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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Sébastien Charbonnier, Deleuze pédagogue. Apprendre : oser surmonter la (...)

Sébastien Charbonnier, Deleuze pédagogue. Apprendre : oser surmonter la peur de passer pour un idiot ?

"Le doute hyperbolique de Descartes,

c’est du white spirite.
Chez Descartes, le doute est un infanticide…
On tue l’enfant en nous.
On efface tout… Pshitt… Tableau blanc ».
Sébastien Charbonnier.

 

« Le propre du savoir n’est ni de voir ni de démontrer, mais d’interpréter. »
Michel Foucault, Les mots et les choses,

Gallimard, Paris, p 55.

 

 

Comprendre... 

Explorer l'environnement fait partie d'un besoin qui nous saisit dès l'enfance. Il n’est qu’à observer le bambin qui part à la découverte de son petit monde pour s’en rendre compte. Ce dernier tâtonne, imite, invente, tombe fatalement mais toujours se relève, et, par succession d’essais-erreurs parvient à surmonter ses difficultés. Le très jeune enfant le fait d'abord d'instinct. Il n'est qu'à voir la joie, le sourire, le rire inimitable, incroyablement naturel et communicatif du nourrisson en train de grimper sur un coussin pour comprendre combien l'exploration est irréductiblement liée aux sentiments (1). Cet éclat, cette part infinie de bonheur saisit le bambin dès qu'il établit une relation entre son action (par exemple lorsqu'il lance un objet) et les répercussions que cela va produire sur son environnement. En résulte des tentatives sans fin... Parfois, aussi, des frustrations et des pleurs. Ça ne l'empêche pas de recommencer, encore et toujours. Il expérimente son lancer, évalue sa « force », l'amplitude de son geste, fait des analogies, analyse le résultat obtenu, cherche à améliorer le point d'impact de son projectile, change les paramètres de poussée, les degrés d'angle... Obtient des courbes en cloche, des paraboles. Perfectionne le tir... Il fait de la physique sans le savoir. Et il aime ça !

Cette singularité du plaisir de découvrir, d’apprendre, perdure chez certains (2).

 
Étienne Klein (3), professeur à l'école centrale, directeur de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA) a vécu cet état de grâce, cette passion, générés par l'attrait de la compréhension, cette jouissance immense de confronter sans cesse ses savoirs à ses observations, ses expérimentations. C'est « la joie singulière qui surgit dans un esprit lorsque enfin, lorsque soudain, il comprend ce qu'il cherchait à comprendre. Personnellement, je me souviens comme si c'était hier de mes premières joies intellectuelles, au collège puis au lycée : une démonstration mathématique qui devient soudain lumineuse ; un raisonnement abstrait, philosophique ou scientifique, qui fait mouche... Chaque fois, c'était une révélation, une jubilation. Comprendre, sentir la portée d'une idée ou d'un concept, percevoir sa beauté, découvrir la clé d'un raisonnement ou d'une découverte, cela vous déplace, vous transforme subitement en quelqu'un d'autre. Le réel soudain, vous répond. Se crée alors un contact qui procure qui procure une joie sans équivalent. » 

 

Pourtant, à l’école, apprendre rime peu souvent avec plaisir. 

 

 Un grand merci à Sébastien Charbonnier d'avoir accepté la mise en ligne de cet extrait.

(Le son a été révisé.) Merci également à Gilbet Glasman.

 

A l’école, le problème, c’est ce dont on veut (se) sortir.

Le problème - ce n'est pas comme Etienne Klein l'a exposé, une énigme, un défi à relever, une joie singulière et lumineuse - c’est ce qui pose problème, nous explique Sébastien Charbonnier. Il existe, en effet, un côté castrateur de l’histoire de la philosophie - comme il y a un côté castrateur à l’école.

Exemple typique :

On nous donne un problème. Dans ce contexte, le problème donné, c’est ce qui n'est "pas bon pour nous". On veut rompre avec le "non – savoir", l’incertain. La réponse obtenue est « correcte » ou « non correcte »... Au vrai, il faut bien déterminer des critères objectifs... C’est commode, certes. On suppose qu’à réduire à toute force les variations, on tombe effectivement dans un fonctionnement administratif, purement descriptif, éloigné des surprises – résistant aux innovations, voire – et c’est le plus étonnant – hostile aux envolées intellectuelles, aux interprétations inventives.

 

L’élève - tout comme l'enseignant - a peur de « se tromper », de passer pour un « idiot ». L’image dogmatique de la pensée - c’est-à-dire la fausse image que l’on s’en fait - revient à s’imaginer que l’important, c’est Le Savoir, lequel est fixe, objectif, « Vrai ».

Car, en matière d'enseignement – comme en certaines philosophies telle celle de Descartes - on ne veut que : « Du vrai . » – ce que l’on recherche équivaut à la « Belle Vérité Pleine et Parfaite » 

Dans ces conditions, poser une question est une forme de non savoir. La preuve d'un manque, d'une déficience. C’est la honte... « On ricane de la bêtise. » Cela s'exprime par des paroles d'élèves acides : "Hé, madame, tu n'es pas une vraie maîtresse, tu t'es trompée." Par des parents - très emportés - qui se perdent en soulignages de toutes sortes dans les cahiers. Par les enseignants pensant détenir la vérité.

