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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Qu’attendent les singes ? de Yasmina Khadra

Qu’attendent les singes ? de Yasmina Khadra

 « (…) À l’ombre d’un rocher, parmi des couronnes de fleurs sauvages, repose une jeune fille. Nue de la tête aux pieds. Et belle comme seule une fée échappée d’une toile de maître sait l’être (…) Aucun baiser ne la ressusciterait. Elle est là, et c’est tout. Fascinante et effroyable à la fois. Telle une offrande sacrificielle (…) ». C’est à la James Hadley Chase que l’écrivain algérien Yasmina Khadra signe son dernier roman. 

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Yasmina Khadra
Première couverture de : Qu’attendent les singes ?

Qu’attendent les singes, le dernier roman de Yasmina Khadra est paru parallèlement chez les éditions Casbah-Alger et les éditions Julliard en France. Une série noire à la James Hadley Chase, les premières pages donnent le tempo frémissant : une belle jeune fille algérienne nue est retrouvée morte avec un sein à moitié arraché par une morsure de dents ! « (…) Elle gît sur la berge d’une rivière à sec, le corps désarticulé (…) la Belle au bois dormant a rompu avec les contes. Elle a cessé de croire au prince charmant. Aucun baiser ne la ressusciterait. Elle est là, et c’est tout. Fascinante et effroyable à la fois. Telle une offrande sacrificielle… ».

Encore une fois, Yasmina Khadra nous entraîne au fin fond des coulisses de certains personnages qui s’amusent à tirer les ficelles dans l’ombre à tord et à travers piétinant la dignité de l’être humain et se croyant au dessus de toute loi.

Des personnes qui vivent sous l’étoffe d’un régime que l’auteur qualifie de « zombie », selon une interview récemment accordée au JDD. On les appelle les « rboba » (littéralement traduit : les dieux ou les seigneurs, ― Ndlr) ou les « Béni Kelboun » (littéralement traduit : fils de chiens), d’ailleurs l’auteur met en garde le lecteur dès l’introduction : « Il y a ceux (…) qui crient au feu dès qu’ils voient un soupçon de lumière au bout de leur tunnel, tirant vers le bas toute main qui se tend à eux. En Algérie, on appelle cette (…) catégorie les Béni Kelboun (…) Ils disposent de leur propre trinité : ils mentent par nature, trichent par principe et nuisent par vocation. Ceci est leur histoire ».

Un beau meurtre maquillé avec du henné, Nedjma (comme une étoile) est allongée au bord des rochers d’Alger, « Alger, (la) blanche comme un passage à vide ». Une enquête est menée au sein du commissariat central d’Alger, dont le commissaire n’est autre qu’une femme et qui semble bien déranger certains collègues machistes car « dans une société phallocentrique, être femme et diriger des hommes relèvent aussi bien du supplice sisyphien que du casse-tête chinois ». 

Hamerlaine le despote qui se prend pour le seigneur d’Alger, Nora l’énigmatique femme commissaire, l’inspecteur Zine devenu sexuellement impuissant suite à une opération sanguinaire menée par les terroristes pendant la décennie noire qu’a connu l’Algérie et dont il était témoin, le lieutenant Guerd un macho mal coincé, Sid-Ahmed un ancien journaliste qui s’est réfugié dans une vielle baraque à proximité de la mer après avoir perdu sa femme, tuée par balle par les mains des terroristes. Tels sont les quatre principaux personnages qui créent l’intriguent et tissent le fil au tour du cadavre de la belle jeune fille Nedjma. En se remémorant l’image de sa défunte conjointe, le vieux journaliste et l’ami de l’inspecteur de Zine informe ce dernier que : « La femme ne parle pas, elle nous instruit. Si tu loupes un seul de ses mots, ton histoire est fichue ».

Yasmina Khadra nous dépeint une société algérienne déchirée entre des décideurs qui font leur propre loi et un peuple qui a cessé de rêver depuis bien longtemps et a puisé tout son amour, ses refoulements les plus obscurs au tour d’un ballon de football : « C’est notre sédatif, notre soin palliatif ».

