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Santé, le dernier tabou de la politique française ?

Chose rare, un ouvrage, coécrit par deux journalistes, Denis Demonpion et Laurent Léger, fait état des mutismes entourant la santé des élites françaises. En effet, Le dernier tabou, révélations sur la santé des présidents aborde sans détour un sujet longtemps oublié des grands débats publics. Et parvient habilement à le mettre en relief, tant historiquement que politiquement. Une réflexion ingénieuse sur certaines pratiques du pouvoir et sur l’usage trop fréquent du voile de la contre-vérité.

Entre les petits secrets de Polichinelle et les grands mensonges d’État, la santé des présidents et, plus généralement, des hommes politiques a toujours été entourée de mystère. À l’heure où la vie privée des gouvernants, jetée en pâture à une certaine presse, nourrit les mises en scène les plus outrancières, ces derniers continuent de cacher aux citoyens des informations fondamentales sur leur état médical. Un étonnant paradoxe, répondant à des enjeux de communication. En réalité, la santé de nos élus tend à se poser en tabou absolu et constitue, à bien des égards, un frein à la transparence revendiquée par les peuples. Car celui qui se présente aux suffrages doit se montrer infaillible, étranger à toute faiblesse. Une idée très répandue en France.

 Dans leur ouvrage, Denis Demonpion et Laurent Léger lèvent le voile sur les petits secrets des présidents français. Mais ils ne s’arrêtent pas là : ils mettent également en lumière des événements cachés et des procédures obscures. Des histoires largement ignorées, des usages méconnus. Nicolas Sarkozy, pourtant défenseur d’une totale transparence, et après avoir promis la vérité sur son état de santé, passe sous silence ses pépins physiques. François Mitterrand fait mieux : il cache aux Français le cancer qui le ronge et l’empêche de présider sereinement, diagnostiqué dès le début de son premier mandat. Quant à Jacques Chirac, il minimise l’importance de son accident vasculaire cérébral ; ses proches cherchent à masquer ses problèmes médicaux, n’hésitant jamais à prendre leurs distances avec la réalité. Enfin, Georges Pompidou fait passer sa leucémie pour une vulgaire grippe.

 Informant leurs lecteurs quant aux grands secrets d’État, traitant des dispositifs sanitaires en œuvre sous les différents présidents de la République ou témoignant des spécificités du Val-de-Grâce, un hôpital militaire français habitué à soigner les pointures politiques, les deux journalistes illustrent avec talent les enjeux inhérents aux questions sanitaires. Au fil des pages, on découvre que les médecins – civils, militaires ou traitants – se livrent à une bataille sans merci pour prendre en charge le président, que François Mitterrand publiait des bulletins de santé mensongers et adoptait des remèdes alternatifs farfelus ou encore que des chefs d’État étrangers, parfois d’implacables dictateurs, bénéficient de soins gratuits au Val-de-Grâce, entamant ainsi le modeste budget du Service de santé des armées et celui du Quai d’Orsay.

 En outre, les auteurs démontrent que la santé peut se mêler au jeu géopolitique. Et reviennent notamment sur les propos d’Hugo Chávez, imputant aux États-Unis la responsabilité des cancers touchant certains dirigeants d’Amérique latine. Ils évoquent aussi, avec justesse, les problèmes liés au pouvoir vacant, que la législation française ne prévoit pas – sauf en cas de décès. Une maladie grave, des troubles mentaux ou des défaillances physiques sévères pourraient entraver la bonne marche des affaires de l’État et bloquer les rouages de la République française. Alors, comment pallier les lacunes constitutionnelles ? Que prévoir pour remplacer le président déclinant ou inapte ? L’exemple d’Édouard Balladur est avancé par les deux journalistes. Officieusement président faisant fonction à deux reprises, il a tenu les rênes du pays sous Georges Pompidou et François Mitterrand, tous deux étant alors gravement malades. Un rôle que ne prévoyait pas le droit et qui, entre les mains d’une personnalité instable ou malintentionnée, pourrait s’avérer dangereux, voire franchement explosif.

 Au final, on retiendra de cet ouvrage la réflexion pertinente et documentée des deux auteurs, qui se prêtent habilement au jeu de l’analyse citoyenne. Un document éclairant, consacré à des questions passionnantes et qui a le mérite d’ouvrir le débat.


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1 réactions à cet article    


  • Abou Antoun Abou Antoun 21 mai 2012 10:48

    Le problème était clairement posé il y a déjà 34 ans par Rentchnik et Accoce :
    Ces malades qui nous gouvernent

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