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Quand la musique techno dialogue avec un orchestre...

S’il fallait une nouvelle fois donner des gages de la pertinence d’un site tel qu’Agoravox, c’est bien dans sa capacité à rendre compte de l’actualité. Venant d’assister à une soirée musicale exceptionnelle, il me paraissait urgent de profiter de cette réactivité pour donner à cet événement l’ampleur qu’il mérite.

Depuis le début de la semaine se tient à Caen la neuvième édition du festival Nördik Impakt, rencontres des cultures électroniques. C’est dans le cadre de cette manifestation que nous avons pu découvrir l’étonnant dialogue musical qui s’est installé entre une figure emblématique de la scène hardcore, Sylvie Egret, alias Ybrid, et une formation musicale classique, l’Orchestre d’Hérouville. De telles passerelles entre deux univers musicaux ne sont pas forcément inédites et si de nombreux créateurs de musiques électroniques abordent le continent « classique », il s’agit le plus souvent de retrouver « électroniquement » la richesse polyphonique de l’instrumentarium classique.
Dans le cadre de cette création intitulée Requiem ex Machina, la proposition est bien plus radicale puisqu’il s’agit d’une confrontation scénique entre une formation musicale certes modeste (l’orchestre d’Herouville et sa vingtaine de musiciens) et une musicienne « techno » radicale, habituée à des sonorités urbaines et futuristes. Il y avait tout à craindre, ou tout à espérer d’une telle rencontre, d’une telle confrontation ; mais au final, pour les spectateurs-auditeurs, une évidence s’imposait : nous venions d’assister à un événement hors du commun.
Sur la scène du Cargö, la nouvelle salle de musiques actuelles de Caen, dans un dispositif scénique efficace signé William Dubourg, se jouait, durant plus d’une heure, une de ces pages musicales qui justifie plus que jamais l’indépassable évidence de la prestation « live ». Un orchestre se livrait à une sorte de monstrueuse et implacable surenchère avec une créatrice, cachée pour un temps derrière l’écran de son ordinateur pour mieux s’en débarrasser dans une rage soudaine et venir au devant de la scène ponctuer sa partition par une troublante chorégraphie musicale ; rythmant sa musique par des frappes fébriles sur des installations sonores. Même si le terme d’Opéra, initialement choisi par Ybrid, s’est transformé logiquement en Oratorio (pas de réel livret, mais une seule chanteuse pour appuyer le rappel lyrique et poétique des premières strophes du Requiem), on percevait néanmoins la parenté immédiate et contemporaine de cette entreprise avec le monde de la création lyrique. Une même volonté de construire un spectacle « total », une même confiance dans la rencontre entre le chant, la scène et la musique. Mais ce qui donnait à cette soirée toute sa force et toute sa sincérité, c’est bien dans le respect mutuel des forces en présence. La partition musicale, qui aurait certainement mérité un orchestre plus conséquent et plus juste, s’inscrivait dans une filiation juste et assumée avec les lois du genre (beau travail sur les cuivres) ; la partie « techno » ne reniait en rien la fulgurance et la violence presque tribale qui caractérise le genre, et, au fil des trois mouvements de l’ouvrage, on assistait à une lutte féconde entre ces deux univers. Au final, il reste l’impression tenace de la justesse d’une telle entreprise, d’autant que dans la salle coexistait, avec une attente égale, les amateurs de musiques classiques et ceux des musiques amplifiées.
Pour cette création, il ne reste hélas qu’une seule date, vendredi 16 novembre, au théâtre d’Hérouville. Le site d’Hybrid (www.myspace.com/requiemexmachina ) permet de se rendre compte du travail de cette artiste et de son univers, mais si l’esprit du net a un sens, il convient alors de donner à cette entreprise risquée toute la notoriété qu’elle mérite, et espérer que même en temps de grève, des programmateurs de musiques actuelles et classiques se risquent avec assurance dans l’accompagnement d’un projet aussi envoûtant.


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5 réactions à cet article    


  • Yannick J. Yannick J. 16 novembre 2007 11:11

    Sympa....

    Je me rappelle Manu le malin et l’orchestre philarmonique demontpellier à l’opéra de la même ville avoir fait une prestation du même genre. c’est suffisement rare et musicalment différent pour être noté ! merci


    • Julien Julien 16 novembre 2007 16:51

      Jeff Miles (moins violent que Manu ou Ybrid, certes) s’est aussi essayé, avec pas mal de succès je trouve, à cet exercice.


    • Julien Julien 19 novembre 2007 15:44

      Je voulais dire Jeff Mills bien entendu...


    • Raskolnikov 17 novembre 2007 08:57

      pourriez vous nous fournir quelques liens... ? merci

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