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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Redécouvrir le cinéma : David Cronenberg

Redécouvrir le cinéma : David Cronenberg

David Cronenberg revu en trois films.

 

A History of Violence (2005). Maître à penser des estimés Scanners et La Mouche, le touche-à-tout David Cronenberg nous gratifie ici d’un énième tour de force. Au menu : apparences trompeuses, sentiments réprimés et crédulité de l’Amérique profonde. Et si le récit peut paraître par trop linéaire, c’est pour mieux enfermer le public dans l’entonnoir – jubilatoire – de la violence et de la dualité humaine. Aidé en cela par un script de qualité, le ténébreux réalisateur canadien s’attaque, à travers l’histoire d’un gangster repenti, aux thèmes du passé, qui finit toujours par nous rattraper, et du cocon familial, que l’on cherche à préserver à tout prix. Inclassable, lorgnant parfois le body count, A History of Violence peut en outre capitaliser sur un Viggo Mortensen des grands jours. Une certitude : on a rarement revisité la société américaine (ses héros, ses médias, ses valeurs) avec tant d’adresse. 

 

eXistenZ (1999). Créer de toutes pièces des univers singuliers, mettre en œuvre une mécanique narrative imparable, se jouer des fascinations humaines pour mieux porter son message. David Cronenberg est davantage qu’un simple film director : par son cinéma allégorique et sa vision constructive, il s’impose comme un auteur-virtuose de premier plan, toujours prêt à se jeter à corps perdu dans des projets casse-gueules. De Stereo (1969) à Cosmopolis (2012), le Canadien a alterné le meilleur et le pire, embrassant tous les genres sans jamais sacrifier son identité propre. Avec eXistenZ, véritable condensé de sa filmographie, sorti en 1999, il transpose à l’écran toutes ses obsessions : gadgets organiques, orifices déroutants, point de confluence du réel et du virtuel. « Connectez-vous et devenez Dieu » : et si cette citation, que l’on doit à l’un des personnages, résumait tout ce que Cronenberg entend dénoncer ? Car il est ici avant tout question de quête identitaire, de négation du concret et de besoins émotionnels insatisfaits, des thématiques résolument modernes, déclinées au travers d’une nouvelle génération de jeux, directement connectés au système nerveux. eXistenZ finit d’ailleurs par confiner au miroir déformant, amplifiant névroses et mal de sensations, nous renvoyant froidement aux paradoxes du corps et de la technologie. Mieux : sans avoir l’air d’y toucher, par son propos, le cinéaste canadien expose une certaine vision de l’avenir, érigeant l’artificiel en antidote du déprimé. Et si son long métrage reste assurément arrimé à la science-fiction, il puise également dans le registre comique, comme en témoignent ses emprunts au burlesque et ses scènes équivoques. Mais, malgré ces quelques traits d’humour, eXistenZ demeure largement hermétique en raison de sa duplicité et de ses amphigourismes. Un brouillage – volontaire ? – qui ne manquera pas de laisser les non-initiés au bord du chemin. Confus, violent, drôle, ce film bicéphale (au moins) tourne rapidement à l’orgie scénaristique et ressuscite toutes les lubies de son maître d’œuvre. Un plaisir malheureusement tempéré par de vaines complications de lecture et une gadgétisation à l’excès. 

 

Les Promesses de l‘ombre (2007). Deux ans à peine après leur association de choc à l’occasion du monumental A History of Violence, David Cronenberg et Viggo Mortensen remettent le couvert avec un thriller mafieux bercé au bruit des simulacres, métaphoriquement intitulé Les Promesses de l’ombre. Ce film noir, toujours à la lisière de l’extrême, réconcilie le réalisateur canadien avec les codes classiques du septième art, tandis que les obsessions corporelles et technologiques font place au terre-à-terre le plus absolu. Non content de radiographier la pègre russe sévissant à Londres, David Cronenberg déroule avec maestria une intrigue à double lecture sur les filiations naturelle et spirituelle. Véritable fourre-tout thématique, dans lequel chacun pourra trouver son Graal, Les Promesses de l’ombre ne perd jamais la main et enjambe toutes les embûches sans coup férir. Mieux : il se permet même de régaler l’assistance avec des questions existentielles – l’identité, la justice, la famille – cuisinées à toutes les sauces. Filmé au cordeau, voire à l’épure, à la fois ténébreux et haletant, le long métrage arrête son regard, glacial, sur la violence, la bassesse et l’horreur. Du Cronenberg pur jus, coulant à larges flots, jusqu’à plus soif. Un diamant à l’état brut, porté par un géant parmi les géants, Viggo Mortensen, acteur total capable de se fondre avec une minutie d’orfèvre dans tous les registres. À côté de lui, Vincent Cassel et Naomi Watts passeraient presque pour des bleus. C’est dire… N’ayons pas peur des mots : Les Promesses de l’ombre tient tête aux classiques du genre et se pose sans mal en morceau de bravoure. Une mécanique infernale, menée d’une main de maître et imprégnée de références multiples. 

 


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2 réactions à cet article    


  • Scual 12 juillet 2013 10:42

    Le tournant « Thriller » que Cronenberg a pris est certes moins original que son style propre qu’il a délaissé, mais il en est devenu un des virtuoses.

    Mais bon en ce qui me concerne je préfère son style original. « eXistenZ » est un vrai chef d’œuvre mais selon moi il n’a rien à envier au « Festin Nu » qui aurait VRAIMENT mérité d’être cité dans cet article.


    • lulupipistrelle 12 juillet 2013 18:00

      Merci pour cet article... j’ai vu deux des films sur trois... je ne connaissais pas l’existence de cet autre... je me précipite sur mes sites favoris pour voir s’il s’y trouve...

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