Oui, mais qui a massacré aussi sauvagement Nedjma Sadek ? Et pour quelle raison ? Tout indique que le puissant Hamerlaine pourrait être le commanditaire de ce meurtre, mais qui le preuve ? Et surtout qui pourrait rendre justice à Nedjma ? Malheureusement, la justice semble porter « un bandeau pour cacher son strabisme ».

L’auteur nous fait côtoyer certaines personnes qui sont prêtes à faire n’importe quoi quitte à courber l’échine pour gravir des échelons. Nous voici à l’intérieur de la demeure de Hamerlaine en compagnie d’une ancienne amante, qui tente de marchander une place diplomatique pour son époux mais ce dernier ne semble accepter sauf si elle se prête à une scène pornographique devant ses yeux. Et que dire si ce n’est que : « chacun se bat pour ce qu’il n’a pas »… Mais « qu’attendent les singes pour devenir des hommes » ?

Que sous-entend-il l’auteur au juste ? S’agit-il de la théorie de Darwin à propos de l’évolution de l’homme, ou plutôt se réfère-t-il à la loi du plus fort, la loi de la jungle ? Ou bien parle-t-il de la dignité de l’être humain ? En tout cas, la première couverture du livre, nous expose deux ombres humaines : une qui se tient en marge de rails, hors du danger, en position verticale et jambes écartées, une position de force. La deuxième, par contre, se tient en position suicidaire au milieu des rails, l’échine courbée comme celle des singes. Les deux ombres sont au bout d’un tunnel, cependant le lecteur ne voit pas le tunnel (existe-t-il d’abord un tunnel ?), par contre la lumière de la vie, si. Encore faut-il savoir que « la vie est une compétition. Il y a ceux qui rabaissent le monde à leur pied et ceux qui se font marcher dessus » ?

L’enquête que mène le commissaire Nora est semée d’embûches, attention ça sent mauvais ! Toutefois, « on n’exige pas d’un dépotoir de sentir bon » ! Sommes-nous vraiment « coupables par procuration et victimes par défaut » ?

Hamerlaine coupable ? Comment ? Ou plutôt qui ose l’incriminer ? N’est-il pas ce sauveur de la Nation qui l’a arraché du despotisme colonial ? N’est-il pas le héro de l’Algérie indépendante ? Apparemment, l’inspecteur Zine ne partage pas cet avis et va tenter de prouver la culpabilité de Hamerlaine.

Et quand des hommes pareils transgressent tout principe, à se demander d’ailleurs s’ils ont de principe, il arrive parfois, et par ironie du sort, que le mal qu’ont fait subir à d’autres se retournent contre eux car Nedjma Sadek, n’est autre que la petite-fille cachée et ignorée du redoutable Hamerlaine !

Et Nedjma Sadek dans tout ça ? Apparemment, ce n’est pas le problème de Hamerlaine, en effet, « en Algérie, quand tu as un problème, c’est ton problème » !

Yasmina Khadra met tout sorte d’ingrédients dans le même plat : séquelles de terrorisme, despotisme de certains personnages qui se croient au dessus de la loi, la traite des belles jeunes filles, une société sournoise, malaise de certains éléments de la police entre l’application de la loi, la transgression de la loi et le souhait de se faire justice soi-même.

Ce qu’on peut reprocher à Yasmina Khadra dans ce roman est le fait d’avoir émergé les personnages dans une atmosphère ressemblant plus à une société américaine ou anglaise qu’algérienne. C’est une atmosphère qui s’approche plus des romans anglais de James Hadley Chase, comme celui « Pas d’orchidées pour Miss Blandish », et aussi l’absence de la tchatche des Algériens, cela dit il demeure un roman intriguant. 

Alors accrochez vos ceintures car le décollage peut être violent, la destination vers « Qu’attendent les singes » peut traverser des zones de perturbation et le voyage peut durer selon les estimations de changement climatique 2H30 pour un bibliophile averti. Et en attendant l’atterrissage, vous pouvez mettre vos écouteurs qui vous lancent les vibrations de « Chi Mai » d’Ennio Morricone.


