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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Revisiter le Péloponnèse

Revisiter le Péloponnèse

A la veille des vacances, pourquoi ne pas diriger ou rediriger nos pas vers la Grèce et le Péloponnèse, ces lieux qui ont vu la naissance de notre civilisation. Et pourquoi, par la même occasion, ne pas participer à cette initiative de planter un olivier sur ces terres ravagées l’an passé par de terribles incendies. Ce serait joindre l’utile à l’agréable.
Association  : un arbre pour la Grèce.

"La colline au pied de laquelle je me trouvais était donc la colline de la citadelle de Sparte, puisque le théâtre était adossé à la citadelle ; la ruine que je voyais sur cette colline était donc le temple de Minerve-Chalcioescos, puisque celui-ci était dans la citadelle ; les débris, et le long mur que j’avais passé plus bas, faisaient donc partie de la tribu des Cynosures, puisque cette tribu était au nord de la ville. Sparte était donc sous mes yeux ; et son théâtre, que j’avais eu le bonheur de découvrir en arrivant, me donnait sur-le-champ les positions des quartiers et des monuments. Je mis pied à terre, et je montai en courant sur la colline de la citadelle.

Comme j’arrivais à son sommet, le soleil se levait derrière les monts Ménélaïons. Quel beau spectacle ! Mais qu’il était triste ! L’Eurotas coulait solitaire sous les débris du pont Babyx ; des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines ! Je restai immobile, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélange d’admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée ; le silence était profond autour de moi : je voulus du moins faire parler l’écho dans des lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : Léonidas ! Aucune ruine ne répéta ce grand nom, et Sparte même sembla l’avoir oublié."

Chateaubriand (Itinéraire de Paris à Jérusalem)

De l’antique Lacédémone (Sparte), il est vrai qu’il ne reste plus grand-chose. De ce peuple qui fit trembler les Athéniens, de la ville de Pausinias, de la maison de Ménélas, l’époux d’Hélène, du tombeau de Léonidas, rien d’autres ne subsiste que quelques colonnes, les vestiges de l’ancien sanctuaire d’Artémis Orphia, un lion rugissant, les assises du théâtre de l’époque romaine, cela enseveli dans une vaste étendue d’oliviers, au cœur de la vallée de la Laconie arrosée par l’Eurotas et dominée par les cimes du Taygète. Les lois qui furent instituées par Lycurgue, illustre législateur, et prévalurent sur la Cité de Sparte, en firent une ville austère, un lieu où l’éducation des jeunes et la coordination sociale s’appuyaient sur des critères essentiellement militaires. Cette organisation qu’imposa Lycurgue conduisit la ville à s’affirmer de façon autoritaire dans tout le Péloponnèse, puis peu à peu à instaurer son hégémonie sur l’ensemble de la Grèce, enfin à vaincre Athènes elle-même. Mais la gloire fut de courte durée et bientôt la ville fut supplantée par Thèbes, avant de plier sous le joug romain. Du grand commandant spartiate Léonidas, qui s’illustra par son courage et mourut vaillamment dans le défilé des Thermopyles (portes chaudes) en Thessalie, où il opposa une défense héroïque avec ses 300 guerriers contre l’armée perse de Xerxès Ier, il ne reste qu’une statue en marbre exposée dans le musée local et que l’on identifie romantiquement au héros, ainsi qu’un petit temple hellénique hors de l’acropole. Sparte s’est endormie pour toujours et c’est l’impression qu’elle donne. On s’y sent en état de veille comme devant un tombeau.

"Si des ruines où s’attachent des souvenirs illustres font bien voir la vanité de tout ici bas, il faut pourtant convenir que des noms qui survivent à des Empires et qui immortalisent des temps et des lieux, sont quelque chose. Après tout, ne dédaignons pas trop la gloire ; rien n’est plus beau qu’elle, si ce n’est la vertu." (Chateaubriand)

MYCENES OU LE TEMPS LEGENDAIRE

La nécessité de convaincre avant de commander aiguisa l’esprit des Grecs dès les temps les plus reculés. Libres dans leur organisation politique, ils l’étaient plus encore dans leur organisation religieuse. Point de prêtres ou mieux pas de clergé constitué et point de livre saint, ce qui signifie pas de doctrines consacrées. Néanmoins, la superstition étant l’un des instincts les plus naturels de l’homme, ce peuple n’eut de cesse de se référer à des devins, des mages qui voyaient le monde invisible et interprétaient les signes célestes par des convulsions, des gémissements, des sentences, comme le faisait la Pythie de Delphes qui sentait le dieu remuer en elle et exprimait ainsi ses volontés. Les Grecs croyaient tellement en leurs prophètes qu’ils les consultaient en toute confiance.

