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Philippe Caubère joue Benedetto : "Urgent crier !"

« Urgent, crier » est le titre du premier des recueils de poèmes d’André Benedetto qui s’était installé à Avignon, figure titulaire du festival et fondateur du off, en 1966.

Pour lui rendre hommage, Philippe Caubère a décidé cette année, au mois de juillet, dans le off, de déclamer les paroles de cet auteur-acteur au Théâtre des Carmes, sanctuaire militant dont Benedetto avait été le directeur de 1963 jusqu’à sa mort soudaine en juillet 2009.

Caubère, qui a tout connu à Avignon, la Cour d’Honneur, le off, le in, la carrière de Boulbon, depuis son « Roman d’un acteur » jusqu’à « L’homme qui danse » en passant par « Claudine ou le Théâtre » ou « Épilogues », a voulu faire scintiller l’homme militant engagé et rebelle qui l’avait tant ébloui, du temps de la jeunesse.

C’est au tour de la Maison de la Poésie de recevoir la flamboyance du verbe de AB André Benedetto, entre AA (Antonin Artaud) et BB (Bertold Brecht).

Caubère, dans un premier temps, nous surprend. D’une curieuse retenue et avec une voix singulière à l’accent rocailleux du sud qui n’est pas le sien tendance marseillais, d’un débit bas et rapide, presque inaudible, qui force l’écoute, il incarne l’auteur à la « gueule d’ange ».

Puis, cassant ce rythme, armé d’un micro, aussi tranchant qu’une lame, il clame sa révolte artistique qui réveille nos consciences endormies et nous jette à la figure, tel un coup de tonnerre, la digression d’une langue qui dénonce et qui émerveille. On retrouve le Caubère animal accaparant l’identité du Benedetto pamphlétaire.

Alors, puisant dans les textes de l’acteur-sud, quintessence du pur comédien méditerranéen, à l’instar des Raimu, Gérard Philipe & Alain Cuny, Philippe Caubère s’empare de trois grands visionnaires du théâtre :

D’abord, à tout seigneur tout honneur, Jean Vilar, le sétois, un acteur qui s’engage physiquement, d’une présence extraordinaire ; il sera l’homme qui, face au fameux mistral, dans la cour du Palais des Papes, va l’investir et fonder le festival d’Avignon en 1947. Les mots déferlent par la voix de Caubère, accompagnés d’images d’archives projetées sur grand écran, avec de beaux portraits de Vilar qui aura voulu faire d’Avignon un lieu d’expression et d’échanges et se fera pourtant conspuer en 1968. Il devra affronter une jeunesse radicale et contestataire qui osera lui jeter des anathèmes du genre : « Vilar, Béjart, Salazar ! » soutenue par le Living Theater.

D’ailleurs, à propos du festival de 68, Benedetto, l’homme au regard de braise, lui n’y voyait pas le peuple, il n’y voyait que « les flics ».

Vient, ensuite, le poète marseillais Antonin Arthaud, le visionnaire halluciné et torturé, l’inventeur du concept de « théâtre de la cruauté » dont les dessins magnifiques de souffrance sont projetés sur l’écran, lesquels expriment ce qu’il y a d’obscur dans l’esprit et dont la matière, enfouie au plus profond de soi, doit nourrir le théâtre.

Enfin, voici un Magnificat sur le metteur en scène et critique littéraire Gilles Sandier, se promenant régulièrement dans les jardins d’Allah et défenseur d’un théâtre politique et militant.

Dans cette alternance de rythme pausé ou, au contraire, vibrant, tel un fauve, Philippe Caubère s’appuie sur la présence d’un guitariste, Jérémy Campagne qui joue autant des morceaux de musique andalouse que, dans un style fougueux, des accords d’Hendrix ou des Doors, selon un tempo qui donne la pulsation du spectacle, comme avait aimé le faire Benedetto avec les musiciens de la compagnie Lubat.

« Urgent, crier » est un hommage adressé à une communauté de langage ainsi qu’au théâtre vivant, exigeant et populaire qui veut se faire entendre face au vent de la Méditerranée et qui doit donc hurler pour parvenir à nos oreilles, hurler pour éveiller nos consciences, pour remuer en nous les endormissements.

Philippe Caubère réhabilite un artiste engagé rageusement corps et âme.

Ainsi, Caubère & Benedetto, apparaissent fusionnels dans un même combat poétique.

photo © Michèle Laurent

CAUBERE JOUE BENEDETTO : " URGENT CRIER ! " - **.. Theothea.com - Textes d'André Benedetto - Adaptation, mise en scène et jeu : Philippe Caubère - Accompagné à la guitare par Jérémy Campagne - Maison de la poésie

par Theothea.com (son site) vendredi 25 novembre 2011 - 0 réaction
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