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Riche comme Cassius

Zdar et BoomBass accouchent d’une montagne avec « 15 again », troisième album de Cassius, un peu inespéré et totalement euphorique. L’électro française bande encore.

  Quinze ans. Douce époque de la plongée en « discothèque », comme on les appelait à l’époque, ces endroits de fumées et d’orgueil, de débauches ou au moins d’espoirs, de roulages et de pelotages en tout genre, soutenus par des basses charnues, des aigus graves et des batteries rondes comme nous. On s’agitait sur un carré noir, une « piste » comme on dit dans les aéroports, une piste pour accueillir nos A380 d’hormones en essor. Quinze ans, ce n’est pas que des boutons, mais c’est du gras, du sébum et de la sueur, les premiers doigts, les premières hontes bues, les fours, et la sortie, la tête en étau, entre la compression et l’effleurement, les vêtements pleins de nicotine et les yeux trempés. Quinze ans, qui voudrait les avoir encore ?

Zdar et BoomBass, les deux têtes bien dansantes de Cassius, nous redonnent quelques fourmis dans les guiboles en tout cas sur leur nouveau disque. Pourtant, à parler franchement, on n’attendait plus grand-chose du duo, énième avatar de la « french touch », courant qui avait d’abord emballé Billancourt et au-delà avant de sérieusement casser les c... des usines Renault, et au-delà. On n’attendait plus grand-chose de cette hydre étrange, spécialiste du son poisseux, collant, entêtant, mais un peu barbant aussi. Leur premier album les avait imposés grands maîtres, un disque jusqu’à la dégueule de hits infinis, de musiques de pub interminables ou de génériques assoiffants. Ils mirent du temps à s’en remettre, quatre ans exactement, l’espace intersidéral qui sépare deux coupes du monde, nécessaire à l’accouchement d’un disque de couleur et d’eau tiède, Au rêve, qui ne bouleversera personne, ni les fans, ni les néophytes, ni les critiques, ni ceux qui ne les lisent pas.

Mais en 2006, trois ans après ce rêve avorté, Zdar et BoomBass, qui se sont imposés des règles de fabrication à la Dogma (ce groupuscule esthétisant fondé par le cinéaste danois et un peu rigide Lars Von Trier, qui propulse l’ascétisme au rang de style de vie), avec beaucoup de travail à la maison, presqu’artisanal, en essayant de capturer ce qu’on pourrait appeler les premières prises, pour essayer de choper un son brut, taillé dans la roche même imparfaite, plutôt qu’une musique esthétiquement parfaite, aux abdominaux en tablette et aux poils épilés, qui de mixage en remixage finit par ressembler davantage à du Jockey qu’à de la faisselle de Rians... Trois ans après leur rêve un peu ennuyeux, le Boom et le Dar sont de retour avec 15 again, fauve revêche et doux, tranquille et cruel, injuste et câlin, brutal et douillet, prévisible et étonnant, un disque à facettes dont aucune ne nourrit les boules, mais plutôt les membres.

Au générique de ce havre de groove, défilent de grands noms, une guest list intimidante, de M à Sébastien Tellier, de Pharell Williams à Etienne de Crécy, excusez du peu ! Mais tout cela ne vire pas à la pièce montée écoeurante, au mélange surgras, à la dégoulinante marmelade, non, tous ces ingrédients précieux s’accordent à merveille pour ourler la culotte courte de ce 15 again, qui, écoute après écoute, n’en finit pas de ne pas lasser. Longtemps qu’on n’avait acheté, écouté et apprécié un album de musique électronique, ou « dite électronique » à ce point-là. Longtemps qu’on avait pas eu autant envie de se dégourdir les gambettes sur un tarmac quelconque, on en avalerait presque sa masse critique de préjugés sur ces DJ stars qui, pendant des années, ont trusté les charts et simplifié la vie des fabricants de téléphones portables.

Cassius redonne vie à la dance music, carrément, et se range près des rares dernières merveilles électroniques entendues ces dernières années, rares mais fortes, les Automato, les I Monster, les Groove Armada, mais en mieux encore. Sur 15 again, Toop Toop à Cria Cuervos, il y a autant de palettes que de couleurs, et inversement. On ne s’ennuie jamais, jamais l’envie de passer d’une plage à l’autre, à peine d’utiliser la touche random et de laisser notre lecteur chambouler l’ordre établi. 15 again redonne une âme à cette musique que les aveugles décrivent froide, que les sourds annoncent « fabriquée », ils plantent un décor idéal pour les années à venir, et d’abord celle-ci, qu’ils emplissent d’une bande son inespérée, sensuelle et grimaçante, sexy et intimidante. Paradoxale.