Par ailleurs, il est curieux de constater que l’étude de l’histoire primitive du pays nous ramène constamment à l’Asie, où les Grecs semblent avoir découvert la plupart de leurs dieux. Une légende, celle du Crétois Minos, confirme le fait de ces relations étroites entre l’Asie et la Grèce. Peut-être venaient-ils de ces lointains pays ces mythiques cyclopes qui sont censés avoir édifié les fondations de Mycènes, la ville de Persée, ce personnage légendaire né de l’union de Zeus et de Danaé. A sa suite, le pouvoir se transmit à Atrée et Thyeste qui se réfugièrent dans la ville, après avoir subi la malédiction paternelle, et y fondèrent la dynastie glorieuse et maudite des Atrides. Cette dynastie s’attira, en effet, les foudres divines après le funeste banquet qu’Atrée se crut devoir offrir à son frère, en lui servant la chair de ses propres enfants. On dit que le soleil se retira alors, pour ne pas éclairer un forfait aussi atroce.

Agamemnon, le héros d’Homère et d’Eschyle, chef de l’armée achéenne, n’était autre que le fils d’Atrée et résume à lui seul, au travers de sa fin tragique, le sort de cette famille. Après qu’il eût combattu à Troie pour venger l’honneur d’Hélène, épouse de Ménélas, enlevée par Pâris, sacrifié sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables à sa flotte encalminée à Aulis, il revint à Mycènes pour y être assassiné par Egisthe, l’amant de sa femme Clytemnestre. A leur tour, huit ans plus tard, les amants périront de la main du fils de Clytemnestre, Oreste, qui souffrira mille tourments pour avoir commis ce parricide. Avec lui disparaissaient la famille des Atrides et leur sombre destin.

J’étais d’autant plus curieuse de découvrir Mycènes, d’où le roi Agamemnon s’était embarqué pour Troie, que j’avais visité, il y a de cela une trentaine d’années, ce qui reste en Asie mineure de cette ville qui fut le théâtre d’une semblable épopée. Selon certains, mais cette hypothèse est par ailleurs controversée, nous devons à l’archéologue Schliemann, non seulement la découverte des ruines troyennes, mais les fouilles des glorieuses tombes de l’acropole mycénienne. Il rêvait depuis longtemps d’extraire, de cette accumulation de ruines, les vestiges des mythiques dynasties homériques et il y parvint en dégageant du sol de nombreux objets, dont le masque d’or que l’on pense être celui du roi Agamemnon et qui se trouve, aujourd’hui, au musée national d’Athènes.



La Porte des Lions

On pénètre dans la citadelle par la Porte des Lions, symbole de la puissance des Atrides. La porte est le seul exemple de sculpture de l’époque (1400 à 1200 av. J.-C.), représentant deux fauves se faisant face et que sépare une colonne centrale. De la Porte des Lions, on monte ensuite, en empruntant la grande rampe, jusqu’au palais, dont l’intérieur s’articule autour d’une vaste cour. On peut alors se diriger vers la porte arrière, celle qu’avait franchi Oreste après qu’il eût tué sa mère, accomplissant ainsi le tragique destin de la maison royale d’Atrée.

Tholos d’Atrée ou tombe supposée d’Agamemnon

Au-delà de la citadelle, qui domine la vallée de sa puissance, on accède aux tombes d’Egisthe et de Clytemnestre et on termine la visite de Mycènes par la Tholos d’Atrée, l’un des exemples les plus représentatifs de la sépulture royale d’âge antique. Autant Sparte inspire la mélancolie, autant Mycènes impressionne le visiteur par la force qu’elle dégage encore, volonté forcenée de ceux qui édifièrent ces murailles et assemblèrent ces pierres gigantesques comme pour défier le ciel et les dieux.