Se tromper - scolairement - revient à perdre toute légitimité, constitue presque un crime. On tente donc d'y répondre radicalement en s'en excluant. 

Pourtant, la bêtise est le premier cheminement menant au savoir. Avant de savoir marcher, l'enfant tombe. De même, avant toute maîtrise d'une technique, d'un savoir, on essaye, on se trompe. Il ne devrait y avoir aucune honte à dire des bêtises. Pour Bachelard comme pour Deleuze, ce qui compte, c’est - bel et bien - le problème, la construction, l'échafaudage. Pour Deleuze - souligne Sébastien Charbonnier - un problème c’est bon, c’est joyeux.

 Le seul but est - ici - de : "Donner à penser". 

Partir de l'insignifiant, n'a donc rien de répréhensible. Etre capable d'absorber tous ces faits futiles, paraissant anecdotiques, accumuler des formes de savoirs baroques sont donc choses utiles selon Deleuze.

 Y aller... Ne pas avoir peur de dire des bêtises. 

 

  Développer le pluralisme des expériences. 

         Convoquer les confrontations avec autrui, ouvrir l'horizon des pensées.

    

              Et - de ces multiples perspectives - de ces infimes variations, faire surgir l'intéressant. 

 

 

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Conférence cité Philo du 19 / 11 / 11 intitulée : Deleuze Pédagogue.
(1) Le paramètre affectif est anormalement négligé à l'école.
( 2) Parfois, non, malheureusement.... Cf évaluation.
(3) Etienne Klein, Galilée et les indiens, café Voltaire Flammarion. P 48.
(4) Yves Citton l'énonce également « …nous ne pouvons attendre de disposer d’assez de connaissances pour nous lancer dans l’action. » P 64 .Yves Citton , L’avenir des humanités, économie de la connaissance ou culture de l’interprétation ? La découverte, Paris, 2010.

(5) Patrick Wotling dans l'excellente émission des Nouveaux Chemins de la connaissance, diffusée sur France Culture (Nietzsche - 2011.01.20 - Nietzsche, critique des philosophes et de la philosophie.) enfonce le clou.

 Patrick Wotling - NietzscheCouverture

Pour Nietzsche - Le philosophe, c’est l’esprit libre.

« Il reproche aux philosophes un manque de probité, un manque de droiture intellectuelle. »
« Se tromper tout en prétendant dire la vérité et qu’on est le seul à le dire. » - pour Nietzsche - est une « faute » impardonnable. A ses yeux « Ce sont tous des avocats sans le savoir… Des avocats de leurs préjugés qu’ils baptisent vérité. Ils sont très éloignés de ce courage. De la conscience qui s’avoue ce qu’il en est. Très éloignés de ce bon goût du courage qui donne à comprendre ce qu’il en est soit pour prévenir un ami ou un ennemi, soit par générosité et pour se moquer de soi. » La charge est vigoureuse, franche. Bref, Nietzsche ne les épargne pas.

Combien de gens éminents, interroge Nietzsche – par exemple des professeurs - donnent à leurs discours un ton objectif ? Une valeur d’objectivité scientifique ? 

 Naturellement - penser (dans le sens de décréter) détenir la Vérité - ça évite de (se) poser des questions - mais c'est également commettre une terrible imposture.

(6)

 Deleuze Pédagogue - Sébastien CharbonnierCouverture

 

 

Penser, c'est donc se tromper, dire des bêtises. Oser.

 « Les questions sont plus essentielles que les réponses » rappelle Carl Jaspers.

Mais reprenons le fil de la conférence....

Petites choses (utiles à rappeler selon Deleuze) pour penser : être bête et être un bon observateur

 « Se ressourcer en permanence à partir du concret et d’autres savoirs.

Tout part de la relation (L’individu est la résultante de cette relation). Plus il y a de rencontres, plus on va niveler « son niveau de croyance » plus on devient libre. 

 Ou, pour le dire autrement : plus on crée de perspectives, plus on multiplie les variations, de telle sorte - qu'à la longue - nous serons moins soumis aux clichés, aux lieux communs.

Leibniz fait l’éloge de la littérature. Il faut du matériau : tout ce qui donne des idées : conte, littérature, tout ça est bon à prendre. Ca me donne des idées, peu importe lesquelles et « j’en fais ma tambouille. » Des idées nouvelles vont jaillir.

Bouvard et Pécuchet de Flaubert, c'est le grand roman sur la bêtise. 

Deleuze applique cette "recette" dans "Mille plateaux", un ouvrage écrit avec Guattari.

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Comment devenir une machine désirante ?

interroge Gilles Deleuze – Une vie une œuvre, 01-05-11, France Culture. 

 

Yves Citton donne peut-être quelques pistes... Yves CittonCouverture

 

"Toute connaissance relève d’une interprétation dans la mesure où elle considère son objet à partir d’un certain point de vue relatif à une certaine pratique qui nous met au contact de cet objet." (4) P 35.

