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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Prendre le « Train de nuit »

Prendre le « Train de nuit »

Le jeune cinéaste chinois Diao Yinan offre avec « Train de nuit » une chronique amère de la société chinoise en même temps qu’un portrait de femme déchirant. Au prix d’un certain académisme.

Premier film du Chinois Diao Yinan, Train de nuit frappe par sa beauté visuelle malgré un récit qui aurait mérité un peu plus d’allant. C’est d’abord à un beau portrait de femme que l’on assiste : Wu Hongyan (la frêle et douce Dan Liu) vit au ralenti une vie ingrate, tiraillée entre la mort (elle travaille dans un tribunal, et est parfois amenée à exécuter des condamnés à mort) et l’amour (le sexe qu’elle recherche en se rendant dans un club de rencontre).

Diao Yinan filme avec talent, en de gros blocs relativement hétérogènes, cette existence qui n’en est presque pas une. La mise en scène est remarquable de maîtrise et de grâce. Cependant, Train de nuit n’excède jamais vraiment ce que l’on était en droit d’attendre de lui. En fait, il se conforme à un certain académisme du cinéma chinois (disons à la Jia Zhang Ke) : personnages mutiques, paysages urbains froids et monotones, action inexistante. Pour les non-initiés, l’ennui guette à chaque coin des rues sombres que l’héroïne parcourt en silence.

Mais l’on est finalement happé par ce petit et modeste film qui n’a pour autre ambition que de raconter une histoire triste et belle tout en commentant avec une certaine ironie une société en crise. Le regard porté sur la Chine d’aujourd’hui est profondément désespérant : froideur des relations, absence totale d’espoir, solitude irréparable, justice impitoyable. Et c’est bien l’intention de Diao Yinan que de dénoncer une société déshumanisée. Le malaise est donc partout, ce qui n’empêche pas le réalisateur de faire place à des moments de pure poésie : des gants brûlés dans la neige, les superbes paysages blancs, les marches solitaires dans la ville.

Et, finalement, derrière un certain formalisme (voire un formalisme certain), de nous plonger dans les profondeurs du désir d’une femme, entre pulsion de vie et pulsion de mort, entre Eros et Thanatos : en témoigne cette scène saisissante de filature où Wu Hongyan croit à une poursuite amoureuse, quand l’homme qui la suit cherche en fait à la tuer... Sans conteste un beau film.


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2 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 12 février 2008 14:00

    Bref, c’est une nouvelle version de "ceux qui m’aiment prendront le train"....


    • SlyTheSly 12 février 2008 14:04

      Je n’ai pas beaucoup lu Balzac, à part le Père Goriot qu’on m’a imposé et que je n’ai pas aimé du tout à l’époque, mais je pense ne pas être trop dans le faux en disant que ce film a un petit côté "Balzac rencontre la Chine communiste".

      C’est très réaliste, très cru, très...gris...comme cette Chine de derrière la façade lumineuse de Shanghai.

      C’est effectivement triste et assez déprimant, mais c’est un beau film paradoxalement.

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