LA GRECE SOURIANTE

Corinthe, située à l’ouest de l’isthme du même nom, est le chef-lieu de la Corinthie en Argolide. Les ruines se trouvent rassemblées au pied de l’Acrocorinthe, rocher de 575 mètres qui s’élève comme une imposante forteresse, témoignant de l’emplacement de la ville antique, une cité opulente qui contrôlait l’isthme, c’est-à-dire le trafic maritime de l’époque entre la mer Ionienne et la mer Egée. La tradition fait de Sisyphe le fondateur de la cité, qui se nommait alors Ephyre. Ce héros de la mythologie grecque était représenté comme le plus rusé des hommes et on alla jusqu’à lui donner pour fils Ulysse, tant il y avait de ressemblance entre eux. Ce fut lui qui dénonça au fleuve Asopos le rapt de sa fille Egine par Zeus. Furieux, Asopos lui envoya Thanatos, mais le rusé Sisyphe parvint à enchaîner le dieu des morts et il fallut l’intervention d’Arès pour le délivrer. Cette fois Sisyphe dut subir son destin, mais, avant de mourir, il recommanda à sa femme de ne pas lui rendre les honneurs funèbres. A peine arrivé aux Enfers, il s’empressa de dénoncer à Hadès la négligence de celle-ci et lui demanda de revenir un moment sur terre pour la punir. Rendu à la lumière et à la vie, Sisyphe se refusa à retourner au royaume des Ombres. Hermès dut se déplacer en personne pour ramener au bercail le mort récalcitrant. Pour pénitence, Sisyphe fut condamné à rouler sur la pente d’une montagne un énorme rocher qui redescendait chaque fois qu’il approchait du sommet. Bien entendu, ce rocher ne peut être, pour les habitant de l’Argolide, que l’Acrocorinthe.

C’est au VIIe et VIe siècle avant J.-C. que la ville affirma sa puissance et fonda les colonies de Corcyre, Potidée et Syracuse. En perpétuelle compétition avec Athènes pour la maîtrise des mers, à laquelle elle dut renoncer lorsque Sparte s’assura l’hégémonie sur les Grecs, elle fut ensuite rasée et humiliée par les troupes romaines du consul Mummius. Rebâtie sous César cent ans plus tard, Corinthe redevint une cité florissante, dont la réputation de luxe et de plaisir était connue de tout l’Empire. Les anciens poètes, nous dit Thucydide, l’appelaient Corinthe la riche. Ce sont dans ses chantiers que fut construite la première trirème en l’an 700. Corinthe fut aussi la première ville à mouler des figures et elle précéda les autres cités grecques dans l’art du dessin. Plus tard, elle donnera son nom au plus riche des ordres d’architecture, cet art corinthien végétal qui exprime la grâce et l’insouciance.

Depuis Corinthe, quand le temps est serein - et c’était le cas pour nous ce jour-là - on découvre par-delà la mer de Crissa les cimes de l’Helicon et du Parnasse et, au Nord, le mont Oneïus couvert de myrtes. Mais on ne voit pas de la ville antique la mer Saronique, il faut, pour l’apercevoir, monter sur l’Acrocorinthe. C’est - disait Spon - l’une des plus belles vues de l’univers. On sait que Paul l’Evangéliste y passa avec ses compagnons Crispus et Caïus et qu’il y prêcha ses célèbres Epitres, afin de ramener les habitants, perdus dans les effluves de vin et d’alcool, vers des préoccupations plus spirituelles. Il faut croire qu’il y réussit, car la Grèce est restée très profondément chrétienne, malgré quatre siècles de domination ottomane, et l’Argolide est couvert de monastères et de chapelles, comme ceux de Mistra et de Monemvassia.

Les ruines de Corinthe, dont le temple d’Apollon, sont majestueuses. Ce temple servit de modèle à celui d’Athéna sur l’acropole d’Athènes. Ensuite, on gagne l’agora en empruntant la route du Lechaion bordée de portiques, de boutiques et de bains publics qui, jadis, conduisait à l’ancien port. On peut imaginer ce que ce devait être, lorsque les voiles des trirèmes claquaient au vent... Plus loin encore se trouve l’un des plus beaux monuments de l’époque impériale : la fontaine Pirène. Elle doit son nom à la jeune Pirène qui, ayant versé tellement de larmes à la mort de son fils, fut changée en fontaine.