Il ajoute, page 52 combien : "L’interprétation consiste précisément en un échange de projections et d’impressions, en inter-prêt de sensations et de manipulations à travers lesquelles l’objet et le sujet s’actualisent réciproquement."

 Il résume : "l’émergence de nouveauté résulte simultanément d’un processus d’imitation puisant à une multitude de sources préexistantes et de l’intersection absolument singulière qui noue ces imitations hétérogènes autour de la personne unique de l’interprète. (gabriel tarde, La logique sociale (1893), Les empêcheurs de tourner en rond, Paris, 1999 et Maurizio Lazzarato, Puissances de l’invention) Dans la mesure où l’originalité n’est pas une donnée première – originelle - , mais se compose progressivement au fur et à mesure qu’on augmente le nombre et la variété des influences qui s’impriment en nous, plus j’imite (de modèles hétérogènes), plus je deviens original (puisque je suis alors le seul à imiter cet ensemble-là de modèles)". (4) Pp 106-107Est-ce qu’on est capable de construire ensemble quelque chose ? (c’est ça l’important).

 


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45 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 30 mars 14:00

    J’apporterai sans doute ma part au débat sous cet article intéressant. Mais avant, je tousse en lisant le nom d’Etienne Klein : lire ici la raison de mon malaise. Si cela se trouve, cet imposteur très médiatique a aussi copié-collé des articles de Bernard Dugué ! Allez donc savoir ! 


    • @Taverne

      Cher Monsieur Taverne,

      Vous pointez là des articles médiatiques. 

      Les choses sont rarement ce qu’elles semblent être. Connaissant Etienne, le sérieux de son travail, ses qualités en tant que personne humaine, permettez-moi de vous répondre.

       Etienne a effectivement été auditionné et s’est expliqué longuement de ces faits. Vous pourrez sans doute lire en ligne la teneur de son argumentation.

       Si vous vous avez la curiosité d’écouter ses conférences, vous apprécierez l’étendue de ses connaissances, vous mesurerez également combien ses compétences intellectuelles sont de haute voltige. Vous pourrez alors « juger » en toute connaissance d’images.


    • La mouche du coche La mouche du coche 30 mars 21:11

      @Virginie Le Chêne Parlant

      .
      A défaut de ses connaissances, il nous impressionne plutôt par la fréquence et l’agilité de ses doigts à faire des copier-coller. 
      .
      Accusé de plagiat, Étienne Klein reconnaît des « copier-coller »

      Il est répugnant de mentir et il est encore plus répugnant que vous le défendiez. Quand je pense que vous donnez dans votre article des conseils d’apprentissage pour les enfants, c’est juste hallucinant d’obscénité ! :-0 Vous n’avez pas honte ? Vous n’avez pas d’enfants qui vous liront sur internet ? Que direz vous à votre famille quand elle lira sur internet que vous appuyez un menteur ?



    • La mouche du coche La mouche du coche 30 mars 21:25

      Pour en venir maintenant au fond de l’article, l’auteure apporte sa pierre à l’effondrement de l’école contemporaine souhaité par l’ultra-libéralisme marchand en cherchant des méthodes nouvelles d’apprentissage. Or depuis les druides, depuis Cro-magnon les hommes savent enseigner et transmettre à leurs enfants. C’est seulement depuis aujourd’hui que cela ne fonctionne plus parce que l’on emploie des méthodes modernes débiles (pléonasme) au lieu de rester concentrer sur celles qui marchent depuis des millénaires.


    • @La mouche du coche Chère Mouche du coche, prenant des distances avec une certaine forme de pédagogisme, je ne puis qu’abonder. La chose est complexe. 

       « Les humanités, c’est lutter contre le règne du temps présent et de l’argent »

      Régis Debray. 

        « Placer l’amour de la science et le désir de connaître au sommet des valeurs qui fondent l’humanité. »

      Jean-Pierre Dupuy

      « Il y a du beau partout, même là où on ne regarde pas, c’est la vraie païdeia , la vraie éducation »  Lucien Jerphagnon

      [1] Jean-Pierre Dupuy, La marque du sacré P 76.

      [2] Les nouveaux chemins de la connaissance, émission de Raphael Ethoven 15.07.2009, France culture - Lucien Jerphagnon 3/5 : Plotin


    • @La mouche du coche

      Chère mouche du coche, naturellement, le papier-coller est une pratique que l’on ne peut cautionner.

      Etienne Klein sait rendre la science accessible et n’est pas l’homme que vous croyez. Toutes ses conférences sont prises sans note. Etre doté d’une mémoire exceptionnelle n’est pas toujours une chance.
      http://lecheneparlant.blogspot.fr/2016/01/quel-est-le-vrai-reel-rencontre-avec.html&nbsp ;

      Je vais vous raconter une anecdote dévoilée par Hubert Reeves : 

