en trop mauvais état pour être présentées au public, de plâtres d’étude, d’oeuvres de qualité moyenne (le genre d’oeuvres de seconde zone dont le rapport de Maurice Levy sur l’« Immatériel » préconise implicitement la vente). Ces réserves sont d’autant moins pleines que le Louvre mène une politique active de dépôts d’oeuvres (très souvent de grande qualité) dans les musées de province, dans le souci de les montrer au public. Le Louvre n’a ni les moyens, ni la place pour l’heure d’ouvrir les galeries d’études qui permettraient au public d’avoir accès à ces objets significatifs, mais indignes d’être exposés à côté des chefs-d’oeuvre. Car le Louvre cultive un niveau d’excellence qui entre pour une bonne part dans son succès planétaire, et motive sa politique d’acquisitions.

                        Bref, pas de quoi repeupler les cimaises après le départ du quota d’oeuvre nécessaires à l’aménagement du Louvre-Lens et des antennes à l’étranger. Sans parler des prêts temporaires consentis à tous les organisateurs d’expositions de qualité du monde. Et cela, nul n’a l’air de s’en émouvoir. Le Louvre a raison de multiplier les partenariats internationaux, il faut d’ailleurs rappeler que la situation que vous louez au début de votre article ne part pas de rien, mais bel et bien des efforts d’une génération dynamique d’agents du Patrimoine, dont une partie a effectivement suscité le débat qui nous occupe et dont vous rejetez un peu vite les arguments, sans prendre la peine de les discuter sérieusement. Ce débat d’idées est nécessaire, mais il occulte une foule de préoccupations très concrètes dictées par les oeuvres elles-mêmes. Ce sera, je l’espère, le moment d’expliquer au public les enjeux des politiques de conservation, quitte à frustrer certaines aspirations - légitimes - à avoir accès au Patrimoine commun hic et nunc.


                        • Internaute (---.---.0.229) 15 janvier 2007 08:25

                          Je ne comprend pas tout ce pataquès pour de la location d’oeuvre d’art. Léonard de Vinci a fait ses portraits pour de l’argent. Ils ont été achetés revendus, volés, donnés et hérités depuis des siècles jusqu’à aterrir dans les mains du Louvre par on ne sait quel négoce plus ou moins avouable. Donc, dire que l’art et le pognon ne font pas bon ménage est d’une hypocrisie crasse.

                          Les musées américains sont trés beaux. Les oeuvres y sont bien soignées. C’est honorer les peintres que tout faire pour montrer leurs oeuvres.

                          Peut-être qu’elles ne seront pas présentées dans le cadre et dans l’ordre souhaité par certains organisateurs artistiques français. Et alors ? C’est justement là que doit s’exercer l’« exception culturelle française » (termine idiot selon moi). Que les organisateurs français exceptionnelement cultivés fassent au Louvre des mises en scènes des oeuvres qui arracheront des cris d’admiration et montreront aux millions de visiteurs étrangers qu’à Paris il y a vraiment une exception culturelle. Ce n’est pas avec des textes de loi mais avec des actes culturels que l’on maintiendra cette culture.

                          Heureusement que les américains présentent les oeuvres à la façon Cow-Boy.


                          • Alake (---.---.251.50) 15 janvier 2007 08:49

                            Mauvais exemple. Les oeuvres de Léonard sont elles rentrées légalement dans les collections du Louvre puisqu’elles ont été achetées par François Ier juste après la mort de celui-ci, au XVIe siècle. Il faut arrêter de dire que les collections du Louvre ont été volées. La majeure partie de la collection a été constitué au cours des siècles par les rois de France. Il faut arrêter d’accuser Napoléon de tous les maux : après avoir pillé l’Italie il a du rendre une grande partie des oeuvres, même s’il en a conservé certaines illégalement. Puisque tout est pillé pourquoi aucun pays ne réclame ce qui lui appartient alors qu’ils le font dans d’autres pays, par exemple l’Italie réclame des oeuvres volées au Getty Museum de Los Angeles. Je pense que ce sont plutôt les oeuvres de fouilles ou venant des « colonies » françaises qui sont de provenance douteuse.On peut s’interroger aussi sur certaines oeuvres du Quai Branly... Ce qui fait surtout réagir n’est pas le fait de louer des oeuvres mais que ce genre d’actions se multiplient :Lens, Atlanta, Abu Dhabi et d’éventuelles expositions temporaires qui auront lieu en même temps.Ce qui est surtout embêtant c’est que l’état a tendance à « perdre » des oeuvres qui ont été mises en dépôt ailleurs et plus la durée des prêts est longue et plus c’est le cas.


                          • (---.---.140.100) 15 janvier 2007 08:28

                            Manipulations, propagandes, diversions,...

                            Répression inutile et féroce dans toute sa splendeur.

                            Bêtises humaines à l’échelle mondiale.

                            Suprématie, du top nul.

                            Foutaise, pour cérébraux en manque.

                            Il est temps, d’expliquer les choses plus simplement.

                            Vos artistes saignent. Faut-il les achever ? Oui !

                            Nous vous avons tout dit et tout montré tout donné.

                            Prenez et buvez, ceci n’est pas mon sang, mais notre bêtise.

                            L’art n’est qu’un reflet de votre monde, que l’artiste capture pour vous, pour vos sens. Essentiel. Intemporel.

                            Crachez, de l’amour, il vous reste la haine.

                            Criez, du beau, il vous reste la laideur.

                            Pleurez, du bon, il vous reste le mauvais.

                            Fuyez, du sacré, il vous reste la guerre.

                            Vous ne voyez rien ? Déjà, aveugle sur votre propre condition.

                            Pris au piège ? Plus besoin de serveurs, pour servir !

