• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Rostam et Sohrâb

Rostam et Sohrâb

Rostam et Sohrâb, écrit et mis en scène par Farid Paya, d’après Le Livre des Rois du poète iranien Ferdowski se joue au Théâtre de l’Epée de Bois (à la Cartoucherie) jusqu’au 28 octobre 2012.

Rostam et Sohrâb est une tragédie à l’ancienne. On sait presque dès le début que la mort est au bout du chemin de l’un des deux, soit Rostam soit Sohrâb. Le père et le fils. Qui ignorent ce lien entre eux.

Nous tirons la plupart de nos grands mythes de la Grèce ancienne ; sans doute manquons-nous d’humanité, nous sommes trop localisés. Ce mythe, écrit par Ferdowsi, poète iranien du XXème siècle, vaut bien celui d’Œdipe qui nous occupe tant.
 
La conception de Sohrâb est un mystère en soi. Rostam ne retrouve pas son cheval au réveil ! Pour un guerrier valeureux, que la légende porte aux nues, voilà qui est bien étrange. Il va le chercher chez le roi, voisin et ennemi ! Ce dernier lui offre l’hospitalité ! Dans la nuit, la jeune princesse rejoint le vaillant guerrier et lui demande un enfant aussi fort que lui  ! Que de cadeaux !
 
Sohrâb nait de cette union miraculeuse (si j’ose dire). Il est le fils de deux empires ennemis. Il grandit très vite. A cinq ans, c’est déjà un jeune homme impatient : il veut faire la guerre ; il veut connaître son père. Il part conquérir l’empire d’Irân pour le réunir à l’empire de Tourân qui l’a vu naître et ainsi obtenir la paix en plaçant ses deux parents sur le trône. Il ne doute pas qu’il trouvera son père, au passage, dans cette épopée qu’il lance.
 
Après une longue quête, quelques combats, quelques batailles… le fils et le père se rejoignent non loin du champ de bataille, en un combat singulier. Tout d’abord, le fils gagne sur le vieux, lui laisse la vie sauve pour des raisons mystérieuses, « obéissant » à son père à la suite d’une courte négociation, puis mourra des coups de ce père qui n’aura pas la générosité de lui donner une seconde chance en retour. La paix naîtra cependant de cette mort généreuse.
 
Donner la vie, c’est donner la mort. Et recevoir la vie, c’est au moins encourager la mort ; prendre la place, à terme, des donneurs. Comme il est douloureux d’y penser, nous, occidentaux, organisons la séparation mentale des moments : le temps de la naissance, de la joie, de la vie et celui de la mort, pour plus tard ; et bien séparés l’un de l’autre, comme indépendants.
 
Le parricide fut longtemps le pire des crimes ; Sohrâb ne prend pas le risque de commettre cet acte. Tuer son fils est d’un tout autre ordre (voir Isaac par exemple, à l’opposé d’Abel et de Caïn) : puisqu’on lui a donné la vie, il y semblerait qu’il y ait moins de dommage, moralement, à la lui reprendre… Le père n’est pas sensible à la ressemblance qu’il a avec son combattant. Le fils s’en inquiète et se retient peut-être malgré le démenti de son plus proche compagnon d’armes : « cette ressemblance est fortuite. »
 
On peut voir dans ce conte mille et une autres choses que ce que je viens d’en dire.
 
Farid Paya n’engage pas son spectacle du côté des interprétations, du sens ou des sens, de la philosophie. Il suggère, laisse le spectateur rêver son théâtre. Il est côté du plaisir de la narration. Sur scène presque rien. Une estrade de trois marches. En fond, une tapisserie, tissu de soie tendu, aux motifs géométriques très orientaux, au sens commun de ce mot, et aux reflets changeant selon la lumière.
 
Les acteurs sont très souvent « à la face », s’adressant directement au public, comme des conteurs qu’ils sont. Quand ils se battent, les corps s’affrontent avec grâce et puissance… danse, cascade et arts martiaux tissés. Les acteurs chantent souvent, en entrée ou en fin des actions, comme des récitatifs… Le « clan » de chacun des combattants est marqué d’une couleur, bleu pour Rostam, plutôt à cour, mordoré pour Sohrâb, plutôt à jardin.
 
Un spectacle d’une grande économie de moyens et d’une grande puissance évocatrice ; simplicité biblique, si j’ose dire.

Moyenne des avis sur cet article :  3/5   (2 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès



Partenaires