      P 126 : "La cryptomnèsie.  (mémoire cachée). Et puis, il y a cet autre phénomène, moins répréhensible, mais parfois tout aussi problématique : la cryptomnésie (mémoire cachée). En principe, voilà comment ça se passe.  Quelqu’un énonce devant vous une idée nouvelle. Vous l’écoutez puis vous l’oubliez. Plus tard, au cours d’un travail ou d’une réflexion, elle vous revient à l’esprit. Mais, isolée de son contexte, vous avec l’impression de l’avoir découverte et … vous la publiez sous votre nom.  C’est ainsi qu’un jour, lors d’un congrès, un astrophysicien m’aborde, très en colère : « Vous avez plagié mon article sur les neutrinos solaires », me dit-il. Très étonné, je lui demande la date de parution de son papier. Je la note soigneusement en vue d’élucider ce mystère. De retour chez moi, je retrouve l’un de mes écrits qui portait sur le même sujet et dans lequel j’avais déjà formulé l’hypothèse qu’il avait lui-même développée. Je l’avais publié plusieurs mois avant le sien ! Désireux de ne pas rester sur ce litige, je le lui envoie aussitôt. Beau joueur, il m’a contacté dès qu’il le reçut, reconnaissant avoir lu mon article mais ne pas s’en être souvenu en rédigeant le sien. " Hubert Reeves, Je n’aurai pas le temps, Seuil 

      Encore une fois, les choses sont souvent complexes.

      Essayer de comprendre, reconnaître les qualités, ne sont-ce pas là les bases de la connaissance ? 


    • chantecler chantecler 31 mars 21:06

      @Virginie Le Chêne Parlant
      J’ai découvert Etienne Klein il y a deux ans environ .
      Ses livres, ses articles , ses conférences et ses entretiens sur F. Culture que l’on retrouve dans un de ses livres qui sont par ailleurs très abordables .
      Passionnants .
      https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Klein
      https://www.google.fr/search?q=Etienne+Klein&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b&gfe_rd=cr&ei=S6jeWNuUMo7BXs-ZpZAO#q=%C3%A9tienne+klein+livres&*
      Très ouvert en plus de ses connaissances en maths et en astrophysique .
      Et si défauts il a , il est possible de les mettre sur le compte de son âge .


    • La mouche du coche La mouche du coche 1er avril 12:46

      @chantecler
      Ah bon ? A partir de quel age a-t-on le droit de devenir un menteur ?


    • @La mouche du coche

      Cher Mouche du coche, 
      Les plagiaires et menteurs professionnels transforment les phrases et - tels des Shadoks assoiffés de la pensée des autres - en font leur élixir.
      Etienne Klein a oublié des guillemets et s’en est excusé.
      Aussi le trop plein de travail, le fait de trop en faire, prennent-ils, ici, un sens.

    • La mouche du coche La mouche du coche 14 avril 20:25

      @Virginie Le Chêne Parlant

      Cessez de soutenir les faussaires. On ne vit pas bien dans le mensonge. Allez vers la vérité. Elle est plus ardue mais elle vous récompensera au centuple. Courage.

    • La mouche du coche La mouche du coche 14 avril 20:31

      @Virginie Le Chêne Parlant

      .
      Le mensonge est comme un chêne parlant. On ne voit que lui. On n’entend que lui. Il est beau et séduisant comme le Diable l’est. Mais il sera détruit par une bourrasque quand le roseau de la vérité, plus laid, plus silencieux, plus fragile apparemment, résistera mieux au temps. 

    • Virginie Le Chêne Parlant Virginie Le Chêne Parlant 15 avril 09:34

      @La mouche du coche

      Cher mouche du Coche,

      Le chêne a 48 ans. 4 ans se sont écoulés avant d’oser changer ma précieuse feuille d’érable en portrait. Non par fierté personnelle mais parce qu’on me l’a demandé et aimant moi-même visualiser les personnes écrivant sur internet, il a fallu prendre sur soi pour ce faire. Mais « l’impression de jeunesse » n’a qu’un temps. Nous somme en CDVL, contrat à durée de vie limitée. Le Chêne n’a aucune prétention autre que le partage.
      Tout est gratuit, non rémunéré...
      Depuis l’âge de 7 ans, j’ai le sentiment d’une inadaptation au monde. La seule contribution possible est d’apporter un peu d’esprit critique, un chouïa de poésie, une brassée d’empathie, un torrent de réflexions...
      Traînant mes savates dans nombre de conférences. Primo, je mets en ligne - et diffuse donc - mon travail personnel. Secundo, le fait de voir médiatiser toujours les mêmes,observer des auditoriums à moitié vides alors qu’il existe tant de talents méconnus m’agace un peu... Résidu d’une humanité sous pensées respiratoires, faut croire...  
      Le reste... Nous ne sommes que de passage. 

    • JC_Lavau JC_Lavau 30 mars 14:18

      Pourquoi faire clair quand on peut faire obscur, et débranché de toutes réalités ?

      Prétendre faire de la pédagogie SANS EXPERIMENTATIONS...

      • @JC_Lavau

        Cher JC Lavau, que voulez-vous dire ? Cela semble très concret, au contraire.

      • JC_Lavau JC_Lavau 30 mars 19:31

        @Virginie Le Chêne Parlant. J’encourage l’auteur à aller enseigner l’arithmétique et des premiers rudiments de sciences, à des classes primaires. Puis à mesurer les résultats. C’est du reste cette dernière tâche qui est la plus difficile et qui demande le plus de professionnalisme.

