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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > REC : Régal Et Contentement

REC : Régal Et Contentement

Habituellement, lorsque j’entends « cinéma espagnol », mes rétines commencent à frémir. Si en plus le mot « fantastique » s’y ajoute, je m’empresse de rejoindre ma salle obscure préférée afin d’assister à la projection du dernier bébé de nos cousins ibériques. Et je dois dire que je suis rarement déçu : « Le Labyrinthe de pan », « Abandonnée » ou autres « Orphelinat », que de réussites qui démontrent clairement la capacité qu’ont les films espagnols à nous faire trembler ! « REC », des deux réalisateurs Paco Plaza et Jaume Balaguero, n’échappe pas à cette règle...

La bande-annonce (la première, malheureusement remplacée par une autre plus classique juste avant la sortie du film) prévenait sans détour le futur spectateur : REC fait peur, très peur. Et c’est vrai ! En comparaison, Cloverfield, qui utilise la même technique de caméra à l’épaule, ferait presque rire... Le parallèle est davantage à faire avec l’innovant Projet Blair Witch, sans doute le film le plus « flippant » de l’histoire du cinéma. Toutefois, une différence de taille sépare les deux œuvres : tandis que Blair Witch nous invite à deviner ce qui se passe, faisant tourner notre imagination à plein régime, REC nous le montre. En résultent des scènes véritablement gores, dont l’effet est accentué par la confusion qu’induit le filmage à l’épaule et les plans-séquences sans pratiquement aucun point de montage. C’est d’ailleurs ce qu’annonce l’affiche du long métrage : « Toujours continuer à filmer ». Dans toutes circonstances. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le caméraman de l’équipe de télévision, qui réalise un reportage sur les pompiers barcelonais, applique ce principe à la lettre ! Même lorsqu’il risque de se faire tuer, il ne se sépare pas de son instrument de travail, qui semble faire partie intégrante de son corps ; au point de laisser, à plusieurs reprises, ses compagnons d’infortune se débrouiller seuls alors qu’ils auraient sérieusement besoin d’un petit coup de main. C’est alors le thème de la télé-réalité qui s’impose à nous : peut-on et faut-il tout filmer, quelles qu’en soient les conséquences ? Et le travail journalistique n’a-t-il pas des limites ? L’attitude de la présentatrice de l’émission en cours de tournage est d’ailleurs bien différente de celle de Pablo, le caméraman : persuadée au début de l’histoire qu’elle tient là le reportage de sa vie, poussant son preneur d’images à filmer coûte que coûte tous les événements horribles qui se déroulent, elle abandonne progressivement son rôle de journaliste et devient une victime parmi toutes les autres de ce carnage sans issue. Et il est intéressant de signaler que Pablo, l’auteur de toutes ces images et professionnel jusqu’au bout des ongles, est le seul personnage qu’on ne voit jamais (ou juste ses jambes et ses pieds) à l’écran...

Même si le film de Plaza et Balaguero ne révolutionne pas le genre « fantastique », malgré la volonté des réalisateurs de « casser » les codes généralement utilisés (car la technique de filmage n’est pas nouvelle, les personnages sont enfermés et l’action se déroule à huis clos), il réussit pleinement son pari de nous faire hérisser tous les poils du corps et nous séduit définitivement grâce aux nombreuses références qui le traversent tout du long. Références cinématographiques d’une part, avec le thème du virus (28 jours plus tard), la découverte du magnétophone du chercheur qui raconte ses expériences (Evil Dead) ou encore l’utilisation de la vision nocturne de la caméra (scène finale du Silence des agneaux). Références aux jeux vidéo d’autre part, notamment à l’incontournable Resident Evil, mais surtout au génial Silent Hill (la scène de la petite fille est troublante de ressemblance).

Justement récompensé au Festival du film fantastique de Gérardmer 2008, décrochant le Prix du public et du jury, REC a déjà été subtilisé par les studios hollywoodiens qui vont en faire un vulgaire remake intitulé Quarantine, avec bien entendu un casting et un réalisateur américains... Est-ce donc si dur pour nos amis des Etats-Unis d’apprécier un excellent film 100 % étranger ?

Maxime Freyberger (rédacteur sur www.melting-actu.com )


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10 réactions à cet article    


  • Le nanaconda 29 avril 2008 12:21

    Je me tâte à aller le voir.

    J’ai entendu tellement de louianges sur des films récents soi-disant "flippants"... Je n’ai absolument pas mordu au Projet Blairwitch.

    Et puis je me méfie de Paco Plaza, qui avait été encensé par certaines critiques pour son Romasanta (aka l’Enfer des Loups en VF), et qui était selon moi une belle merde.


