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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Polnareff, âme câline

Polnareff, âme câline

Michel Polnareff s’est retrouvé à Bercy devant 150 000 fans.

Il n’était sûrement pas évident de faire renaître un tel mythe de l’intérieur, lorsque quelqu’un vous a échappé depuis si longtemps. Se regarder dans la glace, ne pas se reconnaître, s’observer avec étrangeté ou compassion, presque incrédule à l’idée d’avoir incarné une telle légende quelque part dans le temps.
Puis, la jeunesse de la peau, le visage lisse, disparus eux aussi ; des années, enfermé dans la solitude d’une enveloppe vide. La difficulté supplémentaire du masque à surmonter.

Perdu dans un L.A. même pas hostile, juste indifférent à un inconnu qui déambule sur de grands trottoirs poussiéreux, qui fréquente les salles de gym lorsque le moral est au beau fixe et les bars glauques dans lesquels il se noie, lorsque les idées noires ressurgissent.
La sécheresse artistique d’un grand piano noir, devenu meuble poussiéreux, dont chacune des notes sonne comme des larmes de verre.
Une lettre à France pour seul testament.

Puis des envies de revenir. Des désirs fous de redevenir, toujours reportés à plus tard.
Une première tentative et quelques gaudrioles qui font encore plus mal après.
La colère de découvrir qu’on vous a piqué votre voix, le phrasé de votre piano le temps d’une chanson qui aurait pu être la vôtre.

Des années passent, encore, toujours et plus vite, qui l’éloignent de la rive : l’amiral a déserté définitivement son bateau.
Puis un matin, une sorte de sérénité s’installe. Il croit que c’est l’âge, une sorte de sagesse. Il se dit finalement qu’il est un survivant heureux qui vit bien des subsides de la Sacem. Michel a fini par se faire une raison.
Mais la sensation est trop légère pour être de la résignation, trop aérienne. La conjonction d’évènements heureux le porte davantage. Il a enfin fait la paix avec lui-même. Il a lâché prise. Ses anciens tourments ont disparus. Il sent comme un frémissement. Il n’a plus peur. Un rêve s’élève de nouveau devant lui, à sa portée. Il suffit d’un effort, d’un peu de courage pour qu’il se transforme en réalité.


De l’autre côté de l’Atlantique, la nostalgie traverse l’époque. Des chanteurs morts, magnifiés par leur disparition, sont l’objet d’hommages télévisuels successifs qui se déclinent jusqu’à la nausée.
Deux comédies très réussies Podium et Jean-Philippe posent avec humour les seules questions qui vaillent : Y a t-il une vie pour soi-même lorsqu’on est « fan de » ? Ou l’angoissante question : Et si Johnny n’avait jamais existé ?

Il passe quelques coups de fil et réunit les fidèles, ceux qui ont toujours cru en lui, même lorsque tout le monde le disait fini ou ingérable. Il leur dit qu’il est prêt. Qu’il ira jusqu’au bout cette fois-ci.
Maniaque et travailleur, il prépare son retour, dans l’ombre. Il sait qu’on l’attend au tournant, choisit ses musiciens avec méticulosité, comme à ses débuts.

Sans trop se poser de questions, Il a remis les gants et attend que le rideau s’ouvre.

Imaginez un instant que l’on vous annonce que celui que vous croyiez mort réapparaisse sous vos yeux, un soir, le temps d’un concert. Cette fabuleuse impression de remonter le temps et d’assister au miracle.
Sous un planétarium est suspendue une grosse paire de lunettes blanches. Le rideau s’est levé. Il est là, impeccable. Un peu épaissi. Il a conservé ses trois octaves, son charisme, sa légèreté et sa finesse. Ce mélange de timidité et de mégalomanie. On le sent touché d’être à nouveau en France, qu’il retrouve comme on retrouverait sa première fiancée.
L’artiste s’est reconstruit.

Etrangement, il pense à son père. Il est ému. Mais il sent que ceux qui lui font face le sont encore plus que lui, qu’ils ont le trac pour lui, sont prêts à tout lui pardonner : cette belle histoire d’amour dont parlait Barbara...

Ce fut un moment magique, étrange et merveilleux. Un fil qui se renoue naturellement.
Lorsqu’il s’est mis au piano, on s’est dit qu’on était privilégiés, les témoins d’un moment rare, d’une réincarnation païenne.
Michel a retrouvé Polnareff, intact et mythique et c’est à Paris que le miracle a eu lieu.


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23 réactions à cet article    


  • Gasty Gasty 19 mars 2007 11:05

    Très bel hommage.

    Ses chansons sont inoubliable.Après ce retour sur la scène,ce serait bien qu’il change de look. Il est capable de nous étonner encore pour longtemps.


