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« Redacted », revu et corrigé : prenez garde au pouvoir des images

En plein cœur des élections aux Etats-Unis, avec pour principale revendication la guerre irakienne, les cinéastes américains nous livrent un nombre conséquent de films sur ce conflit ; une occasion de dresser un pamphlet envers l’administration Bush et le traitement des médias : avec « Redacted », revu et corrigé, Brian De Palma n’échappe pas à la règle.

Imaginez-vous dans un monde où aucune information ne vous parvienne sans être retouchée, manipulée, en d’autres mots, « Redacted », c’est-à-dire rédigée et où la vérité ne tient qu’à un fil. Dix-sept ans après Outrages, Brian De Palma récidive et nous livre sa deuxième incursion à travers les atrocités de la guerre en abordant, de manière fictive, un fait qui s’est véritablement déroulé. Nous sommes ainsi plongés au cœur d’une unité de soldats américains, ayant chacun choisi de filmer jour après jour leurs vies monotones en tant que « GI’s » et ainsi rendre compte de leur quotidien lors de la rentrée au pays, jusqu’au jour où deux d’entre eux iront jusqu’à commettre le viol d’une jeune fille de 15 ans, suivie de l’exécution de sa famille.

Malgré l’atrocité du thème abordé, De Palma cherche avant tout à nous faire comprendre ce qui aurait pu pousser ces deux marines à un tel acte. C’est, de plus, l’occasion de découvrir le réalisateur sous une facette beaucoup plus engagée et, de ce fait, dresser un sévère réquisitoire envers le mauvais usage que les médias américains font des images parvenues d’Irak. Il signe ici un film choc dont le but principal est avant tout de montrer que notre rapport à l’image a bien changé depuis la guerre du Vietnam, un sujet justement abordé dans Outrages. En effet, contrairement à la dernière guerre que les Etats-Unis ont connue, la guerre irakienne ne permet pas un traitement direct de l’information, ni une totale liberté de la part des journalistes. Ici, le réalisateur nous montre une Amérique soucieuse de décortiquer les informations embarrassantes pouvant arriver aux oreilles du monde ainsi que l’autocensure pratiquée par les journaux affiliés au pouvoir. « La victime de cette guerre sera sans doute la vérité », voilà le portrait que l’un des soldats dresse de cette guerre : tout est dit. Afin de rendre cette réalité encore plus criante, nous sommes ainsi soumis à divers modes de communications envahissant notre quotidien tel que les blogs, les vidéos provenant de « Youtube » ou les documentaires irakiens. Rien ne nous échappe, on voyage grâce à la vidéo servant de journal intime d’un soldat, à un documentaire français ou encore une vidéo d’un poseur de bombe. Par le biais de ces divers points de vues, le réalisateur nous prend à partie et nous incite à poser un nouveau regard sur la véracité des images qui nous sont proposées chaque jour. On comprend donc pourquoi le public américain lui a réservé un accueil qui n’est pas des plus chaleureux ; accusé de présenter les soldats comme de dangereux énergumènes sans cervelle, le film n’a pas fait long feu et n’a duré que quelques semaines aux Etats-Unis.

Même si le thème du film se démarque totalement de ses confrères, les cinq dernières minutes nous rappellent la grande question que tout soldat se pose : comment vais-je réussir à vivre après avoir vécu de telles atrocités ?

Ophélie Binet (rédactrice sur www.melting-actu.com)


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1 réactions à cet article    


  • E-fred E-fred 8 mars 2008 12:11

    Coppola avait déjà compris le rôle de la caméra et de l’image, avec Apocalypse Now. Un homme devant accomplir une mission et qui découvre au fur et à mesure qu’on l’envoi faire un" sale boulot". - Vous-êtes un tueur, Villard ?- Je suis un soldat- Ni l’un ni l’autre- Vous êtes un commis, que des épiciers envoient encaisser les impayés- Ce dialogue colle on ne peux mieux à ce qui se passe depuis 1991 en Irak puis en Afghanistan.

    Voyage au bout de l’enfer (the deer hunter) de Mickael Cimino pose aussi cette question, ainsi que Rambo 1 (first blood) qui à l’époque de sa sortie n’était pas vu comme un film anti-guerre, quand qu’il va chercher son ami, finalement mort atteint d’un cancer (agent orange), qu’il dit qu’on lui a appris à tuer et qu’il n’arrive pas à se débarrasser de cette pulsion qui le dépasse. C’est, à ma connaisance, la première fois qu’on parlait de ça dans un film de guerre( grand public). Le film qui, à mon sens, parle le mieux des paradoxes humains en temps de guerre est The thin red line, La ligne rouge, de Terence Malick. A la fois poétique et tragique.

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