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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Raphaël, prince des arts

Raphaël, prince des arts

Célèbre à 17 ans, mort à 37 ans ! Il aura vécu juste le temps d'aimer. Juste le temps d'aimer les arts. Juste le temps d'aimer une femme : la fille du boulanger de Sienne. "La Fornarina". Il l'aimera jusqu'à la mort, emporté par sa jalousie folle et le travail de titan qu'il s'imposa. Elle, elle l'aima au-delà de sa mort ; elle le pleura dans le couvent où elle se retira et où elle rendit l'âme à Dieu peu après. Mais cette fin tragique ne doit pas faire oublier la vie très heureuse du peintre Raphaël, de Raphaël-le-bienheureux...

(présumé tout d'abord autoportrait de Raphaël, ce tableau s'est avéré être le portrait par Raphaël de Bindo Altiviti, un riche banquier).

La réussite de Raphaël ne doit rien au hasard. Son milieu natal le favorisa mais aussi un caractère plaisant, charmeur, courtisan, qui le fit apprécier de tout le monde. Enfin, deux artistes contemporains de sa courte existence lui servirent de guides : Léonard de Vinci, Michel-Ange. Tout cela l'aida à se forger un destin exceptionnel.

Raffaello Sanzio est né à Urbino, à l'est de Florence. Son père, Giovanni Santi, est peintre et jouit d'une grande estime auprès du duc d'Urbino. Il possède le plus grand atelier de la ville avec des dizaines d'assistants.

Le père comprend, en le regardant dessiner, que son fils sera apte à lui succéder. Il décède en 1494. Raphaël est orphelin à 11 ans (sa mère étant décédée trois ans avant son père).

Le jeune Raphaël connaît la gloire à Pérouse à l'âge de 17 ans. Il devient du même coup le rival de son ancien maître, le Pérugin que les commanditaires jugent, par comparaison au jeune prodige, de plus en plus lent et coûteux. Raphaël sait ce qu'il vaut. Il se désigne alors lui-même comme un maître.

"La Perla" est une des oeuvres ultimes de Raphaël. Elle serait un hommage posthume à Léonard de Vinci avec son clair-obscur accentué et le rectangle contenant les personnages. Surnommée par Philippe IV d'Espagne la "perle" de sa collection, cette oeuvre représente la Sainte Famille.

A 21 ans à Florence (1504), avec Léonard de Vinci et Michel-Ange

A Florence, Raphaël connaîtra des rivalités plus sérieuses encore que celle du Pérugin puisqu'un certain Léonard de Vinci est revenu à Florence après que Milan fut saccagée par les Français. Il y a là aussi Michel-Ange. Alors Raphaël n'hésite pas. Il demande à la fille du duc d'Urbino de lui faire une lettre de recommandation auprès du personnage le plus puissant de Florence dont il veut bénéficier des faveurs. Cela fait, les mécènes se mettent à affluer. Raphaël voue une grande admiration à Léonard. Ce dernier le recevra dans son atelier. Les oeuvres de Raphaël de cette période marquent déjà les esprits : la suite des madones : La Madone du grand-duc, La Madone au baldaquin, La Belle Jardinière, La Madone au chardonneret. Et Les Trois-Grâces, Saint-Georges, Saint-Michel.

A Rome

Pour mettre une nouvelle fois toutes les chances de son côté, Raphaël sollicite à nouveau le duc d'Urbino. Il s'agit ce coup-ci d'approcher le Saint-Siège qui est très riche et qui a, à sa tête, le pape Jules. Celui-ci veut justement rénover de façon ambitieuse les appartements pontificaux. Le pape renvoie tous les artistes et confie le travail à Raphaël.

En 1510, avec ses collaborateurs, Raphaël décore la pièce qui deviendra la chambre de la Signature avec l'Ecole d'Athènes (qui représente la vérité philosophique), la Dispute du saint sacrement (vérité révélée), le Parnasse (la poésie, le beau) et les Vertus.

Raphaël respecte toujours les délais grâce à une équipe bien organisée et l'emploi de la peinture à l'huile qui remplace la détrempe. Nouveau procédé introduit par Van Eyck et que son père utilisait aussi.

1512. "La Fornarina" aux seins nus. Raphaël la gardera à l'abri de tous. Le modèle serait la fille du boulanger dont il était amoureux. L'oeuvre a été terminée par un assistant.

