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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Saya Zamuraï de Hitoshi Matsumoto

Saya Zamuraï de Hitoshi Matsumoto

Sorti en salles ce mercredi 2 mai, le très beau film de Hitoshi Matsumoto nous plonge au coeur d'une tragédie humaine visionnée sous un angle burlesque. Etonnant et poétique.

 

Faire rire semble être la grande obsession de Hitoshi Matsumoto malgré la mélancolie de son sujet, puisqu'il a contribué à de nombreuses émissions comiques populaires à la télévision japonaise. Ainsi met-il en scène dans son troisième film Saya Zarumai ses préoccupations émotives en lien avec son métier. Kanjuro Nomi, un samouraï ayant perdu l’envie de se battre à la suite de la mort de son épouse, est emprisonné pour avoir quitté ses fonctions sans la permission de son maître. Il aura trente jours pour parvenir à faire sourire le fils d'un seigneur muré dans le chagrin depuis la disparition de sa mère. S’il échoue, il devra s’enlever la vie, suivant le rite traditionnel du seppuku qui consiste à s'ouvrir le ventre avec son sabre. Accompagnée de ses deux gardiens de prison et de sa fille qui l’encourage à s’enlever la vie dignement plutôt que de perdre la face, la petite troupe élabore une suite de gags pour racheter la vie du samouraï déchu. Néanmoins le recours à l’humour n'est utilisé ici que comme le seul moyen de défense susceptible de s'opposer au désespoir du monde. Matsumoto fait alors bien plus que rendre hommage à sa profession : ces deux heures de film nous présentent sa vision obsessionnelle de l’art de la drôlerie confrontée à l'implacable cruauté qui se trouve au coeur de son sujet. 

Grâce à une imagerie d'une infinie précision, Saya Zamurai repousse les frontières du gag à répétition pour mieux construire son discours. Au lieu de s'enfoncer dans le ridicule ou le banal, le réalisateur montre à chacune des scènes sa capacité d'invention en retravaillant les mêmes plans, les mêmes grimaces, sous des angles différents. Par leur simple répétition, il développe son récit autour du changement d’angle de caméra et les trouvailles farfelues de ses personnages. Ces trouvailles s'enchaînent sans être répétitives car, à chaque plan, le spectateur est placé devant une situation différente et particulièrement angoissante. Il s’en dégage dès lors une compassion désintéressée qui procure à l'opus son caractère humain. Sans raison apparente, si ce n'est qu'ils sont touchés par la présence de l'enfant et le désarroi de leur prisonnier, les deux gardiens multiplient les idées afin d' aider cet homme pitoyable. Quant à la petite fille, délicieusement interprétée par Sea Kumeda, étonnante de présence et de sensibilité, elle sauvera l’honneur de son père en devenant maître de cérémonie à chaque nouveau spectacle. La fin, un peu longue, seule réserve que ce film m'inspire, n'est certes pas celle que l'on attendait mais elle prouve le souci d'honneur qui s'attache à tout japonais depuis la nuit des temps. Servi par une interprétation parfaite, des images d'une grande beauté et une poésie de chaque instant, ce film étonnant qui avait toutes les raisons de sombrer dans le pathos ou, pire, le trivial ou le grossier, est un conte merveilleux, original, déjouant toutes les facilités qui risquaient d'en ternir l'éclat. Un oeuvre qui montre un cinéma japonais en pleine renaissance. A l'honneur cette année à Deauville, Hitoshi Matsumoto nous révèle, avec ce long métrage magnifique déjà acclamé à Locarno en 2011, qu'il n'a pas fini de nous surprendre. Burlesque mais philosophique et métaphorique, il en dit long sur la tragédie humaine qui demeure notre quotidien.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

4-e-toiles

 


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6 réactions à cet article    


  • jack mandon jack mandon 2 mai 2012 13:47

    Bonjour Armelle,

    Baudelaire de suggérer,
     
    " Le poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
    Exilé sur le sol, au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêche de marcher.

    La poésie était sans doute la seule réponse au dilemme.


    • L'enfoiré L’enfoiré 2 mai 2012 15:34

      Faire rire...
      Bien plus difficile que de faire pleurer.
      Je me souviens d’un film dans lequel on voyait Charlie Chaplin qui s’empêchait de rire dans une sale en pleur de rires.
      Le sujet me rappelle aussi « La vita e bella » de Benigni.en 1997.


      • Surya Surya 2 mai 2012 16:13

        Je me souviens de cette scène de Chaplin, est ce que ce n’est pas dans un Roi à New York ? Je crois que c’est dans la scène située dans un cabaret où il est sorti (et où il tente de commander, en dépit du bruit, une soupe à la tortue) il s’empêche de rire malgré le sketch comique qui est joué sur scène parce qu’il s’est fait faire un lifting pour paraître plus jeune, et son chirurgien lui a recommandé de ne surtout pas éclater de rire, sinon tout va craquer. Ce qui finit évidemment par arriver... smiley 
        Merci Armelle de nous avoir signalé ce nouveau film japonais.  smiley


      • L'enfoiré L’enfoiré 2 mai 2012 18:10

        « dans un Roi à New York ? »
        Merci de ce rappel. Je n’ai pas retrouvé la scène, mais cela pourrait bien être cette scène décrite.
        Un film qui mériterait d’être revu aujourd’hui alors qu’il a été à la base de polémiques.


        • Ariane Walter Ariane Walter 2 mai 2012 19:08

          merci Armelle,

          J’adore le cinéma asiatique !
          J’y cours !


          • HerveM HerveM 3 mai 2012 11:33

            Et bien moi, j’habite une chouette petite ville du sud de la France. Et voyez vous, j’ai le choix entre attendre la sortie dvd de Saya Zamouraï ou me rendre dans un des deux méga cinémas du coin pour voir American Pie 4, Avenger 3D, titanic 3D ou marsupilami....

            Mais ne me plaigniez pas, la municipalité revendique 300 jours de soleil par an....

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