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8 réactions à cet article    


  • Furax Furax 2 juin 2014 12:06

    Merci pour votre présentation.
    J’ai à peu près tout lu de Yasmina Khadra, je ne vais pas rater celui-là !


    • Bellamine Nassira Bellamine Nassira 2 juin 2014 20:37

      De rien smiley dans ce cas au prochain article, soyez au RDV smiley


    • Gabriel Gabriel 2 juin 2014 13:20

      Bonjour Nassira, comme Furax je suis un lecteur assidu de Khadra. On sent l’écrivain au grand cœur malade des déviances de son pays qui pourrait et mériterait tellement mieux si des voyous ne spoliaient pas le peuple en s’accaparant pas le pouvoir. Dommage qu’il n’ai pu se présenter à la présidentielle. Dire qu’un zombie manipulé par l’armée a encore volé sa démocratie au peuple. Petite parenthèse, si vous aimez l’écriture de Khadra vous connaissez sans doute Boualem Sansal et ses magnifiques livres « Le village de l’Allemand » et « Le serment des barbares ».


      • Bellamine Nassira Bellamine Nassira 2 juin 2014 13:35

        Merci Gabriel, oui tout à fait, je connais les livres de Sansal, il écrit bien smiley


      • gaijin gaijin 2 juin 2014 14:19

        « Que sous-entend-il l’auteur au juste ? »
        je ne prétend bien sur pas le savoir mais une piste :
        que cette espèce étrange que nous sommes et qui devrait s’appeler singes sapiens ferait bien de se remettre en marche dans son processus d’humanisation .......


        • Bellamine Nassira Bellamine Nassira 2 juin 2014 14:32

          Pas mal comme idée, j’aurais dû faire appel à vous pour rédiger mon article smiley


        • OMAR 2 juin 2014 20:14

          Omar33

          Bonjour Nassira :"Ce qu’on peut reprocher à Yasmina Khadra dans ce roman est le fait d’avoir émergé les personnages dans une atmosphère ressemblant plus à une société américaine ou anglaise qu’algérienne..« .

          Je n’ai jamais lu Y. Khadra, ce que je me reproche, car méfiant de ceux qui sortent brutalement mais à moitié, de l’obscurité, et qui sont sur des normes inconnus, déclarés ou reconnus comme grands artistes, peintres, musiciens ou romanciers.
          http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/31/yasmina-khadra-reprend-son-chemin-d-ecrivain_4429579_3232.html

          Et ma méfiance se trouve confortée quand j’analyse le parcours réalisé par ce personnage ambiguë qui se retrouve par ce tour de main que seul le Pouvoir algérien a le secret, directeur du Centre Culturel Algérien de Paris, lui l’ex pestiféré.
          Alors pourquoi pas président de la République Algérienne ?
          http://www.lefigaro.fr/culture/2014/05/30/03004-20140530ARTFIG00203-yasmina-khadra-limoge-du-centre-culturel-algerien-de-paris.php

          Aussi, je vous remercie pour votre article qui m’éclaire quelque peu sur le genre de roman que rédige Mr. Moulessehoul Mohammed.

          Et de votre présentation, je constate qu’à l’instar de nombreux cinéastes algériens, Y. Khadra dépeint une société autre que celle algérienne.

          Pourtant, il suffit de vivre un mois en Algérie, pour constater que les thèmes sociétaux sont légions et flagrants, qu’il suffit juste de les relever et les transcrire, tels que cette dernière grotesque farce électorale, la composition des joueurs de foot de l’E.N, les tribulations du »drabki" A. Saidani S-G du FLN, l’affaire Chakib Khelil Grand Duc de la Sonatrach, la mal-vie au quotidien des algériens (grèves, coupures d’eau, d’électricité, routes fermées,...) etc, etc...
          C’est moins fictif, certes, mais plus cruel car plus vrais...

          J’aimais bien lire James Hadley Chase ou San Antonio, alors pourquoi pas Y. Khadra !!!

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Bellamine Nassira

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