    • Sébastien Sébastien 29 avril 2008 12:21

      Je n’ai pas beaucoup aime REC. Je n’ai pas eu peur et j’ai tout juste sursaute une fois. Et puis je ne trouve pas qu’il y ait une tension particuliere comme dans Blair Witch ou on etait tenu en haleine du debut jusqu’a la fin.

      Le film n’est pas si gore que ca ou alors c’est du gore grand public.

      Bref film bof selon mes gouts. Il faut dire que j’ai vu REC en francais et le doublage n’etait pas terrible ce qui, je pense, a influence fortement mon ressenti.

      Le seul point ou je vous rejoins est votre conclusion :" Est-ce donc si dur pour nos amis des Etats-Unis d’apprécier un excellent film 100% étranger ?"


      • Sébastien Sébastien 29 avril 2008 16:56

        Hihi c’est drole d’etre moinsse parce que je n’ai pas aime ce film !


      • Mr Mimose Mr Mimose 29 avril 2008 14:13

        J’ai regardé tout un tas de films fantastiques dont blair witch, et je vois pas comment ça peut faire peur !

        Par contre dernierement j’ai vu le documentaire zeitgeist, et la oui j’ai vraiment eu peur.


        • Wondrak Wondrak 29 avril 2008 19:08

          Bonne remarque MR MIMOSE. J’ai également visionné Zeitgeist récemment et on peut dire que c’est bien plus inquiétant que ces films, qui font à peine sursauter...


        • patroc 29 avril 2008 19:22

           Ouais, bof, rec n’est pas génial du tout : scenario débile, la fille qui gueule et hurle tout le film et une fin bateau ( voir le dénouement de "the mist", une trouvaille d’humour noir !)...


          • Mr Mimose Mr Mimose 29 avril 2008 19:29

            Oui Wondrak, pourtant je suis pas une petite nature, mais Zeitgeist m’a vraiment foutu la trouille, j’ai l’impression que quelqu’un va débarquer chez moi pour m’arreter car j’ai visionner ce documentaire subversif.


            • jamesdu75 jamesdu75 29 avril 2008 23:47

              Merci pour l’article d’un film que j’irais peut etre voir. Même si l’horreur je prefére chez moi au fond d’un canapé. Par contre il faut voir qu’il y a déjà un remake ricain avec une bande annonces. Selon le réalisateur le seul soucis a été d’adapté certaines séquence trop espagnol, pour que le gentil namericain ne pensent pas qu’un film puissent venir d’un autre pays.


              • Fabien Lloyd 30 avril 2008 00:30

                La peur, c’est la peur de l’inconnu. C’est la raison pour laquelle Le projet Blair Witch est le premier film qui fait vraiment peur jusqu’à l’impasse scénaristique finale (et insurmontable) : à condition bien sûr d’être entré dans la salle dans un état esprit cinéphile, c’est-à-dire disponible, et non par effet de mode, en anticipant, pour ne pas avoir l’air de celui à qui on la fait...

                Qui écoute vraiment ses émotions cesse d’avoir peur dès que Freddy, Alien et leurs amis dans le million de films dits d’ "horreur" de l’histoire du cinéma, apparaissent. 

                Rec, comme Hitchcock, et au contraire des grands maîtres du suspense, livre rapidement sa clé (du coup, et conformément au genre auquel il appartient et veut absolument rendre hommage, il se répète, jusqu’à en devenir - presque - soûlant). Le film de terreur absolu est ce film impossible que Blair Witch a tenté d’être, où la peur, c’est-à-dire l’Inconnu ne prend jamais corps. 

                Toutefois, comme l’araignée, cet être étrange : morphologiquement opposé à l’homme, et qui lui suggère un monde* totalement étranger au sien ; comme le fantôme ou la sorcière des contes de nos grands-mères, au contraire semi-humains et qui pouvaient nous attirer dans l’Autre monde, les visions d’épouvante réussies dans certains films, comme Rec, nous laissent envisager un film d’horreur "total", qui associerait jusqu’au bout l’inconnu quant à la source du Mal, et nous ferait frémir à la vue de quelques beaux monstres... Un peu de maltraitance des (du) corps comme seuls les japonais (Audition) savent la filmer, et nous finirons ENFIN par être complètement retournés. Nos classiques du vingtième siècle prendront alors un air de préhistoire, ou de bricolages en super-huit...

                Vivement la fin du siècle !

                * et, de fait, un "monde de la perception" (Umwelt) au sens de Jacob von Uexküll...

                 


                • Lapa Lapa 30 avril 2008 16:01

                  Bonjour,

                   

                  je ne suis pas d’accord avec votre critique (dois-je donc m’attendre à être moinssé, habitude très agoravoxienne des personnes confondant "intéressant" et "en accord avec ce que je pense").