        Alors là, pas sûr que les zhumanités dont on se gargarise en classes de philo, soient de quelque secours. On va dire ça comme ça, pour rester polis.

      • @JC_Lavau
        Etant maître formatrice et enseignante en CE2, Sébastien Charbonnier n’est pas le penseur le moins concret, croyez-moi. 


        Partir de ce qui nous semble « idiot » est au contraire très parlant. 
        C’est même la base de tout enseignant du primaire. 
        Les élèves sont très logiques. Ils répondent, par exemple, en fonction des cours précédents. Ce que nous pourrions prendre pour de « la bêtise » - c’est-à-dire la réponse inadéquate ou à côté de la plaque - est - à l’inverse - une construction intellectuelle compréhensible : un réemploi de ce qui a été vu. 

      • JC_Lavau JC_Lavau 31 mars 21:46

        @Virginie Le Chêne Parlant. Autothéorie...

        La discipline de confrontation à des expériences bien concrètes, ne serait-ce que pour chaque définition, a été omise.
        Sinon les énoncés reposent sur des énoncés qui reposent sur des énoncés...

      • @JC_Lavau

        Cher JC Lavau, vous n’avez pas tort. Néanmoins, cela peut être transposé concrètement. Par exemple – au regard de la bêtise… L’attitude la plus fréquente lorsqu’on lit un commentaire quelque peu piquant est d’y réagir vivement soit par une forme de dénégation, soit par de la colère. L’autre solution est « d’entendre » ce que l’autre a à dire. En cela, votre contradiction est formatrice.

        En effet, vous avez raison, l’article est décalé au regard de l’extrait vidéo proposé. La chose peut dérouter ou irriter. Malheureusement, la conférence n’est plus écoutable en ligne en son entier.

        J’ai bien sûr lu le livre de Sébastien Charbonnier. Un extrait serait-il profitable ?

         

        Celui-ci  ? Comment générer ou du moins favoriser la fécondité de la pensée ?… La bêtise peut y contribuer…

        P 154-155 : "La philosophie répète-t-il, est une affaire de création de concepts. … Deleuze se souvient de ce mot de Nietzsche : « La vérité n’est pas quelque chose qui serait à trouver et à découvrir – mais quelque chose à créer. » Nietzsche F. Fragments posthumes [1887], Œuvres complètes, t.XIII, 9, §9.

        Le lien avec l’art est donc éminent puisque la réussite de la pensée s’indexe sur le procédé des arts, à savoir la création. Déjà, la philosophie doit s’instruire des arts pour se délivrer d’une image abstraite de la pensée et réussir à déterminer concrètement la pensée comme création. La modalité artistique de la philosophie est clairement assumée par Deleuze : « Dire « la vérité est une création » implique que la production de vérité passe par une série d’opérations qui consistent à travailler une matière. » (P, 172) Il s’écarte donc des images traditionnelles de la philosophie : celle-ci n’est ni contemplative – visée d’une essence éternelle -, ni réflexive – seconde
        - , ni périmée – mort de la métaphysique
        - , ni communicationnelle – forum des opinions -, elle est critique et active, c’est-à-dire affirmative.

         Or, la créativité, en aval, a pour corrélat la fécondité, en amont. Deleuze est donc un pragmatiste pur : une idée n’a d’intérêt et même de sens qu’en fonction de ses effets productifs sur la pensée. On peut donc affirmer qu’un cours de philosophie n’aura d’intérêt et de sens qu’en fonction des effets qu’il produira dans la pensée des élèves. Il s’agit de produire de la nouveauté dans l’esprit des élèves. Le lien du problème de la nouveauté avec celui de la créativité est intime depuis Leibniz et Whitehead (pli, 107-108) Sur ce point, il convient de lever immédiatement une objection : il ne s’agit nullement de demander aux élèves de créer des concepts, c’est-à-dire leur demander de faire aussi bien que Platon, Spinoza ou Leibniz. Créer les conditions effectives d’une nouveauté chez l’élève peut passer par une répétition. Les analyses de Différences et répétition nous assurent ceci : l’effort de répéter, pour soi, les idées et les problématisations des grands philosophes, ne peut que produire un acte de pensée nouveau. Explicitons ce point, car il est primordial pour ne pas faire de Deleuze l’apôtre d’une conception élitiste car artistique de la philosophie – dont l’élève « standard » serait d’emblée exclu."

        Deleuze pédagogue – Sébastien Charbonnier – La fonction transcendantale de l’apprentissage et du problème – L’Harmattan.


      • Taverne Taverne 30 mars 15:14

        C’est très dense, je vais donc commenter par petits bouts.

        Je vais d’abord rebondir sur ce que dit Nietzsche, certains utilisent ce que l’on appelle des arguments d’autorité.

        Mais, j’ajouterai que la vraie question n’est pas de savoir ce qu’est la vérité, car on part alors du mauvais pied en cherchant à donner une définition à la vérité. La question n’est pas davantage de chercher à savoir où se trouve la vérité, car c’est une opération très difficile, Descartes a montré les limites de l’exercice.

