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Pierre ou les ambiguïtés

Le Moukden-Théâtre adapte ce roman d’Herman Melville au théâtre, mise en scène joyeuse et enlevée du tragique... du 27 au 29 mars 2012 Nouveau Théâtre, CDN de Besançon. Puis tournée générale...

Les ambiguïtés de Pierre sont tragiques. C'est-à-dire qu'elles conduisent à la mort.

Pierre tente de concilier des options, on pourrait dire des valeurs, contradictoires et incompatibles. Il garde des secrets douloureux, tient plusieurs discours à la fois sur les actes qu'il pose. S'y perd et perd les siens.
 
Le Moukden-Théâtre nous emmène dans une aventure existentielle emportée, pas au sens de la colère mais au sens de la passion, de la vitesse, et d'un certain enthousiasme. Pendant que Pierre souffre mille morts pour réduire ses angoisses, deux génies vadrouillent entre lui et nous, de façon drolatique et/ou analytique. Ils disent parfois des choses très sérieuses, mais pas du tout sérieusement. Ils philosophent, une flûte de Champagne à la main, un chapeau pointu sur la tête. On a un commentaire de l'action instantané, permanent par des sortes de coryphées magiques, qui s'amusent de ce qui se passe.
 
Moukden-Théâtre tire son nom de Brecht, par un chemin peu sensible. Là, la distance chrétienne est simultanée à l'action narrée, conjointe. L'an passé, Moukden-Théâtre avait traité la question de Lénine « Que faire ? » On retrouve très nettement cette question, portée par Hamlet : « Notre époque est détraquée. Maudite fatalité, que je sois jamais né pour la remettre en ordre ! » Même si les deux mauvais génies recommandent de ne pas lire le livre, le déchirent, ce déni instaure bien le fond de l'affaire.
 
On pourrait y voir Antigone aussi. Le combat de la légitimité et du légal. Dans lequel la fratrie joue un rôle non négligeable.
 
Pierre est partagé entre la dignité de sa condition sociale aisée et bien définie, bourgeois ou d'aristocrate. Son avenir est tracé, il courtise Lucy et va se marier. Sauf qu'une inconnue vient lui dire qu'elle est sa sœur « adultérine ». Tout change de sens. Il veut ne pas trahir la mémoire de son père qui, visiblement, a fauté, en faisant connaître à tout le monde cette faute, ne pas faire de mal à sa mère en la tenant à l'écart, et honorer le fait que cette femme est sa sœur. Il va donc l'épouser pour qu'elle ait le nom de son père, de leur père. Ce qui est tout-de-même bien torturé, et bien torturant. Pour cet abandon de poste, sa mère le déshérite (sa sœur-épouse avec). Il va vers la pauvreté et même la misère, écrit sans tenir compte des attentes des lecteurs... et s'entête en ce sens. Il est surchargé de lui-même, de ses certitudes et des actes et actions qui s'ensuivent (au contraire d'Hamlet).
 
Le spectacle commence par une conférence devant le rideau. La conférencière paraît être vraiment un conférencière, on ne la voit pas comme une comédienne jouant une conférencière. Elle annonce qu'aujourd'hui, on commence comme ça... aujourd'hui, comme une exception, elle dit qu'elle a oublié ses papiers, et nous dit un texte assez long, à une vitesse record, sur le temps universel et le temps local. Comment concilier l'un et l'autre, à quoi servent-ils réciproquement ? Et pourquoi Dieu nous envoie-t-il des recommandations universelles, alors que nous sommes inscrits hic et nunc dans un environnement local ? Que faire de ces recommandations ? Que faire de cet universel ? Comment le pratiquer ?
 
En fait, on est mis d'entrée de jeu dans les principes de ce spectacle, à savoir que tout est du jeu, justement, qu'on peut adhérer certes, mais que tout est jeu.
 
Dans ce cadre générique de théâtre, ce mode, posé frontalement, brutalement, dès le début, dès l'entrée et avant l'action théâtrale proprement dite, les acteurs passent d'une intention de jeu à une autre instantanément. Avec une précision d'orfèvre et une rapidité diabolique, ils nous embarquent d'un côté ou d'un autre : analyser grave, analyser joyeux, donner à voir et à entendre dans la représentation au sens classique, être dans le clownesque... être dans un intérieur bourgeois, être dans un espace théâtral indéfini ou dans un autre précis... Tout va très vite, c'est le plus souvent léger, (mais pas tout le temps), et c'est très jubilatoire.

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5 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 23 mars 2012 14:00

    Hum. Ce spectacle sent la culture oligarchique à plein nez. Nous l’éviterons gaiement. smiley


    • Orélien Péréol Aurélien Péréol 23 mars 2012 19:20

      Je suis allé voir votre « profil » que vous n’avez pas renseigné et votre participation à agoravox : pas d’article, des commentaires tous négatifs et méprisants.

      Vous êtes une sorte de sniper de l’Internet.
      En ce qui concerne Pierre ou les ambiguïtés, vous devriez y aller, cela vous aiderait à être plus dans la vie.

    • La mouche du coche La mouche du coche 24 mars 2012 23:12

      Bonjour,

      Effectivement, il n’y a rien dans ma bio parce que je ne fais que commenter sous ce pseudo.
      mais sous mon vrai nom, je publie régulièrement dans Agoravox.

      Votre expression « sniper d’internet » me plait bien. smiley

      En ce qui concerne Pierre ou les ambiguïtés, je pense sincèrement que vous devriez arrêter de penser que vous DEVEZ être illisible pour faire du culturel. Comment ne comprenez-vous pas que le véritable intérêt de la vie est de faire du théatre pour rendre les gens heureux, et non pas de faire des pipes à quelques journalistes et critiques germanopratins et dépressifs dont vous connaissez aussi bien que moi l’abyssale insignifiance ? Faites-vous plaisir ! Votre graal est le peuple ! Changer de public et vous serez guéri. smiley


    • Orélien Péréol Aurélien Péréol 25 mars 2012 00:48

      Ok bonne continuation


    • Orélien Péréol Aurélien Péréol 7 avril 2012 16:44
      Je vois que j’ai écrit : « Là, la distance chrétienne est simultanée à l’action narrée, conjointe. »
      Il s’agit bien sûr de distance brechtienne !
      Je pense que les lecteurs rectifient d’eux-mêmes, mais je préfère le dire.

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