                   

                  [Rec] m’a plutôt déçu, en parti car la critique était enthousiaste pour un film qui, pour ma part, n’a rien de terrible. Ce n’est pas un mauvais film, mais enfin il ne faut pas nous faire croire que c’est le film le plus flippant de l’histoire du cinéma.

                  Je pense qu’il est bon que ceux qui ont envie d’aller le voir aient une vision un peu moins idéale de ce film afin peut être de ne pas être aussi déçu que j’ai pu l’être.

                  Quels sont les défauts de [Rec] ?

                  un scénario très linéaire sans aucune surprise

                  une gestion peu intéressante du handycam

                  un son (VO UGC pour ma part) absolument pénible

                  une épouvante qui n’existe pas

                  Quels sont les atouts de [Rec] ?

                  Une réalisation nerveuse

                  un rythme trépidant

                  quelques effets d’adrénalines immédiats efficaces

                   

                  je vais m’attacher aux défauts par contrepoint de votre article afin que les gens aient une vision large de ce que peut être le film.

                  L’handycam façon "reportage" n’a plus l’honneur de la nouveauté ni même de l’originalité. Cette manière de filmer apporte certes, mais présente quelques défauts qu’il faut pallier.

                  ces défauts sont :

                  • Les prises de vue en plan séquence à gérer
                  • le son et les effets sonores limités à ce que prend le caméscope
                  • pas de musique pour dramatiser ou accompagner le film
                  • la qualité des prises de vue (cadrage, bougé, lumière, sujet...)

                  Ces défauts doivent donc être gommés, voire mieux, utilisés pour avoir une valeur ajoutée. Par exemple :

                  • en utilisant le son et le manipulant
                  • en utilisant intelligemment la suggestion et le hors cadre
                  • en utilisant le questionnement "qui filme ?"

                  ..etc... les moyens sont nombreux.

                  Or dans [Rec] rien de tout cela n’est utilisé, on a à un moment le passage en IR qui est loin, très loin de valoir celui du silence des agneaux. L’habituelle scène de caméra qui filme alors qu’elle est sensée être arrêtée (mais ce passage n’apporte rien), et l’habituelle caméra qui tombe à terre (pareil, aucune influence). et on a surtout : le mal de mer.

                  Pour bien insister sur le côté "reportage live handycam" le réalisateur secoue l’objectif, pire qu’un parkinsonnien filmant ses vacances sans stabilisateur électronique. Quand on a douze zombies aux fesses, ok, mais au début ? Le cadrage ne colle pas (le match de basket par exemple), trop de gros plans qui bougent dans tous les sens. Le spectateur a vite le mal de mer. très vite.

                  Passons au second défaut et non des moindre : le son.

                  Outre le fait qu’il n’y a aucune gestion intelligente du son comme pour Blair Witch Project (BWP), la bande sonore se réduit à des cris d’hystérie. Les cris des zombies sont totalement insupportables (trop aigues, entre autres), trops forts. bref le son donne tellement mal aux oreilles que j’ai été obligé de me les boucher pour ne pas devenir sourd, ce qui nuit énormément à l’immersion.

                  A ceux qui veulent le voir en VF : attention beaucoup de critiques négative sur le doublage ont été dites, encore une fois, préférez (comme d’habitude) la VO !

                  Troisième défaut : le scénario.... très linéaire.

                  à partir d’un certain moment, nous n’avons plus sous les yeux qu’un slasher bête et méchant dont l’issue est connue. aucun rebondissement, aucune anicroche, rien. Certaines idéees sont oubliées (le souterrain par ex.), pour finir dans une impasse totale, filmée à l’IR, peut être mais avec chacune de ses scènes totalement prévisible : on attend juste que les deux meurent.

                  quatrième et dernier défaut : l’épouvante.

                  elle fait cruellement défaut, tout comme l’angoisse. Certes, on est dans un rythme effréné mais les effets sont purement ponctuels, comme une sorte de train fantôme avec des "BOUH !". Ok ça fait un peu peur sur le moment, c’est efficace c’est sûr... mais on oublie vite à la sortie du film. Ce ne sont que des effets de surprise, l’épouvante psychologique, l’angoisse, celle qui noue la gorge, ou l’horreur sont complètement absents.

                  Là où BWP tout en suggestions nous offre sous l’alibi du film d’angoisse la mise en scène d’un meurtre parfait (celui de la fille) par deux étudiants en cinéma, là où the Ring (version jap) nous perturbe psychologiquement et reste gravé dans nos mémoire bien après notre sortie de la salle, [Rec] nous fait sursauter sur notre siège (2 fois) et... c’est tout. Un petit peu dommage.

                   

                  Pour finir effectivement je ne vois pas l’intérêt d’une version américaine. Si ce n’est que les américains ne peuvent s’emballer a priori pour une production non made USA avec les références USA.

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