        La seule question utile est « où la vérité n’est-elle pas ? »

        La vérité n’est pas dans le langage car ce dernier est le plus souvent employé comme moyen de domination et d’influence alors qu’il devrait être avant tout un outil d’expression et de véritable échange. Preuve que le langage est une arme du pouvoir, c’est que mieux on le maîtrise et plus on s’élève dans l’échelle sociale. L’autre preuve, c’est la politique où le langage peut tout, ou presque. Le langage est le plus souvent déshabité : le locuteur propage des préjugés et des opinions qui l’arrangent plutôt que des idées personnelles ayant fait l’objet d’un examen profond et honnête.

        — Solution possible : « qui dit quoi, dans quel but et intérêt ? » et ne pas faire de sa parole un moyen d’asservissement de l’Autre à sa façon de penser. Privilégier l’échange à la volonté d’avoir raison.

        La vérité n’est pas dans les images. Nous sommes trop manipulés par les images que, par paresse ou manque de temps, nous acceptons comme la vérité. Une image truquée, une métaphore méchante et insidieuse, mais qui trouve un écho favorable dans l’inconscient des cerveaux pressés, auront plus d’effet qu’un fait démontré.

        — Solution possible : se déconnecter des images, ralentir le temps et penser honnêtement, en soi-même.

        La vérité n’est pas dans les récits. Et l’on revient ici au langage parce que toute mise en mots se traduit ipso facto en récits. On ne donne du sens aux faits qu’en élaborant un récit, lequel fonde la croyance en une opinion. Autant d’opinions que d’observateurs, c’est ce qu’il ressort d’une petite expérience facile au cours de laquelle on demande à dix personnes de regarder un dessin puis de donner son interprétation du dessin (je l’ai expérimenté lors d’un stage, c’est sidérant la palette des opinions divergentes qui en ressort !).

        — Solution possible : aller aux faits et aux sources, suspendre ses passions.


        • @Taverne

          Cher ami de la culture,

          L’important n’est-il point - vous avez raison, en effet - de s’interroger ? De douter ? De scruter toute forme, tout lieu, tout fait pouvant donner à penser ? 
          La vérité existe-t-elle ou est-elle à durée limitée, une condamnée en sursis ? L’astrophysicien Hubert Reeves pencherait de ce côté de la science.
          Mais attention, cela ne signifie pas que « tout se vaut ». 

        • Taverne Taverne 31 mars 10:56

          @Virginie Le Chêne Parlant

          « On nous donne un problème. L’élève - tout comme l’enseignant - a peur de « se tromper », de passer pour un « idiot ». »

          — > Quand l’enseignant donne un énoncé, il se pose en autorité détentrice de l’énoncé. Le simple fait d’être maître de l’énoncé du problème confère au maître un rôle supérieur intimidant.

          (...« on ne veut que : « Du vrai . »).

          — > Le vrai et la vérité ne sont pas deux choses identiques. La réponse exacte à une question énoncée ne se confond pas avec la vérité, celle-ci existe surtout dans l’expression de l’élève. D’ailleurs, c’est dans l’expression que l’être exprime la vérité.

          Dans la vie réelle, il existe rarement des problèmes dont les énoncés sont déjà posés. Heureusement, car sinon nous serions dans un système d’obéissance totale à une Autorité qui se chargerait à notre place de mâcher les difficultés (le bonheur parfait). Il ne serait exigé de nous que des réponses à des questions toutes prêtes (préparées par l’Autorité) et nulle expression de vérité, nulle autonomie, nulle invention, n’émergerait.

          Comme les énoncés n’existent pas tout prêts à l’état de nature, il nous appartient de savoir nous poser les bonnes questions, dont celle que j’ai dite : »où la vérité ne se trouve-t-elle pas ?« En effet, puisque aucune vérité n’existe dans un un état pur ou à l’état simple (1), il nous faut dépouiller les choses : méthode cartésienne (revenir au simple pour aller progressivement vers le complexe), réduction phénoménologique de Husserl, rasoir d’Ockham, etc. Les philosophes ont trouvé diverses méthodes.

          (1) J’aime bien citer le théâtre à l’appui de la philo : »La vérité est rarement pure et jamais simple. Sinon la vie moderne serait profondément ennuyeuse et la littérature moderne tout à fait impossible" (Algernon dans L’importance d’être constant (1895) d’Oscar Wilde).


        • Taverne Taverne 31 mars 11:07

          Pour les non initiés, je précise ce qu’est la réduction phénoménologique de Husserl : c’est :

          1 - La « variation eidétique » (de eidos, du grec qui signifie essence) : concept forgé par Husserl qui consiste à aller vers une complétude progressive, en variant les angles d’approche - les perspectives - (mémoire, imagination, etc.). Mais ce n’est pas tout-à-fait la même chose que la méthode de Deleuze évoquée dans cet article, Deleuze prône en gros l’épuisement de l’expression de l’être dans la relation, la maximisation de ses expressions, l’expression étant le magma et le puits de la vérité de chacun, du moins selon ce que j’ai compris.

