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« Saint Elvis » de Serge Valletti au Théâtre de l’Est Parisien

Le rideau de fer du TEP s’ouvre sur un capharnaüm d’objets hétéroclites jonchant le sol d’un garage, d’une chambre d’enfant qui n’aurait pas grandi ou la salle d’un hôpital psychiatrique.

Les murs sont tapissés de tags, de graffitis, d’affiches, de peintures d’Elvis Presley le représentant comme un saint auréolé, sorte de retable à l’effigie du King ; on est dans l’antre d’un fan, un lieu de culte, de vénération à la divinité, d’adulation à l’icône.

Un homme est à même le sol, allure dépressive, canette de coca à la main, blouson chamarré ouvert sur poitrail arborant une grosse chaîne et voilà donc cet inconnu idolâtre qui irait jusqu’à se prendre, lui-même, pour le chanteur légendaire, à moins que ce ne soit Elvis, en personne, qui s’incarnerait devant nos yeux.

Un être à terre qui, dans une subite prise de pouvoir par la parole, se mettrait à raconter des histoires en bondissant avec la souplesse du chat et qui, en des élancements et des courses zigzagantes, remplirait l’espace de mots débités à grande vitesse au sein d’un langage chaotique, incohérent et délirant, comme si, dans un brusque élan schizophrénique, l’envie d’accaparer le terrain signifiait qu’il voulait être le maître du monde à cet instant.

Cette exaltation volubile et cette fougue virevoltante s’appropriant la personnalité d’Elvis ou son image médiatique sous l’effet d’hallucinations incontrôlées, pourraient révéler le trouble profond d’une société mythomane aisément encline et prompte à s’emparer du rêve des autres.

Ainsi, d’une part idéalisé par Gladys (Claire Semet), sa mère hyper présente qui, de manière inconditionnelle prendrait son fils unique pour un mythe vivant, le protégerait en le maintenant dans un comportement infantile au prorata du moindre de ses caprices, et d’autre part manipulé par le colonel Parker (Anthony Poupard), son impresario qui, attiserait le delirium tremens en aliénant la star à ses chimères, Elvis ou son clone sombre définitivement dans un égarement psychopathe où la recrudescence de fantasmes grandiloquents le subliment paradoxalement en "martyr" couronné de lumière divine car, en comblant son public si heureux lorsqu’il chante, sa réincarnation sur scène est devenue incontournable.

La logorrhée jubilatoire et prolixe de Serge Valletti est servie avec brio par l’enthousiasme audacieux et l’engagement total d’Olivier Werner, comédien de la troupe permanente de la Comédie de Valence ainsi que le metteur en scène inspiré par cette création, vraiment très Rock & Roll.

Photo © David Anémian

SAINT ELVIS - ** Theothea.com - de Serge Valletti - mise en scène : Olivier Werner - avec Claire Semet, Olivier Werner & Anthony Poupard - Théâtre de l’est Parisien -


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