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Quand Bruxelles expose Kubrick

Inestimable joyau du septième art, Stanley Kubrick s’impose naturellement comme l’un des plus grands cinéastes de l’histoire. On lui doit de nombreuses œuvres majeures, des monuments qui ont marqué des générations entières de cinéphiles : Orange mécanique, Spartacus, 2001 : l’Odyssée de l’espace, Barry Lyndon ou encore Shining. Aujourd’hui, aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, une exposition rend hommage à son travail de photographe de presse, véritable préambule de sa carrière de réalisateur.

Une ambition : communiquer. Pour la concrétiser, le jeune Stanley Kubrick jongle avec les effets de lumière, exploite habilement les techniques de cadrage, déroule une mise en scène savamment orchestrée, mûrement réfléchie. Une succession de prouesses artistiques visant à magnifier chaque image et à encadrer leur message. Et, surtout, se dessine progressivement l’impression qu’il y a du cinéma dans les photographies exposées. On touche indéniablement à l’art de la narration, aux meilleures recettes des réalisateurs du moment.

L’exposition bruxelloise débute assez logiquement par une brève présentation biographique du photographe. Adoptant la forme d’inscriptions murales succinctes, elle nous permet d’appréhender d’emblée l’aisance innée de ce précoce de la pellicule. Amoureux des arts, ce magicien du cadre se passionnait également pour la musique, preuve incontestable des multiples costumes qu’il pouvait endosser. Parfait autodidacte, visionnaire génialissime, Stanley Kubrick pensait que la maîtrise de la discipline photographique suffisait au lancement d’une carrière dans le cinéma. Les ingrédients techniques du cliché rejoignent ceux du film. Comment donner tort à celui qui passera sans encombre de l’un à l’autre, transformant la plupart de ses projets en réussites notoires ?

Les photographies sont révélatrices des méthodes employées par Kubrick pour travailler ses plans. On y trouve un cadrage souvent millimétré et une lumière subtile, où l’ombre constitue un élément cardinal, capable de créer des effets sur mesure. L’artiste new-yorkais sait comment orienter le regard du spectateur, mettre en valeur ou masquer ses sujets, par le simple jeu de l’éclairage. Exploitant avec pertinence les outils dont il dispose, Stanley Kubrick ne se contente pas de prendre des clichés : sa démarche, plus sophistiquée, met en scène des réalités revisitées par la vision artistique. Et, à cet instant, le regard des protagonistes, la position de la caméra, la profondeur de champ, la plastique ou encore le cadre prennent une importance particulière.

Suivant le boxeur Rocky Graziano jusque sous la douche, illustrant avec tendresse la vie de Mickey, un jeune cireur de chaussures, ou témoignant sans ambages du quotidien vacillant de Montgomery Clift, Kubrick possédait une capacité rare : celle de raconter une histoire complexe en quelques images. Il emploiera la même énergie et le même talent pour évoquer les paddy wagon, les fourgons des Irlandais, omniprésents dans la police new-yorkaise de l’époque. Il fera par ailleurs valoir un regard original en s’intéressant au monde du cirque ou aux musiciens de jazz. Enfin, au port de Nazaré ou face au mannequin Betsy von Fürstenberg, le jeune photographe réussira à capturer des instants significatifs, fragments d’une réalité aux multiples visages. Souvent grandiose, parfois percutant, il maniait sans conteste l’art de la composition, de la dramaturgie.

Comment aborder les clichés de Stanley Kubrick sans évoquer le travail de Walker Evans, influence à peine voilée et maître à penser manifeste ? Déclencheur sous la manche, le futur cinéaste photographiait secrètement des badauds dans le métro. Comme son mentor. Sans considérations superflues, il s’adonnait à l’art brut et restituait un témoignage sociétal authentique, échappant aux effets factices. Ces images, volontairement écrues, interrogent le spectateur et supposent un voyeurisme forcément indiscret. Kubrick développe avec intelligence la question de la responsabilité de celui qui regarde, embryon légitime de son décalé Eyes Wide Shut. Dans la même veine, il adopte, par exemple, le point de vue d’un animal en cage, suggérant ainsi aux spectateurs que c’est la foule derrière les barreaux qui est prisonnière.

De cette exposition, on retiendra notamment l’intérêt presque naturel de Stanley Kubrick pour l’image. Son talent lui permet de décrocher un poste de photographe de presse pour le magazine Look. Une mise en bouche avant d’imprégner le cinéma de sa griffe. Tantôt humaniste, tantôt acerbe, il avait le souci du détail et la faculté de véhiculer des messages strictement calibrés. Son œil salvateur et l’intégrité de sa démarche intellectuelle accompagnent une sensibilité artistique affirmée. En quittant l’exposition, on gagne la certitude, devenue pratiquement dogmatique, que Stanley Kubrick était capable de tout. Maître infaillible de son art, créateur d’effets visuels déroutants, il n’oubliait pas pour autant le caractère documentaire de la photographie. Comme de la poésie dans une encyclopédie.


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1 réactions à cet article    


  • Lucime 13 avril 2012 22:49

    Très bel article ! ça donne envie d’aller voir l’exposition. Merci. smiley

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