          2 - L’épochè (du mot grec époché voulant dire « abstention »). Il s’agit d’un retour au scepticisme antique qui consiste à « mettre entre parenthèses » tout acquis préalable (jugement, opinion, croyance, hypothèse, etc.) ou, mieux encore, tout ce qui ne se donne pas dans l’expérience. J’ai évoqué cette méthode dans mon premier commentaire : suspendre ses passions et ses émotions, écarter les idées toutes faites non validée par la raison (ou l’intuition profonde, pour faire plaisir à Deleuze !).


        • @Taverne

          Etant soumise aux aléas du temps, permettez-moi de vous répondre dimanche.

        • @Taverne
          Cher Taverne, Sébastien Charbonnier précise ceci :

          P 31 :" Le problème [ce qu’il faut combattre] pour Deleuze n’est pas le faux, mais l’inintéressant, l’abstrait, le lointain, le déjà-dit-déjà-lu-mille-fois. Les nouveaux critères axiologiques qui distinguent la réussite de la pensée sont l’Intéressant, le Nouveau, le Fécond. Attention au contresens toutefois : il n’y a aucune place pour le caprice dans cette détermination par l’intérêt. L’intéressant n’est pas un choix personnel, c’est une capture du dehors, une « rencontre fortuite » qui nous plonge dans une confusion et nous force à douter."

          Deleuze pédagogue – Sébastien Charbonnier – La fonction transcendantale de l’apprentissage et du problème – L’Harmattan.


        • @Taverne
          Merci de vos précieux éclairages, Cher Taverne.


          Bon week-end à vous.

        • Sozenz 30 mars 19:21

          Un thème’ important , essentiel même et traité comme je les aime ; ENFINNNNNNNNNN
          Un grand merci à Vous ^^
          J’espere que Rosemar passera par là !!


          • rogal 30 mars 22:00

            "Le doute hyperbolique de Descartes, c’est du white spirite.
            Chez Descartes, le doute est un infanticide…

            On tue l’enfant en nous.
            On efface tout… Pshitt… Tableau blanc ».

            Je ne reconnais pas du tout là la problématique cartésienne. Curieux pour un professeur qui propose de centrer l’enseignement de la philosophie sur les problèmes qui turlupinent les penseurs. Confusion entre métaphysique et psychologie ?


            • JC_Lavau JC_Lavau 30 mars 23:48

              @rogal. Il y avait pourtant une bonne idée au passage : l’enseignement des sciences (qui est ma partie, mais pas la sienne) néglige bien trop l’histoire des questions, pour se contenter de coqueriquer l’histoire des réponses. La presse de vulgarisation fait encore pire : oeuvre de griots.


              Puis l’auteure a été happée par ses propres autothéories, sans le moindre recul, sans la moindre réflexivité. Quel article raté !

            • Taverne Taverne 31 mars 10:40

              @rogal

              Cette idée que Descartes est un tueur d’enfant demanderait à être mieux explicitée.


            • rogal 31 mars 11:45

              @Taverne
              Par le doute hyperbolique, Descartes veut tuer les « préjugés » de l’enfance, obstacles à la vérité métaphysique qu’il cherche. En dehors de ça,« tuer l’enfant » relèverait de la psychologie. Donc contre-sens par hors-sujet.


            • rogal 31 mars 11:46

              Qu’en pense l’autrice ?


            • Taverne Taverne 31 mars 11:51

              @rogal
              Descartes voulait tuer les préjugés de l’éducation de l’enfance, pas l’enfant !
              Que veut dire ce Charbonnier ?


            • Taverne Taverne 31 mars 13:56

              @rogal

              « L’auteure », svp, si vous souhaitez qu’elle vous réponde. smiley


            • @JC_Lavau, Cher ami de la culture,

              Aucuns de mes articles ne sont des paraphrases de ce qui est dit. Une sorte de copié-collé d’une parole déjà écoutée. Le but est effectivement d’apporter un autre point de vue. Un certain angle. « Un pas de côté » dirait Sandrine Trainer.

              http://lecheneparlant.blogspot.fr/2017/02/anne-boissiere-lart-du-sentir.html


            • @Taverne
              Cher Taverne,

              Il s’agit bien de l’enfant qui est en nous. Soit un état singulier propre à l’enfance. 
              Nombre d’adultes l’ont effectivement oublié ou gommé.

            • Le Gaïagénaire 5 juin 03:29

              @Virginie Le Chêne Parlant
              Chère Virginie,
              Pour rebondir sur l’enfant en nous, voici une démonstration d’une sorte de meurtre :



              Quand donc les pédagogues feront-ils pressions pour que ces meurtres en série cessent ?

              Cordialement

            • poussière 31 mars 11:57

              Bonjour,vous dites : « Pourtant, la bêtise est le premier cheminement menant au savoir. Avant de savoir marcher, l’enfant tombe... »


              Ne faut-il pas plutôt parler d’échec ? C’est le grand enseignement de la pratique de l’escalade : Il faut savoir chuter et appréhender la chute comme un facteur de progression dans la difficulté. Tu sais que l’autre, celui qui tient ton fil de vie, est là pour stopper ta chute, porter un regard constructif et t’encourager à y revenir. Un des gros problèmes de l’éducation est qu’elle n’apprend plus à apprendre. De surcroit, l’échec est un critère d’élimination.

