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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Rudolf Hess a-t-il été assassiné ?

Rudolf Hess a-t-il été assassiné ?

Dans deux semaines, cela fera trente ans que Rudolf Hess, pendant un temps numéro trois du Troisième Reich et dauphin d'Hitler, fut retrouvé mort dans la prison de Spandau où il purgeait sa peine de réclusion à perpétuité. C'est en effet le 17 août 1987 que Rudolf Hess trouva la mort à 93 ans, dans des circonstances encore non-élucidées, après quarante-six ans passés en détention.

Fils de commerçant, né à Alexandrie, Rudolf Hess s'était engagé dans l'armée en 1914 où, plusieurs fois blessé et décoré de la Croix de Fer, il avait rencontré au printemps 1918 un caporal autrichien qui changerait son existence. Il devint vite son bras droit et l'aurait initié à la théorie de l'espace vital. Hess participa au putsch manqué de novembre 1923 et fut emprisonné avec Hitler qu'il aida à rédiger Mein Kampf, lui fournissant l'encre et le papier nécessaires.

En 1933, Hess fut officiellement nommé dauphin d'Hitler et troisième personnage du Reich, le second étant Göring. Les historiens modernes affirment qu'il aurait participé activement à la rédaction des lois de Nuremberg promulguées en 1935.

Toutefois, pour l'historien Joachim Fest, "Son rôle s'était limité à chaque année l’allocution de Noël, [recevoir] les délégations de l'Association des Allemands de l'étranger, [prendre] le café en compagnie de mères de famille nombreuses et assumer, outre quelques tâches charitables, le patronage de [certains] congrès de second ordre. De même avait-il le privilège d'annoncer de la tribune, lors des cérémonies solennelles, l'arrivée du Führer". En outre, il ne prend pas part aux querelles entre les différents dignitaires du Parti qui rivalisent pour être dans les bonnes grâces du Führer et lui imposer leurs vues.

Son rôle s'est davantage marginalisé dans les premières années de la Seconde Guerre mondiale lorsque la politique s'est focalisée sur les "stratèges" du Führer : Göring et Himmler…

Le 10 mai 1941, il s'envole secrètement vers la Grande-Bretagne où il est arrêté. Son souhait était de rencontrer le duc d'Hamilton qui est au service de lord Halifax opposant et possible successeur de Churchill. Son désir était d'entamer un processus de paix avec l'Empire Britannique qui laisserait, en échange de l'intégrité territoriale britannique, à l'Allemagne sa politique d'expansion vers l'Est. Selon l'historien Peter Padfield, Hess se serait envolé à la demande d'Hitler et aurait informé les Britanniques de l'entrée en guerre imminente de l'Allemagne contre l'URSS, une thèse confirmée par Otto Skorzeny dans ses mémoires.

Il ne rencontra ni le roi, ni Chruchill, ni Halifax. En guise de réception à Buckingham, c'est à la Tour de Londres qu'il fut enfermé. Peu d'informations filtrèrent alors à ce sujet dans la presse britannique. Pour l'historien Richard Evans, c'était un moyen de faire croire à l'URSS que les Britanniques négociaient avec l'Allemagne qui aurait alors la possibilité de concentrer toutes ses forces à l'Est. Il s'agissait d'inciter l'URSS à attaquer. Mais, le lancement de l'opération Barbarossa le 21 juin 1941 fit perdre tout intérêt au prisonnier Hess qui tomba dans l'oubli.

C'est donc dans une prison du Surrey que Hess passe le reste de la guerre, sous une surveillance étroite et entouré de médecins. Transféré en Allemagne en 1945, il y est jugé avec les autres hauts responsables du Reich pour crimes de guerre, crime contre l'humanité, crime contre la paix et complot. Il ne se reconnaît coupable d'aucun chef d'accusation, allant jusqu'à invoquer son vol en Écosse, effectué au péril de sa vie pour, dit-il, mettre fin à la guerre et au nombre croissant de morts. Seules les accusations de complot et de crime contre la paix sont finalement retenues contre lui. Il est condamné à la perpétuité incompressible.

On peut s'étonner d'une telle sévérité, dans la mesure où il ne fut impliqué d'aucune manière dans l'Holocauste, le système concentrationnaire où d'autres crimes nazis. En comparaison, Speer n'écopa que de vingt ans alors qu'il était ministre d'Hitler jusqu'à la fin de la guerre et qu'il était au moins au courant de ce qui s'y passait. Dönitz, jugé coupable de crimes de guerre, ne fut condamné qu'à dix ans.

Si la condamnation de Hess surprend nombre d'historiens, sa longue détention demeure tout aussi draconienne. Les quarante-deux que dura sa détention furent passés sous un régime strict dans une cellule de six mètres carrés.

Le "prisonnier n°7" n'avait droit qu'à une heure de promenade par jour. Il lui était interdit de parler ou d'écrire à la presse et d'évoquer les circonstances de son fameux vol devant qui que ce soit. Ses relations avec le monde extérieur se résumaient à une visite par mois d'une durée maximale de trente minute : seuls des membres de sa famille immédiate pouvaient le voir, en présence des quatre directeurs de la prison. Autre pratique étrange : si le prisonnier Hess avait droit de lire les journaux, tous les articles faisant référence au nazisme étaient minutieusement retirés des exemplaires qui lui étaient remis, afin qu'il ne fût pas tenté de considérer son idéologie comme ayant marqué l'histoire. Quant aux cahiers, il n'avait droit d'y écrire que des lettres et des notes. Ceux-ci étaient ensuite détruits par les geôliers pour éviter que Hesse ne rédige des mémoires. Homme de culture, il disposait également d'une bibliothèque. Hors de question cependant d'y introduire de la littérature nationaliste ou des livres d'histoire parlant d'Hitler et du nazisme…

La mort mystérieuse du "prisonnier n°7" est survenue alors que son éventuelle libération était de plus en plus discutée. Le président de la RFA avait lui-même demandé à ce que le détenu nonagénaire soit libéré. Le directeur états-unien de la prison avait quant à lui écrit à Gorbatchev pour demander la remise en liberté de ce vieux prisonnier dont le maintien en détention paraissait de plus en plus cruel. De plus en plus d'historiens et de juristes considéraient en effet que le "dossier Hess" avait été monté de toute pièce au procès de Nuremberg afin de faire taire quelque vérité gênante… Ce qui expliquerait sa condamnation infondée et les conditions drastiques de sa détention.