                            L’ignorance n’a point de raison, que le salut des cons.

                            Apprenez à chanter, à danser pour trouver La Vérité.

                            La peinture la sculpture, ce n’est pas ce que vous voyez. C’est ce que vous ressentez.

                            Ah ! ils sont beaux les intellectuels de pacotilles. Ils remplissent les beaux quartiers avec vos deniers. Allez, dites leurs mercis de vous avoir allégé.

                            Vous confisquez votre devenir, celui de vos enfants, celui de notre planète pour quelques petits Dollars.

                            Creusez votre tombe, c’est votre seul objectif. Quel beau challenge pour une vie si peu remplie !

                            Et oubliez vos artistes, puisque vous êtes incapables de les suivre...

                            À mort, majors, Sacem et consorts...

                            Dadvsi, c’est fini : Bougez-vous, vite, ou pleurez... http://www.planete-psp.com/dadvsi-soyons-solidaire-le-7-mai/781

                            Dit comme cela , c’est plus clair, non ?


                            • Paul (---.---.217.174) 15 janvier 2007 19:23

                              J’ai surtout l’impression qu’on loue les « bijoux de famille » pour payer (tant bien que mal) le train de vie social de la France ... Et ce n’est certainement pas pour « s’ouvrir sur le monde » que les oeuvres du Louvre sont transbahutées de ci de la.


                              • Aurelien Veron 16 janvier 2007 08:36

                                J’attendais le mot ’fascisme’, c’est Franck qui l’a dégainé en premier...un peu tardivement toutefois. Votre aigreur vous aveugle, Franck. Etes-vous scandalisé que tout le monde ne pense pas comme vous ? Ouvrez un peu les yeux et regardez plus attentivement le monde qui vous entoure, vous serez surpris...

                                Il me semble au contraire avoir félicité d’entrée de jeu Henri Loyrette pour son travail formidable. Ma critique vise une certaine vision de la culture, et ceux qui la défendent en dépit du bon sens. Certains commentaires émis par des signataires de la pétition que je dénonce m’ont beaucoup intéressé et ont enrichi le débat.

                                Au fait, avez-vous suivi le débat hier soir dans « Ce soir ou jamais » de Taddéï ? Parfois un peu confus, mais des idées fortes ont pu être lâchées, bien que je me doute qu’elles ont dû vous scandaliser. http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/article.php?id_article=155&id_rubrique=63

                                En tout cas, je vous recommande d’être un peu plus argumenté et constructif dans votre critique. Limitez vos insultes, calmez-vous et essayez de proposer des réponses audibles. Beugler n’est jamais une bonne solution, Franck.


                              • RUPP (---.---.202.227) 16 janvier 2007 02:07

                                Je trouve vraiment l’« Exportation » du louvre et autres « spécificités Francaise » caractéristique de la déchéance de la France .

                                Avant , les japonais remplissaient le Louvre mais au moins ils venaient sur place , maintenant c’est le Louvre qui doit se déplacer la ou se trouvent les touristes !

                                c’est profondément répugnant .

                                Ne pouvons nous pas vendre de la haute technologie au lieu de vendre « l’image d’épinal » ( culture , mode , pain , vin ... ) que le monde a de nous ? sommes nous obligés de nous ridiculiser en permanence ainsi ?

                                Ca me rappelle cette phrase de Roland Moreno ( l’inventeur de la carte a puce ) et tirée d’un livre pru il y a 2 ans :

                                « ces gens la font rayonner la France en 2005 ... au moins autant qu’en 1005 »


                                • Aurelien Veron 16 janvier 2007 08:24

                                  Etes-vous aussi choqué que nos films soient vus à l’étranger, que nos troupes de cirque contemporain, de théâtre ou de ballet aillent faire des tournées à l’étranger ? Et nos artistes qui vont se commettre hors de nos frontières ! Honte sur eux ? Vite, fermons nos frontières, isolons-nous du reste du monde qui n’a qu’à venir voir notre pays comme on va en safari : en mini-bus climatisé, 48h chrono avec une halte à la Joconde, une autre à la Tour Eiffel.

                                  Votre vision des échanges, notamment culturels, est enthousiasmante.


                                • orsi (---.---.226.17) 6 février 2007 13:25

                                  Le fait que le gouvernement ump et le parti socialiste (jack lang) soit ouvertement pour la création du musée du louvre à abu dhabi, qu’on qualifie les opposants de grincheux, de réactionnaires, montre que les enjeux de ce débat ne sont pas que culturels, que la culture y est un pétexte. il s’agit bien de mondalisation (« nos collections sont à tout le monde », « privatisation non dites des muséees français ») ; ça rappelle le débat sur la constitution européenne ou les élites étaient toutes pour, mais où le débat a été tranché de façon différente par les citoyens. N’hésitez pas à signer la pétition sur la tribunedelart.com ou à protester par courrier auprès du ministère ou à la Société des amis du louvre .....


                                  • Aube (---.---.27.8) 11 février 2007 15:46

                                    Ce projet n’est pas une action culturelle, donc pas nécessaire puisqu’il ne cible qu’une minorité de visiteurs de prestige, donc sans cohésion sociale. Le contribuable n’a pas à participer à ce genre d’attraction bisness, opération au formule « OIL FOR ART », non merci ! Je suis pour l’éveil des sociètés, en se cultivant sur le libre accées, l’individu se rend plus libre, ya rien de protectionnisme la dedans.


                                    • Senatus populusque (Courouve) Courouve 11 février 2007 15:49

                                      « Le contribuable n’a pas à participer »

                                      Loin de recourir au contribuable, ce projet rapporterait de l’argent aux finances publiques.

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