              Par ailleurs face à toute difficulté nouvelle, apparemment insurmontable, chacun en fonction de sa morphologie et de son sens de l’observation, de ses moyens trouvera la technique, ou plutôt les techniques adéquates. Il n’y a pas une vérité mais un chemin de vérités. Le regard de l’autre est essentiel, écouter ses croyances, les confronter à l’expérience permet de modifier les siennes : La synergie créative.
              Nier le regard de l’autre c’est s’enfermer dans ses certitudes, dans un schéma qui vous empêche d’évoluer. C’est ce qu’organise pour les masses le prédicat devenu la norme d’internet. 

              Les vérités n’ont rien d’absolu, elles ont été mais restent un champ des possibles ! Ce qui était valable à un instant T ne le sera peut-être pas à l’instant T+1 : Je comprendrais cela en élargissant ma connaissance du terrain aux connaissances climatiques : Une voie est réalisable à 05h00 du matin parce que le gel tient la roche mais à 10h00 il devient suicidaire de la tenter ! Tu sais q’un passage délicat sur une dalle, où ton équilibre repose sur 2 doigts, devient impossible si celle-ci est mouillée ! Et puis reste l’aléa, l’effet papillon, imperceptible à notre compréhension, mais on sait qu’il existe ! Bien sûr, je progresse en construisant des repères solides mais parce que je suis humble je sais douter de ces repères pour les modifier. Nulle bêtise en cela !


              Ni philosophe, ni scientifique, je conçois les limites de ma métaphore. 






              • JC_Lavau JC_Lavau 31 mars 12:04

                Exigez des épreuves de réalité expérimentales !

                Curieux :

                -  Comme cela vous n’avez que des vérifications indirectes ?

                Professeur Castel-Tenant :

                -  Indirectes, on n’a pas d’autre voie.

                Curieux :

                -  C’est très embêtant ! Je ne peux plus du tout me servir de mes sens ni de ma proprioception musculaire en microphysique, alors que je peux encore le faire en mécanique macroscopique...

                Z’Yeux Ouverts :
                - Et encore ! À condition toutefois que la mathématisation ne soit ni idiote ni déceptive. Ce qui hélas n’est pas toujours le cas. Votre proprioception est bafouée par un enseignement du genre « Alors on a un vecteur vitesse angulaire qui monte le long de l’axe ». Ça n’aide pas, ces traditions injustifiables, qui sont serinées de génération en génération… C’est l’un des cas d’abus les plus violents, où les règles de la désensorialisation honnête et scientifiquement validée sont ouvertement violées, là où justement il n’y avait surtout pas à désensorialiser les outils mathématiques de la mécanique et de l’électromagnétisme à l’encontre de toute réalité.

                Curieux :

                -  Alors comment faire pour vérifier que vous ne me racontez pas des Just so stories (des histoires comme ça), à la manière des fraudes de Sigmund Freud, et de son église ? Les antécédents n’incitent pas à la confiance aveugle.

                Z’Yeux Ouverts :
                - Exigez des épreuves de réalité expérimentale.

                Déjà la mécanique rationnelle est déniée sans hésitation ni réflexion par la majorité des gens, étu­diants inclus, dès qu’ils ne reconnaissent plus une situation scolaire ; cela fait partie de la guerre civile contre les instruits. En annexe G, on vous donne de nombreuses situations que vous pouvez vérifier dans le cadre de vie commun. Mais en microphysique, pas de pitié : nous ne sommes plus du tout dans notre domaine sensoriel familier, et il a fallu construire des outils largement désenso­rialisés. Voici plusieurs des grandeurs de la microphysique qui ont un correspondant dans notre monde macroscopique familier : les masses, les quantités de mouvement, les énergies, les moments angulaires, les potentiels, les champs, les charges électriques et les moments magnétiques sont bien de même nature que dans notre monde macroscopique familier.

                L’unique solution pour vous grand public, est d’exiger des épreuves de réalité expérimentale. Hélas, la coutume des revues de vulgarisation n’est pas à la hauteur de leurs devoirs : ces griots1 privilégient la théâtralisation « Machin l’emporte contre Chose ! Jurons fidélité au brave général Tapioca2, maître de la situation ! », et multiplient les interprétations fantastiques-qui-plaisent-aux-gogos. Exemple : ils vous répètent avec aplomb que le célèbre chat de Schrödinger « est dans un état superposé, ni mort ni vivant  », tout en demeurant incapables – et pour cause – d’en fournir une preuve expérimentale. Ils demeurent sous intoxication par les contes de fées hégémoniques.

                Problème supplémentaire : personne ne sait vous mettre devant une expérience qui vous démontre concrètement « L’action maupertuisienne, ou hamiltonienne, c’est ça ». Alors qu’on y arrive pour le moment angulaire, et que faire le lien entre les deux est plus délicat qu’on ne le fait croire.

                1 Griot : chantre ou récitant africain, payé pour chanter les louanges et la prestigieuse généalogie du puissant chef du jour.

                2 Général Tapioca, général Alcazar : Cf.L’oreille cassée, par Hergé.

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