EPIDAURE

Le théâtre d’Epidaure est peut-être ce que j’ai vu de plus beau dans le Grèce antique, une merveille que l’on peut à peine décrire, car les mots manquent pour exprimer ce que l’on ressent, lorsque, presque seule au centre de cet amphithéâtre, ceint par un cirque de montagnes à l’abondante végétation, dans le silence recueilli de la nature, à l’heure du soir où la lumière est blonde et rose, on le contemple dans sa splendeur intemporelle. On comprend que Pausanias, extasié à sa vue, le définit comme la construction la plus harmonieuse réalisée par les Grecs. Il fut élevé au IVe siècle avant notre ère par le même architecte que la tholos, Polyclète le jeune, et comprend un orchestre circulaire et 34 rangées de gradins. Ce théâtre bénéficiait, et bénéficie aujourd’hui encore, d’une acoustique exceptionnelle, au point que le moindre soupir est perçu du spectateur placé au plus haut des gradins.

D’une perfection absolue de par son architecture, il jouit d’autre part d’une parfaite insertion dans l’environnement naturel. Quel génie eurent les hommes de cette époque de savoir à ce point marier leur œuvre de bâtisseur à l’œuvre des dieux ! Le choix du lieu ne pouvait être meilleur, plus grandiose, mieux adapté à ce que l’on voulait y vivre et y représenter : ce compagnonnage intime avec les voix secrètes de l’univers.

Le théâtre avait beaucoup d’importance pour les Grecs, car, hormis le drame satirique et la comédie, il était, grâce aux œuvres des grands auteurs tragiques, une école de morale. Les représentations dramatiques furent à l’origine des fêtes religieuses. On croyait la prospérité de la ville intéressée à ce que les solennités fussent célébrées avec une magnificence qui plût aux dieux. Du milieu des glorieuses manifestations de la pensée et de l’art qui se produisirent alors, la place d’honneur n’en revient pas moins à la poésie qui semble habiter le génie de ce peuple.

On peut établir deux périodes qui résument l’histoire générale du théâtre grec : dans la première les mystères ou drame religieux ; dans la seconde, le drame humain. Euripide appartenait à la seconde. Il a annoncé le théâtre moderne en portant sur la scène les passions de tous les temps. L’un des traits caractéristique de sa tragédie est la place qu’il réserve aux femmes et à l’amour.

Quant à la comédie, qui était née aux fêtes de Dionysos, elle fut dans les mains d’Aristophane une arme de combat avec laquelle il frappa surtout la philosophie et la science, les généraux les plus braves et les orateurs les plus éloquents. Il ne manqua à ce grand rieur devant l’éternel que de rire de lui-même. Il alla même jusqu’à malmener les prophètes et les devins, ce qui prouve l’avancée intellectuelle qu’avait effectuée la Grèce de l’époque.

La danse était aussi très présente dans les spectacles, parce qu’elle faisait partie des solennités religieuses. On attribuait au corps, à sa beauté, une grande importance et la danse était une façon d’exalter les perfections que les dieux avaient accordé aux hommes. L’art des chœurs comprenait le chant et la danse. Platon écrit à ce propos dans son Traité des lois : "Ces divinités qui président à nos solennités nous donnent le sentiment de l’ordre, de la mesure, de l’harmonie ; et ce sentiment qui, sous leur direction, règle nos mouvements, nous apprend à former par nos chants et nos danses une chaîne qui nous enlace et nous unit." Loin de craindre les exercices qui, en d’autres temps, ne servent qu’au plaisir, le philosophe les regarde comme nécessaires au bon ordre des cités et des âmes.

Le temple d’Hera à Olympie

OLYMPIE

Si Epidaure représente l’harmonie à son plus haut degré de perfection, Olympie m’est apparue comme le sourire de la Grèce antique. Il y règne une paix à nulle autre pareille. On y voit partout des colombes, on y perçoit des roucoulements, on s’y sent dans une pastorale si pleinement sereine, comme si le temps s’arrêtait un moment pour écouter battre le cœur de la terre. Cette plénitude vous envahit dès que vous pénétrez dans ce site bucolique de l’Elide, baigné par le fleuve Alphée, et qui fut voué au culte de Zeus et d’Hera, son épouse. Fière de sa vertu, la reine de l’Olympe supportait mal les infidélités de Zeus, et ses vaines révoltes lui valurent de rudes châtiments. Parce que la fille de Laomédon, Antigone, s’était vantée d’avoir une chevelure plus belle que la sienne, Héra changea sa chevelure en serpents. De même qu’elle ne pardonna pas au Troyen Pâris de lui avoir préféré Aphrodite, lors du fameux concours des trois déesses sur l’Ida, et sa rancune ne fut satisfaite que lorsque toute la race des Troyens eut été anéantie.