Mars 1513. Nouveau pape, couronné le 11 avril, Léon X va se montrer encore plus enthousiaste que son prédécesseur pour l'art et le travail de Raphaël avec lequel il se montrera très chaleureux. Coup de chance : Michel-Ange s'isole pour s'occuper du tombeau de Jules II. Quant à Léonard de Vinci, il va se tenir à l'écart d'une cour vaticane devenue frivole. La voie est grande ouverte pour Raphaël !

Il succède à Bramante décédé comme architecte de la basilique Saint-Pierre. Raphaël est frappé par le deuil de son ami Bramante, comme lui originaire d'Urbino et qui fut son mentor ainsi que maître en architecture. Bramante a fait les plans de la basilique, cela va beaucoup l'aider.

1517. La Tansfiguration : Raphaël joue de l'opposition de l'ombre et de la lumière avec virtuosité aux abords de la personne du christ. De nombreux contre-jours veinnent tantôt rompre tantôt mettre en valeur les lignes directrices du premier plan qui est plongé dans la pénombre. Caravage, Poussin, Rubens et bien d'autres en retiendront plus tard les leçons.

Nous sommes maintenant en 1520. Raphaël se voit confier en plus de son travail de peintre et d'architecte l'organisation des fêtes et les recherches archéologiques. C'est à l'occasion de ces fouilles qu'il découvre des "grotesques", dessins antiques qu'il va reproduire et remettre à la mode. Raphaël meurt. La Transfiguration, considérée comme son testament pictural, fut exposée à côté de son lit de mort.

On a souvent comparé le portrait de Maddalena Doni à la Joconde. La dame qui pose fièrement est l'épouse d'Agnolo Doni, un riche mécène, dont Raphaël fera aussi le portrait pour un diptyque du couple. 

C'est sans conteste l'influence de Léonard de Vinci qui s'impose ici mais avec cependant un petit clin d'oeil au Pérugin : cet arbre isolé au milieu du paysage. Le paysage a été identifié comme étant la campagne ombrienne (Ombrie, région de Pérouse, au centre de l'Italie).

On ne peut pas dire que la dame ici représentée partage avec mona Lisa la beauté énigmatique ni le sourire mystérieux.

La Dame à la licorne adopte la même position, la même immobilité que la Joconde. La paternité de cette oeuvre fut aprement disputée avant d'être récemment attribuée à Raphaël et classée parmi l'un des meilleurs portraits exécutés par l'artiste.

La Sainte Catherine d'Alexandrie s'inspire plutôt de Michel Ange (voir Tondo Doni de Michel Ange, par exemple).

La renaissance de Rome

Quand Raphaël arrive à Rome en 1508, sa réputation est grande. C'est Raphaël le prince ! Le roi de la vie artistique romaine étant Michel- Ange, alors tout occupé à la décoration de la chapelle Sixtine. Léonard le génie n'est pas loin.

Jules II, qui a choisi son nom en référence à Jules César, montre son ambition de ressuciter la grandeur antique. Sa chambre au Vatican sera le symbole du rayonnement de son autorité. C'est d'abord à l'équipe du Pérugin qu'est confié le travail. Puis à Raphaël.

La Rome de Raphaël renoue, sous l'impulsion de Jules II et de Léon X, avec la capitale antique. C'est aussi une Rome violente et de rivalités où le pape préfère être statufié l'épée à la main plutôt qu'avec un livre.

Les palais sortent de terre plus vite que les églises, pour rivaliser de faste avec le Vatican. En 1511, Raphaël peint le portrait de Jules II, le pape casqué qui a chassé les barbares, "terriblement criant de vérité" selon le biographe Vasari. La triade des peintres et Bramante portent la Rome renaissante à son apogée. Beaucoup d'étrangers viennent s'y installer. Après Léonard de Vinci, Michel Ange et Raphaël, viendra le temps de l'imitation, par les maniéristes, de leur "belle manière" (manieroso = élégant en italien).

Raphaël s'indigne de la destruction et du délabrement des bâtiments antiques auprès de Léon X. Il a le projet de les restaurer mais sa mort et celle de Léon X coupent court à ce projet ambitieux.

"La Dispute du Saint Sacrement"  : c'est un condensé de l'histoire de l'église. Unité du ciel et de la terre reposant symboliquement sur le ciboire au centre contenant l'hostie.