    • LE CHAT LE CHAT 19 mars 2007 11:11

      Sous quelle étoile est -il né , cet immense talent ? sans lui la maison aurait été un peu vide et même si on ira pas tous au paradis, en attendant écoutons le , il a tellement de choses à dire ..... smiley


      • hubert (---.---.98.85) 19 mars 2007 12:19

        Oui, bon, on échange un Johnny contre un Polnareff et on y perd pas au change. Mais à 130 euros la place de concert ça fait un peu cher les retrouvailles... Si Polnafeff retrouve la France « comme on retrouverait une ancienne fiancée » il aurait au moins pu partager les frais de restaurant. smiley


        • odlhp (---.---.63.162) 19 mars 2007 13:24

          140 euros dans le carré or, sinon, il y avait des places à 100, 80 et 50 euros (si je me souviens bien). Cela dit, ca reste cher, mais pas plus qu’un concert d’Aznavour, de Sardou ou de Johnny... Cela étant dit, j’aime bien la réflexion « il aurait pu partager les frais de restaurant »..


        • Mado (---.---.116.171) 21 mars 2007 23:18

          mais non, c’est pas cher les retrouvailles à ce prix là, c’est à la hauteur et largement, de ce que l’on attendait de l’Artiste.. pour moi, c’est pas cher du tout... le talent, le génie et sa générosité en ont largement justifié le prix


        • sweesmoke (---.---.241.2) 19 mars 2007 12:31

          150 000 ? je crois qu’il en rentre à peine 17 000 de personnes à Bercy. Quand au prix, ça fait un peu cher pour aller voir un gars qui n’a plus fait de disque depuis trente ans.


          • hubert (---.---.98.85) 19 mars 2007 12:54

            @sweesmoke

            Oui, avec ces grandes Stars ont fait toujours un peu dans le « too much » et apparemment il y a inflation chez les fans... « ces foules sentimentales en mal d’idéal... » comme dirait Souchon.


          • odlhp (---.---.63.162) 19 mars 2007 13:26

            kama sutra est sorti en 1989 je crois...


          • Phileas Phileas 19 mars 2007 14:10

            oui, mais il y est resté 10 jours de suite...le compte est bon


          • Mado (---.---.116.171) 21 mars 2007 23:20

            mais il a retrouvé toute sa créativité d’antan, à part son timbre vocal qui ne fait plus de prouesse dans les aigus, les choristes se chargeant très bien de la relève (rires)


          • mouli (---.---.103.13) 19 mars 2007 14:20

            tres bel article, tres bien ecrit, c tout a fait ca


            • frédéric Dellaz (---.---.91.50) 20 mars 2007 00:37

              Merci Philéas pour cet hommage touchant à un musicien qui symbolise 40 ans de musique POP à lui seul. Polnareff est inclassable en fait. Il peut etre Folk, Symphonique, Rock , Jazz, et mélanger tous ces styles dans un meme concert ,c’est ce qu’on appelle le génie.

              J’ai le sentiment que nous avons été des milliers à avoir le trac pour lui. Et ça lui a réussi.

              Quel plus bel hommage pouviez vous lui faire qu’en citant Barbara ?


              • Frédéric Dellaz (---.---.10.56) 20 mars 2007 13:36

                Mais que viennent faire les fans D’Obispo aigris sur ce site ????? C’est un site sérieux ici....


              • (---.---.141.243) 20 mars 2007 08:44

                Bon article, mais évitons les sujets qui fâche !

                Quelle place pour les artistes en France ?

                Aveuglés par les devants d’une scène, nous préférons les mensonges que le noir des coulisses.

                Les meilleurs se cachent, ou s’expatrient. Nous perdons nos âmes, nos cœurs, nos tripes, notre culture. Comme la fuite des cerveaux, il nous reste la médiocrité : NOUS.

                Alors, applaudissons-nous, notre exception culturelle d’une connerie affichée que nous revendiquons haut et fort.

                Et faisons la part belle à nos concurrents qui s’en fichent de nos états d’âme.

                Et si pour une fois nous ouvrions nos grandes gueules pour demander des comptes à dame Sacem ? Cette putain a le droit à un procès équitable, certes, mais les victimes, nous ne les entendrons jamais...

                Quant à l’amiral, il a tenu le cap. Mais il n’a pas oublié qu’avant ce grade, il a été moussaillons du star show système à la mords-moi-le-nœud.

                Mais je suis tout de même fière que les Français aient répondu présent. Leur mémoire n’est pas si courte comme certain souhaiterez nous le faire croire en cette période électorale...