Toujours selon la légende, les Jeux furent créés par le mythique Pélops, qui, pour obtenir la main d’Hippodamie, usa d’un stratagème et tua le père de celle-ci lors d’une course de chars. Les jeux Olympiques furent donc célébrés pour la première fois en l’honneur d’un roi mort. Ils furent ensuite abandonnés et rétablis plus tard par Héraclès. La date officielle du début des Jeux se situe en 776 avant J.-C. Cette année-là, Iphitos roi d’Elide, contemporain de Lycurgue, suivant les conseils de l’Oracle de Delphes, réorganisa les Jeux pour mettre fin aux fléaux et aux divisions politiques qui dévastaient la Grèce. Cette grande fête sportive, dédiée à Zeus et à laquelle tous les hommes du pays pouvaient participer, avait lieu tous les quatre ans. Ces fêtes Olympiques commençaient avec la pleine lune. Les plaisirs pouvaient donc se poursuivre durant ces nuits de Grèce plus lumineuses que bien des jours nordiques. "Les dieux, disait Pindare, sont amis des Jeux". Ceux de Delphes et d’Olympie éclipsaient tous les autres.

Entrée du stade à Olympie

Ni l’or ni l’argent ni l’airain ne récompensaient les victoires si vivement disputées. Une couronne de laurier ou d’olivier sauvage était la récompense du vainqueur. Mais, à quelque jeu que ce fût, c’était un insigne honneur de vaincre. Pour le vainqueur lui-même, mais également pour sa cité. A son retour, on le recevait avec faste, ou lui donnait l’immunité d’impôt et le droit de s’asseoir aux premières places dans les spectacles ; les poètes le chantaient, les sculpteurs reproduisaient son image. Des pères moururent de joie en embrassant leur fils victorieux.

La zone sacrée, dite de l’Altis, est délimitée par deux enceintes, l’une datant du IVe siècle av. J.-C., l’autre de la période romaine. Hors de l’enceinte, on passe un portique et un gymnase, puis une palestre avec un portique à double colonnade, le Theokoléon construit pour accueillir les hauts fonctionnaires, un atelier (ergasterion) où Phidias travailla avec ses élèves. Plus loin, le temple de Zeus, construit en 471-456 av. J.-C., illustre l’apogée du style dorique. L’intérieur devait être dominé par la statue monumentale de Zeus, une œuvre de Phidias. Une maquette, à l’entrée du musée, permet de se représenter ce que devait être Olympie du temps des Jeux et de l’illustre Phidias. On peut admirer encore l’endroit où brûlait la flamme olympique et le stade où se déroulaient les épreuves. Dans le musée, parmi les magnifiques objets que les archéologues ont pu retrouver lors des fouilles, figure le célèbre Hermès tenant Dyonisos enfant sur son bras, œuvre attribuée à Praxitèle et dont la beauté vous coupe le souffle. Me revenait alors en mémoire dans ce site mémorable d’Olympie et après avoir eu la chance d’admirer tant de merveilles, cette phrase de Cicéron :

"Souvenez-vous, Quintius, que vous commandez à des Grecs qui ont civilisé tous les peuples, en leur enseignant la douceur et l’humanité, et à qui Rome doit les lumières qu’elle possède."


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11 réactions à cet article    


  • Linda 23 juin 2008 12:24

    J’adore la Grèce, j’y vais assez souvent, et j’ai cru comprendre que les grecs en avaient un peu raz la casquette de n’entendre parler QUE de leur histoire antique alors qu’il y a en Grèce bien d’autre choses à voir.

    Je ne suis, par ailleurs, pas certaine que juillet et août soient les meilleurs mois pour visiter la Grèce : il fait chaud , c’est cher et c’est bondé.

    Donc, si la visite des sites antiques est bien sûr à ne pas négliger, il ne faut pas oublier les témoignages de l’histoire plus récente, de l’empire byzantin, de la lutte entre ottomans et vénitien, des mouvements d’indépendance.

