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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Point Limite » : feu sacré et atomes crochus

« Point Limite » : feu sacré et atomes crochus

Tous deux ont la déflagration nucléaire pour horizon commun. Cousin inavoué du Docteur Folamour de Stanley KubrickPoint limite s’épanche néanmoins dans un registre dissemblable : à la farce atomique de l’ancien photographe se substitue une tonalité grave, éreintante, plus cérébrale que cynique. Le thriller d’anticipation de Sidney Lumet se dote d’une double épine dorsale, juxtaposant à la folie guerrière une incapacité patente à maîtriser et sécuriser l’appareil militaire, complexifié à outrance et en mutation constante. Les enjeux dramatiques sont de taille : comment freiner un bombardier ayant accidentellement reçu l’ordre de larguer un engin thermonucléaire sur Moscou, alors même que les instructions de l’état-major semblent condamnées à rester lettre morte ? 

Bientôt, des millions de vies civiles seront soumises au bon vouloir politique et relèveront d’un échange téléphonique à quatre langues entre Washington et le Kremlin. Plus que toute autre chose, c’est le fil du rasoir que Sidney Lumet s’attache à mettre en scène, avec expérience et imagination. Il filme les espaces clos comme personne : au cordeau, de manière étouffante et nerveuse, en usant de contre-plongées et de cadrages tatillons, avec l’abstraction d’une décimation humaine en ligne de mire. Dans Point limite, le langage se révise volontiers à travers le prisme militaire ; les gros plans témoignent d’une panique intériorisée en marche ; et les écrans de contrôle surplombent des cadres de l’armée réduits à l’état de spectateurs, écrasés par le gigantisme des opérations en cours. La partie d’échecs qui se joue est d’envergure planétaire, illustration suprême de laguerre froide mettant aux prises URSS et États-Unis, le tout sous l’égide du chef opérateur Gerald Hirschfeld et du scénariste Walter Bernstein, qui tire de l’antagonisme entre marxistes et capitalistes une esquisse vitriolée de la nature humaine, frelatée par la haine, le dogmatisme et le pouvoir. Les chasseurs américains, lancés aux trousses de leurs propres bombardiers, sonnent comme un énième clou planté dans le cercueil d’un bellicisme aveugle et méprisant, support d’une technologie de pointe devenue incontrôlable.

Rappelant en cela Douze hommes en colèrePoint limite tisse avec ardeur un propos dense et éminemment politique, porté par une science exemplaire du cadre, des séquences en huis clos filmées à l’épure et des tirades fusantes parfaitement ciselées. Henry Fonda, Walter Matthau et Daniel O'Herlihy, pour ne citer qu’eux, forment les visages contrastés d’un cataclysme occasionné par la défaillance d’un infime transistor, amorce improbable de l’anéantissement de deux mégapoles – et capitales économiques – surpeuplées. Fallait-il d’autres preuves que la sensibilité et les convictions humanistes d’un président en exercice ne peuvent désormais plus rien face à une ingénierie militaire largement autonome, sur laquelle l’homme n’a plus la moindre prise ?

 

Lire aussi :

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2 réactions à cet article    


  • juluch juluch 27 octobre 2014 10:27

    Il y en a eu deux de « point limites »


    1964 et 2000 les deux en noir et blanc. Un de Sydnet Lumet avec Henry Fonda , le deuxième de Stephen Frears avec Georges Clooney.

    On y dénonce effectivement l’absurdité de la course aux armements de plus en plus sophistiqués et des conséquences du à la défaillance d’une simple pièce électronique. 
    Aucun humour noir à la Kubrick, une tension qui vas crescendo jusqu’à l’aboutissement final.....

    Je les recommande vivement.

    Merci pour ce partage 

    • raymond 27 octobre 2014 10:33

      Il faut absolument avoir peur hein ? ebola ne suffit pas ( cela ne prend pas) essayons le feu nucléaire, mais là dedans il y a un truc qui nous protège c’est la destruction totale donc nous et eux

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