La sortie d’un livre de Renaud Camus constitue pour moi un évènement. Elle devrait l’être aussi pour la critique littéraire mais, hélas, elle semble l’ignorer ; pourtant Renaud Camus est certainement l’un des plus brillants stylistes de notre époque. Mais de nos jours, une oeuvre est dite bonne ou mauvaise au regard de la morale, des valeurs de notre époque. « Je déteste mon époque, j’ai horreur de la classe qui y occupe tous les emplois, je trouve l’état de la société intolérable, et les valeurs qu’elle chérit le plus fort me soulèvent le cœur. Il aurait été bien étonnant que l’époque, la classe unique aux affaires et la société en place aillent me chercher pour me faire fête. » Hélas, les critères de l’esthétique de la langue ne compte plus. De ses écrits, on n’a seulement retenu une phrase, sortie de son contexte, et, de plus, amputée.
Son journal est toujours aussi volumineux, aussi dense (814 pages) ; il n’hésite pas à exposer les moindres détails de sa vie, jusqu’aux pensées les plus intimes, sans s’épargner. Et s’exposer, à notre époque, comme le fait Renaud Camus, c’est prendre un risque. Il aborde même les relations avec ses amis comme Finkielkraut et Pascal Sevran, ses problèmes d’argent, ses contrats avec ses éditeurs.
Cette année, une large place est consacrée à son voyage en Ecosse, d’où le titre Rannoch Moor emprunté à un coin d’une lande écossaise, où il nous fait découvrir ces jardins, villages, châteaux, maisons d’artistes, églises et ses souvenirs de jeunesse. Renaud Camus aime les vastes étendues épargnées par toute architecture susceptible d’enlaidir le paysage.
Pour ceux qui ont l’intention de voyager en Ecosse, ce livre constitue assurément un bon guide, certes très subjectif, néanmoins très libre (l’index des nom de lieux, que ce soient des hôtels, restaurants, châteaux, etc., est fort utile). Quelquefois ses considérations historiques sur ces lieux ressemblent hélas trop à celles d’un guide historique.
Il nous fait part de ses lectures : Tocqueville, mais aussi Hobbes, Sterne et Platon dans le texte original.
Ce qui est le plus intéressant dans ce livre, ce sont toutes les réflexions sur la déliquescence de la société, la dégradation de la langue et les mutations du vocabulaire. On n’ose plus nommer les choses, on ne peut plus dire toute vérité factuelle qui ne convienne pas à l’idéologie dominante. Renaud Camus écrit dans une langue admirable ce qu’on ne peut plus penser.
Renaud Camus, Rannoch Moor - Journal 2003, (Ed. Fayard)

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