"L'Ecole d'Athènes" est d'une touche très libre comme l'est le buon fresco de Michel-Ange (technique qui consiste à appliquer des pigments sur une couche de mortier frais). Selon Vasari, le prince Raphaël aurait visité la chapelle Sixtine, interdite au public, et sans l'autorisation du roi Michel-Ange. Sur l'initiative de Bramante. Cela eut pour effet de mettre en rage le roi Michel-Ange qui accusa l'art de Raphaël d'avoir "traversé la Sixtine". Raphaël, qui se sent redevable envers Michel-Ange, le représente sous les traits d'Héraclite.

"La Délivrance de Saint-Pierre" : Prisonnier des Juifs, le premier pape est délivré par un ange. Raphaël utilise ici des glacis pour une fresque, chose impensable jusqu'à lors et chose risquée. Cela lui permet de jouer sur la lumière et les reflets.

Léon X, fils de Laurent de Médicis, poursuit l'oeuvre de Jules II. "La Rencontre entre Léon Ier et le grand Attila". La vérité historique n'est pas respectée : on voit au loin le Colisée. Or, Attila n'est jamais arrivé aux portes de Rome.

Une autre fresque retraçant la vie des papes qui ont porté le nom de Léon, tous à l'effigie de Léon X. "L'incendie de Borgo" : Léon IV arrête miraculeusement l'incendie qui se propage dans un quartier de Rome. La Bataille d'Ostie, fresque de la chambre de l'incendie de Borgo : elle relate la bataille qui s'est tenue en 849 entre les Sarrasins et une flotte alliée du pape Léon IV. 

Michel-Ange et Raphaël

Différences entre Raphaël et Michel-Ange : ce dernier projette ses personnages hors du cadre. Raphaël compose dans un cadre. Différences de caractère : Raphaël est un grand courtisan du pape au point de se voir proposer par Léon X la charge de cardinal. Michel-Ange refuse au pape l'accès aux échafaudages et vit replié sur lui-même. Michel-Ange est solitaire, torturé. Perfectionniste, il ne laisse pas de place à l'improvisation. Il n'aurait jamais osé appliquer le glacis à la fresque.

Les élèves de Raphaël

Il a choisi des débutants qu'il a formés. L'entente fut parfaite au point que Raphaël en fit ses héritiers et leur légua son atelier. Dans la chambre de l'incendie de Borgo, Raphaël se contente de peindre les figures de gauche. Il délègue à Romano et à Penni l'exécution des autres personnages et de l'arrière-plan. Après la mort de Raphaël, ses élèves diffuseront le maniérisme à travers l'Europe, surtout Romano.

Les dessins de Raphaël

Ils expriment une force vitale, une plus grande brutalité que les formes doucereuses et afadies de ses madones. Ils expriment aussi son amour du corps de la femme. Les dessins pour la Transfiguration ont une intensité exceptionnelle.

Les portraits

Dix ans séparent l'Ecole d'Athènes où Raphaël se représente timide derrière les astronomes Zoroastre et Ptolémée et l'autoportrait avec Giulio Romano, l'un de ses élèves favoris, sur lequel on le voit poser une main sur l'épaule de son élève en signe de confiance et de transmission. Les portraits officiels sont réalisés par l'atelier, les portraits d'amis sont de sa main seule. On peut différencier la période romaine de la période florentine : A Florence, Raphaël préfère s'attacher à la personne plutôt qu'à la charge qu'elle occupe. Une impression de proximité et d'instantanéité, en ressort, comme sur le Portrait de Bindo Altoviti (en première illustration de cet article) où le modèle est vu de dos et se retourne comme surpris.

Le Portrait de Baldassare Castiglione est la quintessence de son art du portrait. Tout accessoire faisant référence à l'homme de lettres est supprimée. Raphaël se concentre sur l'humanité du personnage.

On peut voir ici encore une référence directe à La Joconde de Léonard de Vinci (pose des mains, posture, regard). D'aillleurs, pour l'anecdote, en décembre 1911, l'œuvre est déplacée pour remplir le « trou » et les quatre pitons laissés par le vol de La Joconde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La Donna velata" ("la femme voilée"), peinte entre 1512 et 1518 : Vasari l'évoque comme la femme que Raphaël aima jusqu'à la mort. Peut-être le même modèle que pour la Fornarina, à savoir Margherita Luti, la fille du boulanger de Sienne. Le travail délicat sur les riches détails de la manche fait penser à une aristocrate, en fait il s'agit d'une simple boulangère. Le peintre et la boulangère étaient amants. La belle ne s'est jamais remise de la mort de Raphaël et s'est retirée dans un couvent pour y mourir peu après.

