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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Qui, que, quoi lire en cet été morose ?

Qui, que, quoi lire en cet été morose ?

Le dernier sarko-show mettant en scène l’éblouissement subliminal de sa majesté dans les jardins de son palais préféré me remit en mémoire les écrits de Debord sur ce qu’il a appelé la société du spectacle. Tous les ingrédients d’une médiatisation théâtralisée, accompagnés d’une subtilité de bon aloi au service d’une politique d’apparats, nous furent servis abondamment par la presse, radios et télés inféodées et cela me fit penser que « La société du spectacle » serait un excellent livre de compagnie pour quelques lecteurs estivaux voulant sortir de la médiocrité ambiante.
 
En quelques mots, souvenons-nous qui était Guy-Ernest Debord. En résumant, on dira qu’il fut écrivain, certains diront poète, essayiste, cinéaste, mais surtout un révolutionnaire anti-société-spectaculaire-marchande ce qui le conduisit à être l’un des fondateurs de l’Internationale Situationniste où l’on mettra l’accent sur la réappropriation du réel, immense programme remettant l’individu décideur de son destin, et non conditionné par la seule marchandisation…Le paragraphe 6 nous le donne en raccourci !
 
 « Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le cœur de l’irréalisme de la société réelle. Sous toutes ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu’occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne. »
 
Pour en revenir à la politique actuelle, politique spectacle que l’on doit en grande partie au mode électoral de la 5ème République où l’on voit surtout la prépondérance donnée à l’élection d’un Président de la République. Président qui s’est incontestablement transformé en chef d’Etat, de surcroît, par les temps qui courent, mis en relief de façon exagérée par une volonté manifeste de spectacle, manière politique ne reposant que sur « l’esbroufe » faisant passer au second plan les vraies réalités sociétales. Cet aspect assez minable de la politique avait donné lieu à des réflexions amères de notre auteur.
 
« C’est la plus vieille spécialisation sociale, la spécialisation du pouvoir, qui est à la racine du spectacle. Le spectacle est ainsi une activité spécialisée qui parle pour l’ensemble des autres. C’est la représentation diplomatique de la société hiérarchique devant elle-même, où toute autre parole est bannie. Le plus moderne y est aussi le plus archaïque. (23) »
 
On peut imaginer aussi comme autre spectacle -puisque cette déviance au plus haut sommet de l’état conduit un peuple souvent malléable vers un endormissement superficiel-, celui de l’estivant « plagérisé » (« La plage ! La plage ! La plage…étant l’unique forme d’expression audible chez le plagérisé) en observation non consciente des autres plagérisés. Masses humaines uniformément réparties, l’une seule, l’autre familiale, l’un avec un demi bout de tissu comme reposoir, les autres étendus sur le drap de leurs ébats et l’universel parasol Coca-Cola comme emblème, foule uniformisée dans la pensée ; pensée unique portée indifféremment par le beau ostentatoire, par le faux beau siliconé, par le mamelonné irrégulier des corps épandus appartenant au commun hétéroclite…
 
« En tant qu’indispensable parure des objets produits maintenant, en tant qu’exposé général de la rationalité du système, et en tant que secteur économique avancé qui façonne directement une multitude croissante d’images-objets, le spectacle est la principale production de la société actuelle. (15) »
 
C’est l’heure de l’apéro et les clameurs retentissent dans le village momentané formé de cages à lapin de toile. Une foule bigarrée où néanmoins l’uniformité pointe sous la forme de la casquette, couleur du breuvage largement commun dans les verres, vissée sur des têtes hirsutes qui montre à travers ces rassemblements estivaux qu’elle ne peut se désengluer du principe concentrationnaire qu’ont pérennisé les cités. Clameur qui monte avec l’échauffement dû aux tournées jaunâtres et répétées, clameur étouffant le bruit de la cigale en train de scier la branche sur laquelle elle est posée, clameur qui enfle pour exploser à l’heure où le soleil est au zénith : « Pourquoi Diouf a-t-il raté ce pénalty si facile »…le spectacle en a été gâché !
 
« L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. (30) »
 
La société du spectacle a annihilé les consciences. La pensée unique est devenue incontournable et universelle, consciemment ou inconsciemment d’ailleurs. Debord l’a tant bien dépeint que certain auront du mal à appréhender ce qui est devenu insidieusement leur quotidien, une colonisation s’est faite et si les lignes percutantes de son ouvrage peuvent redonner la conscience du réel à l’individu formaté, on ne peut que conseiller de le lire. Un grand pas sera fait vers le rejet de la marchandisation et ouvrira la porte à un imaginaire politiquement différent
 
« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. (1) »

 

http://le-ragondin-furieux.blog4ever.com


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2 réactions à cet article    


  • Walden Walden 5 août 2009 14:11

    Merci pour cet article :)
    Plus encore peut-être que « La société du spectacle », parce que plus directement accessible (d’une écriture moins hermétique), on peut recommander aussi les « Commentaires sur la Société du spectacle », du même auteur.


    • Ronny Ronny 6 août 2009 13:17

      Pour ceux qui ne l’ont pas fait :

      - Les deux opus de Denis Robert sur Clearstream
      - La stratégie du choc de Naomi Klein (m’a été conseillé par un Avoxien avec raison)
      - Confessions d’un banquier pourri par Crésus
      - Lettre ouverte aux bandits de la finance de J. Montaldo

      Et pour ceux qui sont intéressés :

      - Lucy ou l’obscurentisme de Pascal Picq (je le conseille à B. Duguet !)

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