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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Pourquoi il faut lire « L’Arabe du futur » de Riad Sattouf

Pourquoi il faut lire « L’Arabe du futur » de Riad Sattouf

L’Arabe du futur - Une jeunesse au Moyen-Orient (1978 - 1984) est le volume 1 de la série L’Arabe du futur. Scénarisé et dessiné par Riad Sattouf et actuellement édité par Allary.

 

Tout a commencé avec la chronique BD de la pétillante Pénélope Bagieu sur le site Madmoizelle, qui encensait ce nouvel incontournable dans le paysage déjà très peuplé des « Grands » de la bande dessinée ». Un instagram de Laurel (une autre dessinatrice) à ce même sujet en a continué de piquer ma curiosité, et enfin l’enthousiasme de mon libraire lorsque j’ai posé la main sur le fameux album a mis fin à mes doutes quant à la nécessité de lire l’Arabe du futur - Une jeunesse au Moyen Orient (1978-1984) le nouvel album de Riad Sattouf.

Durant 158 pages et 4 chapitres, nous suivons donc Riad dans la première partie de sa vie. Nous vivons à travers ses yeux d’enfants sa découverte du monde. Il est accompagné de sa mère, un personnage intriguant peu présent, et de son père, dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez Al-Assad.

L’ultraréalisme.

D’abord, il s’agit, nous dit-on, d’une histoire vraie, ce qui pose tout de suite les bases. Ensuite, c’est une œuvre autobiographique. On navigue donc dans le vrai, le cru de la réalité, l’ultraréalisme des pensées, des regards et des paroles.

Dans cet album, le détail des scènes et des odeurs ont une importance primordiale puisque c’est bien Riad qui nous raconte son histoire. A la manière d’Amélie Nothomb dans la métaphysique des tubes, l’auteur réussit brillamment à nous inclure dans le monde et l’esprit de ce petit être qu’il a été, tout en servant une réflexion politique et philosophique très fine grâce au recul adulte qu’il apporte au texte.

Le voyage, la découverte, la politique et la religion, l’innocence, l’apprentissage, la rencontre, la curiosité, la brutalité de l’enfance aussi, tout y est. Dans le personnage de Riad, petit être blond comme les blés admiré de tous, j’ai vu la naissance littéraire d’un nouveau Petit prince, pas si différent de celui du chef-d’œuvre de Saint Exupéry, et peut-être bien plus accessible et moderne. Il pose toutes les questions, celles de toujours sur le questionnement de soi, la quête d’identité (voir planches ci-dessous), la découverte des autres.

 

La figure du père

Au-delà du très jeune Riad, c’est son père, Abdel-Razak, syrien originaire d’un village près de Homs, le vrai « héro » de ce premier tome. Ce personnage constitue l’épine dorsale de cette autobiographie d’enfance, puisque c’est avant tout lui que nous suivons, en France, en Libye puis de nouveau en France, et enfin en Syrie, au gré de ses désirs de professeur, et surtout d’homme Syrien.

C’est un personnage extrêmement ambivalent, à la fois moderne ; puisqu’il veut d’ailleurs faire de son fils le fameux « Arabe du futur », un arabe instruit et fort ; et en même temps hanté par des paradoxes religieux et politiques très complexes que Riad met en évidence tout au long de l’album (voir planche ci-dessous).

 

Au-delà du récit.

Comme souvent dans les œuvres de Riad Sattouf, il y a un deuxième niveau de lecture. Ici il est d’ordre philosophique, politique et religieux. Mais j’y ai aussi vu une forte portée pédagogique.

En effet, qu’on soit expert ou non de l’histoire moderne du Moyen-Orient, on s’y retrouve. On y apprend clairement ce que sont les sunnites, les chiites, l’histoire politique de Kadhafi ou encore l’arrivée au pouvoir d’Hafez Al-Assad. C’est expliqué clairement, comme ça devrait l’être plus souvent. Evidemment, les sujets abordés sont sensibles, et certaines scènes, réflexions (sur la peine de mort, la politique internationale, ou même la vision de la femme) ont été à l’origine de vives polémiques dans les médias, mais n’est-ce pas là la marque d’une œuvre forte ? L’Arabe du futur va plus loin, nous force à regarder les choses en face, et nous pousse à nous poser des questions.

L’Arabe du futur est ainsi une œuvre inclassable, percutante. Vivement le prochain tome !



Meryl Tm.


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1 réactions à cet article    


  • Olivier Perriet Olivier Perriet 22 septembre 2014 13:15

    Bonjour,
    Merci pour cette analyse.
    J’ai adoré Sattouf avec les Pascal Brutal et autres Retour au collège (qui a bien inspiré le film Les Beaux gosses, excellent lui aussi).
    j’adhère assez à son univers.

    C’est un point de vue de l’intérieur très intéressant sur des régions mal connues :
    le père à la fois laïc et respectueux de Dieu pro sunnite, à la fois nationaliste arabe mais qui a épousé une française, l’antisémitisme récurrent (« le premier mot arabe que j’ai compris c’est »juif"), le régime folklorique de Khadafi...
    Excellent.
    J’ai raté une dédicace de l’auteur au livre sur la Place de Nancy, mais j’attends avec impatience le tome 2, pour suivre son retour (redouté) en Syrie smiley

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