Raphaël et Dürer

Ils s'estimaient mutuellement. Dürer annota un dessin représentant deux hommes nus vus de profil que Raphaël lui fit parvenir.

VIDEO des oeuvres de Raphaël

Sur des musiques de l'époque...
 


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8 réactions à cet article    


  • francesca2 francesca2 23 avril 2013 11:52

    Excellent, bravo taverne !


    Si je peux me permettre, différences entre Michelangelo et Raffaello/
    Michelangelo pratique souvent les morgues et assiste à des interventions chirurgicales dans le but de connaitre le plus précisément possible l’anatomie humaine...la connaissance de ce qui se trouve au-dessous de la peau est fondamentale à ses yeux : ses personnages sont toujours puissants, musculeux, ils dégagent une force...« michélangeolesque ». 
    A cela une raison, Michelangelo croit que l’homme est imparfait, lacunaire, tourmenté par une lutte continuelle contre le péché (ce qui est contraire aux idées en vogue, la Renaissance mettait l’homme au centre de l’univers, l’homme était pratiquement une créature divine, parfaite) et pour qu’il ait une chance de victoire sur ce maudit péché il faut qu’il soit puissant, qu’il ait une grande prestance physique...ses figures sont toujours en mouvement, ses couleurs sont flamboyantes...
    Raphael a un esprit plus apaisé, plus « rinascimentale » ;
    Evidemment je ne suis pas d’accord avec vous lorsque vous décrivez ses madones comme « fades » et « doucereuses »..., ses petits angesses madones sont considérés comme la plus grande expression de la beauté, de la pureté et de la perfection. 

    • Taverne Taverne 23 avril 2013 12:30

      Ah j’en étais sûr que Michel-Ange était plein de morgue ! Mais non je plaisante. Mais Raphaël était quand même plus détendu...

      Oui j’ai écrit « une plus grande brutalité que les formes doucereuses et afadies de ses madones » mais c’était surtout dans ma comparaison entres les dessins et ébauches que j’ai vus et les toiles terminées dans leur sfumato subtil et leur glacis. Vous croyez que j’y suis allé un peu fort ? Peut-être. C’est un article, un peu de provoc ne nuit pas...


    • astus astus 23 avril 2013 14:37

      Merci Taverne pour cet article très complet sur l’un des plus importants peintres de la Renaissance italienne. Je suis personnellement très admiratif du portrait de Baldassare Castiglione par l’économie des moyens mis en oeuvre sur le plan de couleurs, ce qui est très moderne, et la « profondeur » de ce portrait. Toutefois pour ce qui concerne les madones je préfère personnellement la Vierge avec deux anges de Filippo Lippi de 1465 à la Galerie des Offices et bien sûr la Sainte Anne de Léonard de Vinci, 1508-10 au Louvre, dont vous trouverez une reproduction de qualité, de même que pour l’Ecole d’Athènes ici : 


      Bien à vous.

      • Taverne Taverne 23 avril 2013 15:37

        Merci pour la référence, je n’avais pas repéré votre article. Du coup, je l’ai lu avec retard mais avec plaisir. Comme vous dites en commentaire de votre article, c’est toujours frustrant de ne pas pouvoir traiter d’autres chefs-d’oeuvre qui mériteraient tout autant un article.


      • Taverne Taverne 23 avril 2013 15:48

        Je vous remercie d’autant plus que le référencement robotique d’Agoravox n’est pas parfait. Par exemple, ici, au lieu d’avoir un lien vers votre article qui traite de la Renaissance italienne, nous avons : « Pour l’amour de Gérard Philipe » en glamour de Raphaël & Emma de Caunes (Oups ! smiley)


      • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 23 avril 2013 15:40

        Magnifique artiste, une étoile au firmament des arts. Merci pour cet article. 


        • Taverne Taverne 23 avril 2013 15:56

          Merci.

          Une étoile oui mais filante, hélas ! Comparé à Michel-Ange mort à 88 ans...

          Beaucoup d’amateurs d’art aimeraient sûrement se trouver transportés à cette époque qui regroupa en un même lieu trois géants de l’art : Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël. Sans parler de quelques autres...


        • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 23 avril 2013 18:37

          Une telle concentration de génies de l’art sur une période aussi courte et un espace aussi réduit est même surprenante. C’est le « miracle » de la Renaissance. 

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