    Comment visiter le Péloponnèse sans passer par Mystra, par Nauplie, sans voir ces musées d’art et traditions populaires où l’on trouve des exemplaires de ces magnifiques costumes traditionnels. Quid du Magne ?

    Et puis pourquoi ne pas ajouter que la Grèce est un pays où, pour peu qu’on se donne la peine de chercher, on mange bien et qui donne d’excellents vins.


    • LE CHAT LE CHAT 23 juin 2008 12:43

      je garde de très bon souvenirs de mes 3 séjours en Grèce , l’Argolide est très interessante à visiter et les habitants sont très acceuillants avec les français .

      Le soleil est garanti et c’est un plaisir de déguster au soir la gastronomie locale sur les petites tables bancanles carrées cernées par quelques matous attendant les restes , avec un pichet de retsina bien fraîche .

      Je suis d’accord avec Linda , les iles saroniques valent le détour

      http://www.iles-grecques.com/iles-saronique.htm 

       


      • Linda 23 juin 2008 13:48

        Les chats qui font la manche même dans les meilleures adresses ça c’est bien grec.


      • Simone LE BARON 23 juin 2008 17:46

        Excellent article. Je suis traductrice de grec moderne et j’ai vécu très longtemps dans ce pays magnifique à partir de l’âge de 21 ans (en 1973). Ma région préférée reste sans nul doute le Péloponnèse plus authentique que les pauvres îles massacrées par les touristes.


        • Linda 25 juin 2008 12:51

          En ce qui concerne les îles, il faut savoir les choisir. J’ai passé une semaine à Astipalaia en mai, il n’y avait personne et même en été les touristes sont à 90% grecs.


        • brieli67 23 juin 2008 17:47

           des tremblements récents rien

          de villages au pied de l’Olympe sans eau potable depuis que chèvres et moutons tournaient de l’oeil en décembre 

          sans parler des paysages carbonisés stériles pour des décades. 

           

          Sur place on vous dira : les "Canadairs" sont arrivés une semaine en retard à l’Olympe et ont défendu sur les hauteurs de vieilles pierres qui sont squattés par des sectes - surtout des fils de bourges.

          On constate comme par hasard une frénésie vpoire folie de l ’immobilier et même l’Etat trouve pretexte de mettre en place un super réservoir sur les hauteurs d’Amaladia !!

          http://www.panoramio.com/map/#lt=37.844722&ln=21.383889&z=6 La superficie du lac artificiel de vrait triple voire quintupler !!

          Tous pourris ! La population vous signalera des incendiaires..qui se sont construits 3-4 bungalows le long du littoral

          Procès en cours : implication du gouvernement actuel de l’Europe des USA .... dissolution anticipéede l Assemblée Nationale rappelons le .... et maintien de la Droite.

          eau polluée par des dérivés phénols des goudrons de l’incendie mais aussi d’insecticides .... et même d’herbicides et de défoliants ........... par les canadairs !

          alors votre ARBRE POUR LA MOREE / PENOPOLESE ..... me fait rire jaune noir orange rouge vert comme les Agents. 

          La Pâque était triste et désolante et amère cette année ! 


          • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 23 juin 2008 18:24

            Réponse à brieli 67

             

