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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Réception parfaite

Réception parfaite

Il en est des albums indispensables comme des zombies putréfiés dans Doom : quand y en a plus, y en a encore, surtout dans l’underground. Aujourd’hui au menu, une pépite mésestimée du ska-punk, « La Trajectoire de l’homme-canon », par la Ruda Salska.

Voilà plusieurs années maintenant que je suis les aventures de La Ruda Salska, ces gens qui ont assuré la relève de la Mano Negra tout seuls, un peu comme Mass Hysteria le fit avec Treponem Pal (j’y reviendrai dans un autre article).

Ce qui m’a toujours séduit dans ce groupe saumurois, en plus de la fameuse "triplette magique" (trompette-saxophone-trombone), c’est leur faculté à ne pas sortir deux albums semblables de suite ; Le Prix du silence était un album de ska standard, L’Art de la joie un mutant mi-ska mi-rock... donc après le gadin (commercial, mais aussi dans une moindre mesure artistique) de 24 images/seconde, il ne faisait aucun doute pour moi que La Trajectoire de l’homme-canon serait un excellent skeud.

Et bien si la cible était l’excellence, on peut affirmer que l’homme-canon l’a littéralement éventrée ! Ces 14 chansons sont une oeuvre phare dans la discographie de la Ruda.

Le son, pour commencer, différencie clairement cet opus de ses prédécesseurs. Massif, abrasif... Les guitares n’ont jamais été aussi puissantes, tout en restant d’une fluidité à toute épreuve, puisque jamais elles n’étouffent cette batterie sur laquelle Manu démontre encore une fois, à coups de rythmiques punks d’une technicité invraisemblable, qu’il est l’un des meilleurs batteurs français. La machine, une fois lancée, ne laisse aucun répit à l’auditeur jusqu’à la fin du CD. Ces 50 minutes extrêmement denses défilent sans temps mort, à peine une respiration pendant le morceau plutôt jazz De la vie jusqu’au cou.

Comme je le disais plus haut, cet album est encore placé sous le signe du renouveau. En témoignent le morceau d’intro, 1 et 1 font 3, dont les couplets sans batterie surprennent instantanément, et le retour au premier plan de la triplette, grande absente de l’album 24. Les cuivres sont partout, impossible de passer sous silence leur apport à la musique, qui en devient chaude et colorée.

Mais au-delà de la musique, la structure du CD elle-même rompt avec les habitudes de la Ruda, grâce à la double chanson De simples choses... / ...De choses et d’autres. Historiquement, Pierrot (chanteur du groupe) avait écrit deux textes pour une mélodie, entre lesquels il n’arrivait pas à décider de celui qui conviendrait le mieux. Le skeud contient donc les deux versions de la chanson, une au milieu et une à la fin. Pourtant, à la première écoute, il est impossible de remarquer ce détail tant les atmosphères diffèrent entre De simples choses, chanson sur la rupture amoureuse et le quotidien morne qui s’ensuit, et De choses et d’autres, pamphlet rageur sur les petits riens si exaspérants.

Puisqu’on parle des textes, l’élément marquant de ce CD est sans doute le travail réalisé par Pierrot sur sa voix. Si son rythme était autrefois effréné et son chant un peu limité, Pierrot maîtrise désormais une palette de chant agréable (ce qui permet d’aboutir à des ambiances différentes comme pour le susnommé diptyque), et ne se cache plus derrière la vitesse des paroles, ce qui facilite pour l’auditeur la compréhension des textes.

Et quels textes ! D’aucuns, chagrins, rétorqueront que les paroles, moins denses, ont perdu en qualité ce qu’elles ont gagné en compréhensibilité. Pour ma part, je maintiens que Pierrot n’a toujours pas son pareil pour raconter des histoires cocasses (Ronnie sait, chanson à tiroirs imbriquant l’Elvis-mania, le rock montpelliérain des années 80/90 et le staff de la Ruda). Certes, la virulence pamphlétaire des anciens brûlots (rappelons-nous Tant d’argent dans le monde ou Le Bruit du bang) s’est modérément dissipée, mais puisqu’elle a laissé place à des pistes fortes en émotion (1 et 1 font 3, dédiée à la femme et à la fille de Pierrot, ou le périlleux Quand la nuit sur l’amour charnel), on ne va pas s’en plaindre...

Au final, La Trajectoire de l’homme-canon est un album phénoménal, un CD culte en devenir, à se procurer absolument.


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2 réactions à cet article    


  • Wlad Wlad 1er octobre 2007 15:55

    Note : THC est sorti il y a un an exactement, et aujourd’hui 01/10/07 paraît son successeur, « Les Bonnes Manières » (album de relectures acoustiques par la Ruda de certains de ses propres titres).


    • EvadToi EvadToi 11 décembre 2007 19:43

      Ce qui est étrange est que La Ruda elle-même considère « la trajectoire de l’homme canon » comme l’album le moins abouti.

      J’aimais bien La Ruda Salska mais beaucoup moins La Ruda. Depuis 24 images/seconde, les textes sont moins recherchés, les musiques bâclées. Les 2 cuivres et le bois (triplette utilisée par bon nombre de groupes) se font très rares, les paroles expriment un peu tout et n’importe quoi.

      « la virulence pamphlétaire des anciens brûlots » : c’est malheureusement ce qui manque dans les derniers albums comme vous l’indiquez.

      « mais puisqu’elle a laissé place à des pistes fortes en émotion » : elle a plutôt laissé place à une musique rock/alternative rock, à un mélange de guitares électriques et de drums sans sens.

      Pourtant, j’aime bien le rock et le metal. Lofofora, les premiers Pleymo, les premiers Watcha, Mass Hysteria et j’en passe, je les adore.

      Je ne blâme pas La Ruda, les groupes et les styles changent. Les groupes changent surtout de styles. Ils ont perdus des oreilles nostalgiques mais en ont récupérées d’autres.

      Cependant, l’article est intéressant et permettra peut-être à certaines personnes de découvrir le groupe.

      Tout ça m’a donné envie d’écouter l’histoire de Marvin... smiley

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