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Shohei Imamura fait ses adieux au 7e art

Le réalisateur et producteur japonais Shohei Imamura, qui avait remporté dans sa carrière deux Palmes d’or, s’est éteint mardi à l’âge de 79 ans, des suites d’un cancer du foie. Le président du Festival de Cannes, Gilles Jacob, a salué « avec respect la mémoire de Shohei Imamura, grand maître du cinéma mondial et ami ». Alors ne l’oublions pas dans ces pages...

Shohei Imamura a marqué de ses insignes le cinéma japonais. D’abord, parce qu’au décès du légendaire et grandiose Akira Kurosawa, le Japon se retrouvait orphelin, sans digne représentant et ambassadeur du cinéma nippon. Ensuite, parce qu’Imamura était, au même titre que Nagisa Oshima (L’Empire des sens, 1976) ou Masahiro Shinoda (Fleur pâle, 1963), l’un des pionniers de la Nouvelle vague japonaise des années 1960. Et finalement, parce qu’il était le seul et unique réalisateur à avoir conquis le jury du Festival de Cannes par deux fois, en repartant avec la Palme d’or de 1983 pour La ballade de Narayama, (adapté d’une nouvelle de Schichirô Fukasawa), et celle de 1997 pour L’anguille (d’après la nouvelle d’Akira Yoshimura Scintiller dans les ténèbres).

A peine âgé de 24 ans, il fait ses débuts au célèbre studio Shochiku en 1950, comme assistant-réalisateur de Yasujiro Ozu (Voyage à Tokyo, 1953) et signe son premier film Désir volé en 1958. Mais ne voulant pas être emprisonné par le carcan estampé « réalisateur formaté de films de commande », il décide de s’écarter des maîtres classiques et de se diriger vers le cinéma d’auteur. Il fonde, en 1965, sa propre maison, Imamura Production. Il ira encore plus loin en créant, neuf ans plus tard, une école de cinéma, qui deviendra, en 1986, l’Académie japonaise des arts visuels.

Réalisateur confirmé mais d’une irrégularité provocante, le maître japonais a signé plus d’une vingtaine de films et documentaires et s’est fait connaître grâce à La Femme insecte (1963), Le pornographe (1965), Eijanaika (1981), ou encore Le Seigneur des bordels (1987). Ces longs-métrages ont contribué à classer Imamura dans la catégorie poids lourds du cinéma nippon. Or son œuvre n’a pas toujours flatté le grand public. La profession lui a d’ailleurs bien fait mordre la poussière, après l’échec financier de Pluie noire (1989). Durant huit années, Imamura n’a plus osé toucher une caméra. Et il aura fallu attendre 1997 pour qu’il fasse son grand retour, sur le tapis rouge cannois, avec L’anguille. Son grand œuvre s’est achevé en 2002, année où il tourne l’un des segments qui composent l’œuvre collective 11’09’01 September 11 une réflexion personnelle sur les attentats du 11 septembre à New York, aux côtés de Ken Loach et de Sean Penn entre autres.

Si Shohei Imamura fut considéré comme un critique social rebelle, qui aborde dans ses films des thèmes dérangeants, tels que la mort, la liberté sexuelle, la jouissance physique, l’anti-américanisme, la perversité, la pauvreté, la prostitution ; il n’en était pas moins un observateur minutieux, chez qui putes, taulards, clodos, et paumés avaient le droit de représentation au cinéma. Il le clamait haut et fort : il ne se souciait jamais des tabous qui gangrenaient la société ni de ces maux qui frappaient le Japon d’après-guerre. Ses films étaient une façon de rappeler à la société nippone de ne pas oublier ses laissés-pour-compte. Le maître, bien que dépeignant un Japon à la dérive à travers sa propre histoire, n’en perdait pas pour autant son humour. "L’important, c’est de bander", est la phrase que nous retiendrons d’un des personnages du film De l’eau tiède sous un pont rouge (1997)...


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1 réactions à cet article    


  • MiSsu (---.---.55.83) 5 juin 2006 22:28

    Très bel article. Mes hommages à ce grand réalisateur...

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