             La liberté léchée par les flammes à Olympie

            Ce lundi 27 août 2007 - L’humeur du jour -

            La Grèce en proie aux flammes, plus de soixante victimes, dont plusieurs enfants, des sites classés au patrimoine mondial de l’humanité encerclés par le feu, 8000 hectares détruits, une partie du Péloponnèse plongée dans les ténèbres, voilà une tragédie qui mérite que l’on se pose quelques questions, puisque l’on a désormais la quasi certitude que la plupart des foyers ont été allumés par des criminels. L’homme est-il devenu fou ? Car il s’agit bien là d’une folie destructrice de plus en plus courante dans notre monde décadent qui ne semble plus respecter les valeurs fondatrices de la civilisation. Le symbole est d’autant plus fort qu’il s’agit de la Grèce souriante de l’Argolide et de l’Elide, de provinces aux paysages uniques qui favorisèrent une réflexion profonde sur l’Etre et le Divin, furent à l’origine de la philosophie et dont les traces se retrouvent aujourd’hui encore dans nos sociétés contemporaines. Mais pour combien de temps ? Devant tant de malheurs, il est urgent de se ressaisir, de prendre conscience des abîmes qui nous guettent. Avons-nous perdu à ce point le sens même de la vie pour détruire ce que nous avons de plus précieux, mettre en péril ce que nous avons de plus sacré, ce passé sans lequel nous n’avons plus d’avenir ?
            La Grèce en flamme, c’est sans nul doute un désastre sans pareil ; Olympie et son musée archéologique d’une richesse unique menacé de destruction et déjà léché par les flammes, des centaines de maisons et de villages réduits en cendre, les paysages bucoliques où sévissaient le pin, le cyprès et l’olivier et les plaines vertes recouvertes du manteau coloré des cultures d’agrumes, ravagés sous le regard désespéré des populations, voilà le bilan d’un été plus meurtrier qu’aucun autre. 

             L’Hermès attribué à Praxitèle

            Il est vrai que rien n’était plus beau qu’Olympie, ce sourire de la Grèce antique, où régnait une paix à nulle autre pareille, Olympie qui vit la naissances des jeux, Phidias s’y retirer pour méditer et enseigner et dont le musée conserve l’une des plus belles statues sortie de mains humaines - Hermès portant l’enfant Dionysos - que l’on attribue à l’élève de Phidias, Praxitèle. Car tout ici n’était qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté ; luxuriance plutôt que luxe d’une nature qui se décline dans les ors, les bleus et les verts et où la douceur des collines contraste avec les cimes majestueuses des montagnes, lieu de séjour des dieux. C’est que les grecs aimaient cette intimité avec eux et qu’ils se plaisaient à créer les mythes qui les associaient à leurs destins. On leur doit tant, ils ont tant oeuvré pour que l’homme s’ouvre aux lumières de la connaissance, que cette idée de ténèbre, de cendre, de dévastation est intolérable. Il n’est pas possible que Vulcain ait raison de Zeus, que la folie l’emporte sur la sagesse, que l’égarement prenne le pas sur l’entendement. " En Apollon le dieu olympien par excellence, s’est concentré toute la lumière de l’être. En Dionysos, tout ce qui devient et qui passe. Dans le premier, la raison et la majesté céleste ; dans le second, la folie et la vie terrestre". ( J.Vuillemin ) 
            En ces journées de deuil et de douleur pour le peuple grec, soyons à leur côté, TOUS GRECS.

             

             


            • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 23 juin 2008 18:31

              Réponse à brieli 67

               Ce mardi 25 septembre 2007 - L’humeur du jour -

              Les incendies en Grèce qui ont fait 65 morts et ravagé 200.000 hectares de terrains agricoles et forestiers ont laissé le pays dans un profond désarroi. Du Péloponnèse à l’île d’Eubée des paysages lunaires, des carcasses calcinées, des ruines. La population, sous le choc, se remet lentement d’un désastre historique qui compte à son passif 20.000 sinistrés. Depuis cinq ans L’élan nouveau des citoyens encourage la participation du plus grand nombre à la vie de la Cité. Aux côtés de personnalité telles que Jean-Loup Chrétien, Marcel Boiteux, Jacqueline de Romilly, des citoyens prennent part à des réflexions sur les grands enjeux de société. Ils s’engagent également dans des actions concrètes qui sont issues de ces réflexions et contribuent à créer des liens par-delà les clivages sociaux et générationnels.

              Aujourd’hui l’ELAN est à l’initiative d’une nouvelle opération Un arbre pour la Grèce. L’association lance une souscription afin de participer au reboisement après les dramatiques incendies qui ont dévasté ce pays auquel la France est culturellement très attachée. "Honorer sa terre - a écrit Nikos Aliagas - c’est croire en la vie et en l’homme. Reboiser sa terre, c’est ne pas accepter la fatalité. L’olivier est un symbole de résistance. Et sur une terre de cendres et poussière, seuls les symboles peuvent encore faire renaître l’espoir."
              Le faire avec des arbres est sans doute la meilleure façon de rendre à la Grèce non seulement sa vitalité mais sa beauté, refuser de baisser les bras devant la folie meutrière, l’irresponsabilité, les menaces d’où qu’elles viennent. C’est permettre à l’espérance de refleurir envers et contre tout. C’est dire qu’il y aura toujours une chance pour le courage et l’opiniatreté et que c’est de la terre elle-même que nous tenons cette longue patience. 