                • Vanille Praline (---.---.102.221) 20 mars 2007 11:56

                  Oui, vraiment merci pour ce très bel article au ton juste, sensible et vrai... Comme si vous étiez un très bon ami proche. Ca me rend heureuse !


                  • Sergeounet (---.---.208.170) 20 mars 2007 12:45

                    câlin, ine adj. (Un ton câlin) ¶ AFFECTUEUX, CAJOLEUR, CARESSANT, TENDRE. © Hachette Livre, 1997

                    En quoi a-t-il une âme câline ? Rien de tendre dans les prix des places ( pour rembourser ses impôts ?), rien d’affectueux à faire une liste noire (incluant ce merveilleux Obispo !!!), rien de caressant à menacer de mort son ancien attaché de presse... Que dire de plus ? Ah oui, je boycotte son concert, malgré mon immense envie de le voir sur scène !!!


                    • geérard93 (---.---.156.140) 20 mars 2007 13:24

                      Article empli de préjugé et de contre vérités digne d’un fan ! N’oublions pas que polnareff s’est auto-détruit uniquement parceque il en voulait toujours plus, DU FRIC !

                      Ce qu’il à gagné ? Tout à fait l’inverse et c’est un peu normal pour ceux qui en veulent toujours plus.

                      Celà me rappelle un peu ceux qui se font arnaqués et qui passent dans l’émission de julien Courbet, vous y verrez rarement des arnaques de petites gens, uniquement celles qui concernent les personnes qui ont risqués de fortes sommes d’argent en espérant en gagner encore plus !

                      Alors je les renvoient dos a dos et ne vais pas pleurer sur le sort de Polnareff et autres jauni !


                      • Mado (---.---.116.171) 21 mars 2007 23:14

                        bravo pour votre article sur l’artiste ! avec un grand A et que je vénère depuis sa venue en France... mais, que lis-je ? que ne sont-ce ces horreurs, ses inepties et ses rumeurs aussi monstrueuses que vénales quant aux relations litigieuses de deux malveillants ? et qui plus est de la profession (un chanteur et un attaché de presse). Mon Dieu, et tout ce fric que vont se faire les journaleux de presse à scandale, rien que sur le dos d’un artiste qui n’a pas demandé cela, mais à conquérir son public uniquement...


                        • dom (---.---.207.72) 27 mars 2007 23:37

                          mado c’est mado de chartres ?

                          SI OUI JE TE FAIS UN GROS BISOUS UNE FAN DE MICHEL !!!!


                        • divin (---.---.207.72) 27 mars 2007 23:54

                          je ne me sens pas citoyen, d’ailleurs le monde me le rend bien ; et je restes sur mes gardes à chaque eclipse de vie. c’est comme ca !!!!Passons !!! Michel, il est dans mon ame depuis l’age de mes désirs, et je traverse ses reves,ses folies,dans une parfaite intimité si puissante qu’elle me propulse en des cieux interdits ! qu’importe !! Michel je te vis.Chaque jour de ma vie est un suplice !


                        • jerem (---.---.201.77) 24 mars 2007 17:43

                          Très bel article.

                          Et qu’on arrête avec cette black-list inventé par la presse, et ces menaces de mort improbables.

                          Obispo / Polnareff : j’apprécie les deux et s’ils ont des différents cela ne concerne qu’eux.


                          • gwerz (---.---.237.18) 24 mars 2007 23:54

                            j’apprécie ce dernier commentaire . En effet, comme je l’ai dit dans un autre forum, voir Polnareff et Obispo ensemble serait surement très agrèable . Maintenant, ce sont deux artistes avec un fort caractère et qui se ressemblent donc ce n’est pas étonnant si ça fait des étincelles . (j’ai vu le spectacle « fan » d’Obispo qui était remarquable) C’est vrai que 140 € c’est cher mais quand on a attendu 34 ans (ou presque car j’était trop jeune ) c’est amorti . Et vu l’émotion ressenti, ça n’était pas trop car en sortant de Berçy, j’ai dit à ma fille « il passe quand à Bordeaux ? » et elle m’a répondu : « moi aussi j’ai pensé la même chose » . Résultat : on va le revoir à Bordeaux !!!


                            • Polnarette (---.---.78.129) 27 mars 2007 21:16

                              Bonsoir,

                              Je dis bravo à cet article. Oui Michel Polnareff est une icône de la musique française et comme telle on s’incline et on le respecte. Combien d’artistes peuvent dire qu’après 35 ans d’absence ils connaîtraient le succès voire l’idolatrie s’ils revenaient sur scène ? Quant aux allusions sur un retour pour payer ses impôts, sachez que la prescription fiscale existe en France et qu’elle n’est pas supérieure à 30 ans. Perdu..

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