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Quarante ans avant le printemps arabe, Nass El Guiwane chantaient « notre été est devenu hiver » alors que « l’automne a remplacé le printemps »

Au tout début des années soixante-dix, cinq jeunes chanteurs créent dans un bidonville du Hay Mohammadi, à Casablanca, un groupe musical qui a déclenche immédiatement l'enthousiasme et très vite la ferveur, pour devenir, presque à son insu, le porte-voix des sans voix dans le pays.

Nass El Ghiwane, ce groupe qui va fêter ses quarante ans de musique en cette fin d’année 2011 est composé de Omar Sayyed, Larbi Batma, Boujmaa, (dit Boujmii),Alal Yaala, Abderhmane Paco.Après avoir perdu des membres illustres ; Boujmaa mort en 1974 et Larbi Batma disparu en 1997, le groupe a intégré les frères de ce dernier : Radouane et Rachid en 1997.
 
La formation mythique continue à se produire. Mais ce sont les succès des années 70 et 80 qui font  vibrer et  danser le Maghreb. 
 
Le succès musical de Nass El Ghiwane réside dans l'association de textes engagés, inspirés de préoccupations sociétales et l'utilisation de styles musicaux comme le Malhoun, (musique d’inspiration mauresque andalouse), la musique  traditionnelle marocaine et de Gnaoui (musique d’inspiration africaine) et aussi et surtout duEl Hal (état de Transe) dont la meilleure illustration est leur film  Transes
 
 Nass El Ghiwane n’utilisent, ni guitare électrique, ni batterie ni synthétiseur. Ils ont réintroduits les instruments de musique traditionnels comme le  Guembri le Hajhouj et Bendir.
 
Ils ont inspiré des groupes en Algérie et en Tunisie qui n'ont pas connu le même succès, Seuls les Groupes Jil Jilala et  Lamchaheb au Maroc ont eu du succès et un rayonnement régional. Voir les trois groupes réunis
 
Sous le règne d’Hassan 2, ils étaient juste tolérés mais ignorés par les autorités marocaines en dépit de leur popularité En 1972, après avoir chanté Sabhane Allah Sifna Oula Chtoua, ils ont été interrompus en plein concert et embarqué par la police qui leur demanda sur PV de préciser les « insinuations » des paroles de leur chanson.
 
Mon dieu pourquoi notre été est devenu hiver ;
Que notre printemps est devenu automne ;
Que la justice n’est pas rendue ;
Que nos dirigeants sont absolutistes et corrompus
Dites à celui-ci et à celui la, s’il n’a pas encore compris les jours (le temps) le lui feront comprendre
Comprend le sens des mots, réveille-toi…
 
Ils ont écrit d’autres chansons engagés sur le même thème notamment Wach Hna Houma Hna ou « Sommes nous nous même »Fine Ghadi Biya Khouya « Ou m’emmène tu mon frangin »ou bien encore Mahmouma ou Zad Al Ham entre autres.
 
Toutefois Mahamounireste une chanson culte. En effet pendant les premières années de règne Hassan 2 appelées « années de plomb » avec leur lots d’enlèvements, ils ont témoigné avec cette chanson de cette époque :
 
Ce qui m’attriste c’est la disparition des hommes ;
Ce qui m’attriste c’est les enfants qui sont malades et ont faim ;
Car :
 -si les habitations sont détruites les gens reconstruiront leur maisons ;
 -les champs détruits refleuriront.
 
Ce n’est que bien plus tard en 2007 que le groupe a été officiellement « réhabilité » avec un geste du Roi Mohammed VI qui a accordé des pensions à vie aux membres du groupe et aux ayant droits des deux membres décédés.
 
Le 10 mars 2010 ils ont été décorés à Fès par la France des insignes de Chavalers des Arts et des Lettres. A cette occasion Frédéric Mitterand a déclaré...
 
"Vous représentez des années de création artistique pour plusieurs générations de Marocains que vous continuez à émouvoir. L'histoire de Nass El Ghiwane est l'histoire d'une musique qui trouve ses origines dans les racines de la musique marocaine mais aussi de la musique africaine et du rock. De tout cela vous avez inventé quelque chose qui est vraiment le symbole du Maroc d'aujourd'hui et là je reprends les paroles du grand cinéaste américain Martin Scorsese qui vous a décrits comme les Rolling Stones de l'Afrique. En vous décorant, la France vous montre qu'elle vous écoute, qu'elle est attentive à ce que vous faites... et elle se fait honneur ».
 
Leur musique a dépassé les frontières du Maroc et du Maghreb. Une de leurs chansons a été utilisée par le réalisateur Martin Scorsese pour la bande originale du film "la dernière tentation du Christ". Ceux que le réalisateur américain Martin Scorsese a qualifiés de « Rolling Stones de l'Afrique » auraient inspiré des stars de la musique comme Jimmy Hendrix, Bob Marley, les Rolling Stones, Robert Plant et bien d'autres. Voici l'hommage rendu par Martin Scorsese.
 
Joignant le geste à la parole, Martin Scorsese a décidé de faire réhabiliter leur film culte "Transes" de 1981 : voir l'article du New York Times à sujet.
Tahar Benjelloun avait écris à leur propos : « Ils sont aimés parce qu'ils ont su capter et chanter la parole de la terre, celle du douar, celle des quartiers spontanés dans la banlieue des villes. En cela, ils ont marqué une rupture radicale dans l'histoire de la chanson maghrébine de groupe, laquelle a souvent manqué d'authenticité. »
 
Un livre de 400 pages retraçant enfin leur itinéraire musical vient enfin d’être édité.
 
Une des dernières chansons de Nass El Ghiwane : Nahla ou l’abeille interpelle.
 
Nehla ou l’abeille raconte l’histoire (une légende) d'une reine des abeilles qui s’est présentée chez un Sultan pour lui dire que les informations rapportées par ses ministres, selon lesquelles tout va bien dans le pays sont des mensonges. Elle lui apprend que cela ne va pas dans le pays, contrairement au royaume des abeilles où chaque ministre accomplit sa tâche. C’est du vrai Nass El Ghiwane.

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3 réactions à cet article    


  • chems eddine Chitour 25 juillet 2011 15:28

    Bravo pour ce morceau d’ontologie. Je me sens interpellé par cette chanson qui nous avait bercé dans les années 70 à Alger...


    Merci encore

    Pr. Chems Eddine Chitour

    •  Mohamed Takadoum Bouliq 25 juillet 2011 19:07

      Merci ;

      Nass El Ghiwane font partie du patrimoine maghrébin qui doit être connu par les nouvelles générations  et sauvegardé.

      Les paroles de leurs chansons qui sont un cri de révolte et de sagesse mais aussi de la joie de vivre doivent être  traduits en Français pour le public francophone.


    • Aafrit Aafrit 25 juillet 2011 21:01

      Excellent, merci !
      Dommage, en effet, que ces Ness elghiwane, Jil jilala et surtout Lemchaheb (pour moi) ne soient pas assez connus des auditeurs francophones, contrairement à d’autres chanteurs du Rai(Khaled, Mami, et autres handicapés du verbe) ou Gnaouis (tels gnawa diffusion).
      Nahla est d’un délice, j’aime aussi idha dhak elhal de derham(jil eljilala), Rsami et plein d’autres de lemchaheb.

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