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Rencontre avec Bob Masse, artiste majeur de l’art du rock

Bob Masse (US Version)

- Originaire de la côte Ouest du Canada, Bob Masse donne dans le poster Rock depuis les 60s. Alors qu'il était encore étudiant en art à Vancouver, Colombie Britannique, il commença sa carrière en dessinnant des affiches pour les groupes de folk qui passaient dans la région, en échange de conso gratuites, de billets d'entrée et de la possibilité de rencontrer les musiciens.

- Alors que le folk devenait peu à peu du folk-rock et que des groupes comme The Grateful Dead, The Doors, the Jefferson Airplane et Steve Miller, passaient en ville, Bob continua à produire ses petits posters pour eux, en précurseur du genre psychédélique. A la fin des 60s il passa beaucoup de temps à Los Angeles et San Francisco où l'art et la musique qu'il y rencontra eurent une inflluence définitive sur lui. Masse devint pote avec un groupe de Vancouver, the Collectors, et quand ces derniers décidèrent de se rendre à Los Angeles pour enregistrer un disque, il les suivit, passant les dernières années des 60s du coté de Laurel Canyon, dessinant des posters et des pochettes d'albums pour les groupes à la mode. Son travail de l'époque est d'ailleurs particulièrement apprécié des collectionneurs. 

- Evidemment, on retrouve dans le dessin de Bob son intêret pour l'art nouveau movement et en particulier le travail d'Alphonse Mucha. Tout en reprenant les techniques de l'époque, il y intégre ses couleurs brillantes, son lettrage unique et une forme de composition qui caractérisera son style personnel.

- Au cours des années 90, alors que l'art du poster bénéficie d'un regain d'interêt spectaculaire aux USA, B. Masse se remet à produire une impressionante quantité d'affiches pour la première fois depuis les années 70. Il continue aujourd'hui son travail pour des artistes contemporains tels que Tori Amos, the Smashing Pumpkins, Neil Young, et beaucoup d'autres.

Bonjour, évidemment, comme toute interview du CrewK une première question obligatoire, on écoute quoi quand on arrive chez toi ?

Tu veux dire le style de musique que j'aime écouter ? Principalement du jazz instrumental, parcequ'il faut que je me concentre sur mon travail, et c'est plus facile comme ça, sans avoir quelqu'un qui chante. Du classique aussi. Mais si je n'ai pas spécialement besoin de me concentrer, plein de trucs comme Steeley Dan, Pink Floyd, Frank Sinatra, Joni Mitchell, Led Zeppelin, the Doors, the Beatles.

Tu peux nous en dire un peu plus sur toi, qui es tu, d’où viens tu, que fais tu ?

Je suis "the Dude".

Quand as-tu commencé à dessiner ?

J'ai commencé quand j'étais très jeune, d'aussi loin que je puisse me souvenir j'ai toujours dessiné des Bugs Bunny et des Donalds. Ensuite, en grandissant, j'ai dessiné les BD de Mad Magazine. En fait j'ai toujours dessiné, je suis d'ailleurs toujours plus un dessinateur qu'un peintre.

As-tu suivi un cursus particulier par la suite ou t es tu formé à force seul à force de dessiner dans les marges ?

Un peu des 2, j'ai fait une école d'arts mais je n'y ai pas appris grand chose. J'ai passé mon temps à dessiner et à m'entrainer, y compris dans les marges de mes cahiers.

Aujourd’hui tu en vis ou tu as une autre activité à coté ?

J'ai toujours réussi à subvenir à mes besoins par l'art. Je vends mes posters partout dans le monde, grâce aux boutiques et à internet. Je fais aussi des travaux "commerciaux" comme des pochettes de CD ou des affiches pour des événements particuliers.


Collabores tu à des journaux/ fanzines ou publications régulières ?


Non, je ne collabore à aucune revue ou fanzine, mais chaque mois je croise quelqu'un qui veut m'interviewer pour toute sorte de publication.

D’où provient ton inspiration ? Y a-t-il des artistes/graphistes qui ont compté pour toi (en langage rock, quelles sont tes influences) ?

Surtour de l'art nouveau, et en particulier Alphonse Mucha, comme tu peux le remarquer sur mes posters. J'adore son travail. Aujourd'hui je suis plus influencé par les livres illustrés du début du XXème siècle. J'aime beaucoup aussi le style Pin-Up américain et, bien sur, le psychédélisme. Ce que j'essaye de faire c'est un mélange d'anciens et de nouveaux styles : de l'art nouveau avec un lettrage psychédélique, des pins ups avec de l'art nouveau, etc...


Quelles sont les principales étapes dans ton travail (du croquis au final) ?

Je fais d'abord un crayonné rapide puis sois je redessine au crayon soit je l'encre directement. Je fais le fond, y compris le lettrage et les bords à part. Avant je faisais tout d'un trait, mais ça prenait un temps fou et c'était lent, donc aujourd'hui j'assemble le tout sur Photoshop.