               


              • armand armand 24 juin 2008 10:42

                Merci de cat article, Armelle, mais, comme Linda, je me permettrai de vous faire le reproche de vous limiter à l’Antiquité. Chacun sa sensibilité dans cet extraordinaire paysage, hélas meurtri, jalonné des monuments de tous les siècles, mais pour moi, lors de mes fréquents séjours qui remontent à l’époque estudiantine, c’est incontestablement la période médiévale qui l’emporte.

                Les derniers retranchements de Byzance, à Mystra, où l’on se réunissait autour de Gémiste Pléthon et sa philosophie néoplatonicienne, le Magne, sa citadelle de Monemvasia et ses habitants rudes et hospitaliers, l’immense Acrocorinthe s’élevant au-dessus des ruines de la ville antique, étroitement gardé par le piton crénelé du ’Mauvoisin’ à quelques kilomètres de là.

                ’Mauvoisin’ - car les Francs aussi ont laissé leur empreinte, réalisant sous l’égide des Villehardouin au XIIIe siècle le parfait état féodal - une poignée de barons autour d’un Prince ’primus inter pares’, allant bâtir leurs fiefs aux quatre coins du Péloponnèse, devenu la Morée.

                Connaissez-vous sur la côte ouest, en face de l’île de Zante, l’impressionnant chateau de Clermont (Khlemoutsi) ? Celui de Santimeri (Saint-Omer !) ? Ou Karytaina, au coeur du Péloponnèse, dont le légendaire baron, Geoffroi de Bruyère, s’enfuit un jour en Italie avec la femme de son sénéchal ?

                Après quelques décennies à peine, ces baronnies sombrèrent et ce fut un Philippe de Tarente qui en recuillit les morceaux, tandis que leur voisin franc au nord, le Duc de Thèbes, se voyait massacrer avec tous ses chevaliers lourdement carapaçonnés et embourbés dans les marais par ses propres mercenaires catalans.

                Remontant l’histoire, on peut aussi évoquer la folle équipée du Véniien Morosini en Morée, et la construction de l’énorme forteresse Palamède à Nauplie.

                Sans oublier que Nauplie est une des plus délicieuses villes grecques, l’une des seules à avoir gardé son patrimoine architectural, encore figé dans les années 1830 quand le premier chef d’Etat grec, Capodistria, fut assassiné à la sortie d’une église qu’on visite encore. De Nauplie je garde le souvenir de la plus extraordinaire générosité de la part d’un patron d’hôtel - victime de l’heure de fermeture des banques grecques le vendredi, je proposai à mon hôtelier de me changer quelques francs ; celui-ci refusa, sortit une liasse de billets de sa poche et me dit : "Prends-en ce que tu veux - tu me rembourseras la semaine prochaine"...

                La liste est longue des lieux envoûtants du Péloponnèse - un faible pour les deux ports fortifiés de Koroni et Méthoni à la pointe sud-ouest...


                • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 24 juin 2008 11:56

                  Réponse à Armand

                  Je suis parfaitement d’accord avec vous, mais le seul voyage en Grèce que j’ai fait il y a 2 ans était le Péloponnèse antique avec Delphes. Je ne peux donc parler que de ce que je connais. Je suis absolument persuadée que la Grèce médiévale doit être extraordinaire et j’espère bien avoir l’occasion de m’y rendre à nouveau avec une autre optique. Comme mon mari et moi aimons la croisière nautique, nous aimerions également faire les îles les plus sauvages par bateau. Ces beaux projets sont déjà une partie du voyage, puisque l’on dit que les plus beaux sont imaginaires. Merci de votre commentaire.

                   


                  • jack mandon jack mandon 26 juin 2008 13:08

                     

                    @ Armelle

                    Si Péricles, qui pourtant rivalisait avec Sparte, avait du concevoir un ouvrage pour que ses sujets découvrent les charmes du pays de leurs ennemis, le Péloponnèse, il vous aurait fait mander sur l’heure Armelle. Mais au fait que faisiez vous à l’époque ?

                    Merci Armelle, j’ai une profonde attirance pour ce berceau du monde.

                    Jack

                     

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