Leur première pochette dépeignait un photographe mitraillant, avec à ses côtés un homme d’un certain âge, comme inquiet, comme pressé. Au rêve affichait en gros plan deux visages, les deux têtes de l’épingle, en très gros plans, et l’on s’éloigne pour 15 again, la mise au point est faite, les deux visages, rajeunis, s’imposent enfin. Toute l’évolution du groupe ainsi figée, sept ans nécessaires pour assurer le cliché, réussir la pose, se voir enfin en peinture, s’enrichir.

Et aujourd’hui, en espèces, en émotions, de sens, en sucre, Cassius est riche. Très riche.


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12 réactions à cet article    


  • David (---.---.194.175) 6 octobre 2006 11:16

    Votre approche de la musique électronique me parait assez commerciale avec un background assez limité à la sphère tout publics. Pourtant l’article est pas mal écrit, et je suis d’accords avec vous, il y a du talent chez ces petits gars. Mais je vous invite à approfondir votre connaissance de la musique électronique afin de pouvoir éviter de sortir autant de clichés en un seul article.

    Amicalement


    • Zen (---.---.59.66) 6 octobre 2006 18:53

      Pas mieux !

      Un article interressant mais qui relegue les musiques electroniques à qq DJ qui on choisi la facilite en nous distillant qq musiques de publicite et de discotheques grand public.

      Quid de Jeff Mills, Derrick May, Laurent Garnier, Manu le malin et j’en passe...


      • Le furtif (---.---.147.96) 6 octobre 2006 20:08

        Zen, tu connais cette « musique » !!??....alors à mon tour d’afficher une partialité sans complexe ....Je sais que c’est injuste , mais c’est bien mon tour..........

        Je n’y connais rien et quand j’entends j’exècre !

        Il est des continents à explorer avant Beethoven...Voire des galaxies inconnues ......J’adore.

        Passé mes vingt ans les musiciens du 19è mouaifff.... Le 20è quelques îles avant Pierre Henry (Ligetti), Les Pink Floyds et puis.....

        En 1965/66 Une prof d’Honoré de Balzac m’a tout appris de la musique contemporaine...Quelle prof !. Je sais qu’elle en a marqué d’autres .Elle m’a fait connaître ce qu’il y avait à savoir....mais la semence n’a pas germé.

        Comment peut-on écouter et apprécier la musique contemporaine ? Je suis prêt , malgré un âge proche du tien à apprendre encore, .......pourquoi malgré ! Y a-t- il des pistes à suivre ?

        Monsieur Massoulier, ne voyez aucune offense à mon manque d’intérêt pour votre article...Zen vient de me bluffer.


      • Zen (---.---.59.66) 7 octobre 2006 00:24

        Votre manque de disernement me consterne et m’amuse à la fois.

        Cela fait maintenant 20 ans que l’on crache sur les musiques electroniques et que l’on nous rabache les memes annerie a son propos.

        De voir un enieme article qui confond une nouvelle fois la danse avec la veritable musique electronique me chagrine...

        Quand à mon age il va bien merci et toi ?


      • Le furtif (---.---.95.205) 7 octobre 2006 10:47

        à Zen

        Plait-il ???????

        Le Furtif ??????????????????????


      • ohlala (---.---.124.230) 6 octobre 2006 22:01

        Pfff...indigeste. Rien compris. Trop riche en sucre.


        • ZEN ZEN 7 octobre 2006 11:04

          @Le Furtif

          ALERTE !...il y a un autre ZEN sur Agora....Qu’il veuille bien changer de Pseudo ! Il n’ a qu’un seul VRAI zen. smiley

          Le Furtif, désolé. Je suis NUL en musique techno...donr ce ne peut être moi...

          ZEN (l’authentique)alias Etienne Celmar


          • ohlala (---.---.124.230) 7 octobre 2006 11:30

            Etienne Celmar, le frère du guitariste ? zen ou pas ?


          • ZEN zen 7 octobre 2006 11:44

            Non, je fais du piano...

            Zen (IP:xxx.x9.59.66) : Re-merci de changer de pseudo

            J’étais là avant vous... smiley


            • Le furtif (---.---.95.205) 7 octobre 2006 13:08

              Merci de m’avertir

              Je suis convaincu que nous n’avions pas besoin de ce genre de confusion.....

              A nous ne nous demander si elle n’est qu’accidentelle ???

              A+ Le Furtif


            • ohlala (---.---.124.230) 7 octobre 2006 14:57

              @ Zen, au vrai, Tant que tu gardes ton Bouddha, scanné comme ça pour les siècles, ça baigne, on sait que c’est toi, méfiance quand même...


              • ZEN zen 7 octobre 2006 17:22

                @Ohlala

                Je tiens beaucoup à mon Bouddha, c’est la plus vieille tête retrouvée à ce jour...même si PAdam, avec le langage fleuri qui le caractèrise, la trouve un peu « vérolé »(sic !)C’est la patine du temps...

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