Tu fais tout à la main ou par ordinateur ?

Comme je te le disais, je faisais tout à la main avant, mais maintenant j'utilise les 2. Je commence à la main, je scanne et, de là, j'assemble.

Ca prend combien de temps de faire un poster ?

Jusqu'à 3 semaines. Mon travail est très précis.

Tu as un style très caractéristique, tu ne fais que ce dont tu as envie, ou bien si demain on te demande une huile de chevaux qui courent dans la mer sur fond de soleil couchant, il n'y a pas de problème t'es sur le coup ?

Je préfére faire mon truc, et la plupart des gens qui me contactent le font parcequ'ils recherchent mon style à moi. Donc j'ai peu d'appels pour des chevaux courant dans l'eau sur fond de soleil couchant.

Pour quels groupes as tu deja travaillé ?

En général je ne travaille pas directement pour un goupe mais pour des promoteurs de concerts. J'ai bossé pour quelques groupes mais ce sont surtout des tourneurs qui me contactent. Je suis donc avant tout un artiste de poster de CONCERTS.

Pour quel groupe reverais tu de travailler ?

Personne en particulier. Je trouve que les musiciens ne sont pas des personnes avec qui il est très facile de travailler. C'est pas parceque je vais aimer la musique d'un groupe que je vais aimer travailler avec eux. Je pourrais même ne plus les apprécier tant que ça à la fin du projet !

Tu peux nous dire quel est le meilleur groupe avec qui travailler et...le pire ? :)

Non.

Qu'est-ce qui est le plus difficile dans la réalisation d’une affiche ?

Trouver l'idée de départ, une fois que c'est trouvé, le reste est assez simple. L'autre truc difficile c'est de travailler dans les délais. Avoir tout fini à temps peut s'avérer compliqué.

Considères tu que tu fasses partie d’une certaine « scène graphique », si oui qui d’autre, à tes yeux, la compose ?

Non je ne fais partie d'aucune scène. Je suis juste un artiste qui fait des posters de concert depuis les 60s, je fais juste mon petit truc.

Un peu d’autopromo, profites en c’est gratuit, où peut on admirer ton travail, sur le net et dans la vraie vie ?

Mon site web : http://www.bmasse.com/. Et si tu veux voir mes posters en vrai, je peux t'en envoyer quelques uns. Donne moi ton adresse.

Le plus beau compliment que tu aies reçu dernièrement ?

Ma dernière oeuvre, pour Fleetwood Mac, a été très bien accueillie. Et ma femme m'a dit ce matin qu'elle avait aimé les toasts que je lui avais préparé.

Sur quoi tu bosses en ce moment ? Et après ?

Je bosse sur la pochette de l'album d'un groupe américain. Après je vais reprendre un vieux projet de poster pour les Red Hot Chili Peppers que j'avais comméncé il y a des années mais que je n'ai jamais utilisé. Je vais les ressortir.

Qu’est ce que l’on peut te souhaiter pour la suite ?

Que je sois plus reconnu mondialement.

Dernière question (ou blague ;) Tu connais quoi de la scène rock posters française ?

Non, je ne sais rien ! (en français dans le texte) j'en ai juste découvert un peu sur ton blog, et certains sont vachement biens.

Comment t'expliques que le phénomène des posters rocks soit devenu si important aux USA ? C'est assez difficile à comprendre en France où cet art est encore très confidentiel.

Avec les posters du Fillmore et de l'Avalon, les USA ont connu un phénomène unique dans les 60s à San Francisco. Tout est parti de là, il y a 50 ans. Aucun autre pays n'a connu ça. Du coup, les posters rock font partie de la culture américaine depuis très longtemps.

Grâce à Internet, les posters ont finalement voyagé jusqu'en Europe et en Asie. J'ai été contacté récemment par des galleries d'arts en Angleterre et en Allemagne. J'ai aussi donné une interview à une université allemande. J'ai vendu quelques pièces à une boutique en Inde. Donc le mot commence à passer. Merci Dieu pour l'Internet !

Merci d’avoir répondu à mes questions et à très bientôt sur le site !


Bonus track : un article écrit récemment par Bob pour la Rock Poster Society de San Francisco à propos de son travail (traduction : moi même) :
 
Il y a très longtemps, dans une galaxie lointaine vivait un petit gars de Burnaby, banlieue de Vancouver, dans le pays reculé de la Colombie Britannique, au Canada. Il aimait dessiner des Hot Rods et des personnages de Mad Magazine.

Vinrent 4 ans à la Vancouver School of Art, passés à bien rigoler, jouer et chanter de la folk, courrir les petites copines artys. Mais apprendre quoique ce soit ? C'te blague. Mais je n'en dirais pas plus. La quatrième année d'étude était une année où l'on devait mettre en pratique tout ce que l'on avait appris auparavant. J'ai donc peint quelques bagnoles de courses et décoré une boutique de chaussures.