Le décès de Rudolf Hess fut présenté comme un suicide par les Alliés. Il se serait tué en se pendant à un fil électrique alors que le garde (censé ne pas le quitter des yeux) était parti téléphoner dans un bâtiment voisin. Inenvisageable pour ses aumôniers qui décrivent un vieillard profondément pieux et lucide, dépourvu de toute intention suicidaire. Chose confirmée par es nombreux médecins et psychologues qui ont eu à l'examiner. L'avocat de Hess, le docteur Seidl, affirme lui aussi que son client était trop fragile à cause de son arthrite pour parvenir à se pendre ainsi à un fil électrique suspendu sur une fenêtre et remet en cause les résultats de l'autopsie. Les partisans du suicide invoquent la note trouvée dans sa poche où il dit adieu à sa famille qu'il remercie. Celle-ci aurait toutefois été écrite en… 1969, à l'occasion d'une hospitalisation.

Son fils, Wolf, a défendu jusqu'au bout la thèse d'un assassinat par la CIA ou du SAS. On lui aurait servi un dernier repas moins austère que ce qu'il mangeait d'habitude. Après cela, une fois qu'il était dans la salle de lecture, le garde se serait volontairement absenté pour laisser aux meurtriers le temps d'opérer.

L'infirmier personnel de Hess, Abdallah Melaouhi, défend la même hypothèse dans son livre, J'ai vu ses meurtriers dans les yeux. Il a été renvoyé de son poste après la publication de celui-ci.

Le sujet reste toujours tabou en Grande-Bretagne : toutes les archives en rapport avec Hess ont été classifiées jusqu'à cette année. Nous n'en connaissons toujours pas le contenu exact. A la fin des années 90, lorsque l'académicien russe Kovalenko a publié un recueil d'archives sur Hitler – où Hess était largement évoqué – ce recueil a été interdit de publication en Grande-Bretagne.

Les différents éléments qui contredisent la version officielle semblent converger vers une même direction : quelqu'un se méfiait qu'une fois libre, Hess ne révèle au grand public quelques vérités embarrassantes sur l'Allemagne nazie et la Grande-Bretagne. Plusieurs articles de presse, en 2012 et 2013, ont relancé la thèse de l'assassinat.

L'histoire tumultueuse de Rudolf Hess ne s'arrête pas là. A sa mort, il fut enterré selon ses volontés à Wunsiedel, ville d'origine de son père. Afin d'éviter les pèlerinages néonazis qui s'y déroulaient chaque 17 août, la municipalité a pris la décision d'exhumer ses restes et de les incinérer pour les disperser en mer, en juillet 2011.


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18 réactions à cet article    


  • sylvie 5 août 10:44

    Tient ! ce vieux Rudolf, un ancien ami aujourd’hui décédé a fait partie des gardiens internationaux à Spandau, il racontait comment il avait appris l’Allemand avec lui et des longues nuits passées à jouer aux échecs avec lui. Merci de votre article


    • Nicolas Kirkitadze Nicolas Kirkitadze 6 août 01:08

      @sylvie
      Merci pour ce commentaire, Sylvie. Ravi que mon article vous ait plu.
      Cordialement
      Nicolas K.


    • bob14 bob14 5 août 11:23

      bof..un nazi reste un nazi...


      • bob14 bob14 5 août 13:33

        @bob14000oupsssssss...des « nazis » sur agora...


      • lisca lisca 5 août 11:33

        Encore une crapulerie du bombardeur Churchill.
        Ce héros a tenté d’arrêter la deuxième guerre mondiale, considérant la catastrophe humaine de la première. Il est allé proposer la paix, mais il avait oublié la fourberie anglaise ou pseudo-anglaise, incapable de l’imaginer qu’il était.
        Sa tombe a été ouverte récemment et son corps transféré on ne sait où pour empêcher les hommages des Allemands à cet homme exceptionnel.
        Il mérite le prix Nobel de la paix posthume.
        Un jour tout cela se saura, et justice lui sera rendue.
        Honte à ses geôliers. Merci à l’auteur de nous rappeler que la droiture existe, et aussi son contraire.


        • sls0 sls0 5 août 14:21

          Assassiner une personne de 93 ans est ce vraiment nécessaire ?

          On laisse faire la nature surtout qu’en 1987 l’espérance de vie était inférieure de 8 ans par rapport à aujouďhui.

          • armand 7 août 12:28

            @sls0
            oui, surtout qu’à la fin de la guerre on trucidait allégrement, en France il y a eu plus de victimes à la fin de la guerre que pendant.


          • Yvance77 Yvance77 5 août 15:23

            Mort à 93 ans ... lui a eu du bol, contrairement à celles et ceux qui très, yrop jeunes ont rejoint le firmament à cause de son idéologie.
            .
            Franchement, ce genre de billet je ne le comprends pas, qu’une ordure soit passés à trépas si tardivement in fine, ne devrait pas même valoir une ligne.

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