Un jour, mon meilleur pote à l'époque m'a amené dans un petit café beatnik. On a proposé au proprio de faire quelques affiches gratuites pour les concerts à venir qui a tout de suite accroché au "gratuit". On a alors commencé à faire des posters pour des types genre Guy Caravanet la fameuse Jean Redpath,avec son style et ses chansons écossaises. Vraiment du gros boulot. Ca a débouché sur la réalisation de posters pour des salles plus grosses à Vancouver et Seattle, en trainant backstage avec Gordon Lightfoot, Ian and Sylvia, Sonny Terry and Brownie Magee, etc.
Notre prof de design de 4ème année était effrayé par tout celà. Et nous aussi ! On a même bossé pour Joan Baez, et un mec appelé Bob "Dylon". Ouais, j'ai vraiment fait un poster où j'ai mal orthographié son nom, parcequ'il n'y avait pas grand monde qui avait entendu parler de lui à l'époque.

La petite scène folk s'est rapidement électrifiée ; la scène britannique influencait largement ce qui se faisait et j'ai commencé à faire des posters pour des groupes comme le Grateful Dead, Jefferson Airplane, Big Brother and the Holding Company. Des groupes de San Francisco qui parcouraient la côte de bas en haut : Portland, Seattle, Vancouver. Les tourneurs m'envoyaient les chercher à l'aéroport de Vancouver, car j'avais un Van Volfwagen où j'y allait avec le tourneur pour les aider à passer la douane. Les groupes avaient l'air sacrément bizarres à cette époque.

Tout celà a donné pas mal de voyages à San Francisco. On atterissait généralement à la maison des Grateful Dead sur Ashbury Street, pûis on les aidait à trimballer leur matos jusqu'à la salle de concert. C'était sacrément exitant pour un petit gars de Burnaby. Tout avait l'air si clair et coloré, comme les posters dans la rue. J'étais pas mal influencé par tout ça et, de retour à Vancouver, j'ai immédiatement commencé à réaliser des posters dans le style de ceux du Fillmore pour l'Afterthought, qui était l'endroit branché à l'époque.

J'ai fait ça pendant quelques années jusqu'à ce que le plus gros groupe de Vancouver, the Collectors, me demande de faire la pochette d'un de leurs albums. Je suis donc retourné à Los Angeles avec eux, et y suis resté de 1968 à 1969, travaillant pour le Whisky-a-Go-Go, et diverses autres salles.

Jusqu'au milieu des 70s c'était vraiment marrant, puis la source a commencé à se tarir. Du coup je suis parti pour l'Europe. Quand je suis rentré, il a fallu que je trouve ce que j'allais faire dans la vie. Le seul truc à faire c'était de dessiner, des illustrations et des BD. Ca m'a occupé jusqu'aux 90s où on a assisté à une renaissance de l'art de l'affiche avec Artrock, Frank Kozik et le monde de la sérigraphie. J'ai fait quelques posters pour ArtRock, vécu sur la vente de ce qui me restait des posters 60's planqués derrière le canapé dans la cave de mes parents. Que des originaux.

J'ai alors décidé d'abandonner mon boulot commercial et de me remettre aux posters de concerts à plein temps. Quelle joie ! Je faisais ce que je voulais, plus de directeurs artistiques ! Et ça s'est bien vendu. J'ai été l'un des premiers sur Internet, du coup j'ai bénéficié de beaucoup de visibilité partout dans le monde.

Et ça continue. J'ai déménagé sur une ile au large de Vancouver, donc merci Dieu pour l'Internet. Je deviens aussi pas mauvais sur Photoshop, qui est une bénédiction pour ce qui est de la rapidité du travail. Auparavant un poster pouvait me prendre 3 semaines, un mois, maintenant c'est moitié moins de temps. Evidemment, avec l'arrivée de Clear Channel les concerts sont plus durs à trouver. Mais il reste toujours les pochettes de CD et les affiches pour m'oter toute envie de prendre ma retraite.


J'ai horreur de dire ça mais....quel voyage long et étrange....Bob Masse
Salt Spring Island, British Columbia
Août 2010

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2 réactions à cet article    


  • Sat is Fay 21 janvier 2012 23:17

    C’est chouette c’qu’il fait, ça se sent qu’il aime bien l’art nouveau, ça s’ marrie bien d’ailleurs avec le coté psychédélique des sixties.


    • crew.koos crew.koos 22 janvier 2012 11:48

      Effectivement Bob Masse est sans doute l’un des artistes qui s’inspire le plus librement de l’art nouveau, dans un genre, le rock poster art, pétri d’influences et où les emprunts et hommages à Mucha sont légions .... nous aurons l’occasion d’en reparler dans un prochain article.

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