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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Si j’aurais su, j’aurais fait bourgeois...

Si j’aurais su, j’aurais fait bourgeois...

Au détour d’une ruelle de Montmartre, alerté par un e-mail d’amoureux, fatigué des chiffrages dont la presse regorge, on se dit qu’un peu de finesse dans ce monde de prétentieux nous ferait du bien. Le Set de la Butte présente un cabaret de Stéphane Derossis : « Si j’aurais su j’aurais fait bourgeois... ».

Les petits ruisseaux font les grandes rivières, et quelquefois au théâtre des bouts-de-ficelle, les petits spectacles font les grandes émotions. "Si j’aurais su j’aurais fait bourgeois..." est de ces formes courtes et tendres à la fois, comme celles que Monique Brun avait pu nous en donner à voir chez une Chantal Morel ou un Valetti.

Voyons plutôt : "- Je suis de la famille des nouveaux pauvres, tu connais ?
Y’a le tiers monde, le quart monde et maintenant le quart du quart !
Ça vient de sortir... Comment on dit pour le quart du quart ?
- Un seizième !
- C’est ça ! Je suis du seizième... une vraie pauvre.
"

Ce n’est donc pas à Edouard VII qu’on ira applaudir le texte de Valérie et Stéphane. Ici, bien-pensants s’abstenir. Ces deux baladins ne sont pas des professionnels du dossier de subventions, ce sont des professionnels du spectacle, c’est toute la différence.

Brassens n’était pas non plus le type du conformiste. L’hommage fait au poète va jusque dans le choix de l’underground. "Donner trois minutes de bonheur à un homme, y a plein d’hommes politiques qui sont pas foutus d’en faire autant ". Où se cache cette misère qui, tellement prégnante, ne se montre pas ? Dans le vide sidéral de l’ignorance qui nous guette, dans la poussière des bibliothèques désertées peut-être. Car il n’est pas ici question d’indigence. L’affaire est autrement sérieuse. La preuve : on ne peut s’empêcher de se gondoler.

Gabriel et Derossis ont déniché les perles du mec Brassens. Jazzy, elles sonnent à nouveau dans l’octave de Valérie Gabriel, (une actrice qui chante juste, mais si !) alias Lulu. Pas si paumée malgré tout, elle veut de l’amour et Gaspard, lui, veut du fric et il est prêt à passer un après-midi de chien pour ça. La femme étant l’avenir de l’homme, ils vont suivre une autre voie, écouter une autre voix. Lulu, amoureuse de son Gaspard et des mots de Georges. Brassens dans ce spectacle, c’est un convive de pierre inattendu, une prosopopée, mais ça Gaspard ne sait pas ce que ça veut dire, lui qui n’a pas accès au langage ne caresse que le rêve de braquer une banque. Les mots de Georges, musique de papa, le découvriront pourtant, éveilleront en lui une conscience politique. Comme quoi il vaut mieux s’assurer de la tradition avant de rompre avec elle. Si Gaspard avait su que son coeur pouvait déborder comme ça, il aurait pas fait bourgeois.

Eh oui, bonheur matériel, bourgeoisisme... mais on ne se refait pas. Quand il est si facile de boursicoter ou faire campagne, si on n’a pas envie de mentir on chante. On ne fait la pluie de personne, et on fait le beau temps de tous ceux qui, comme dit Brassens revenu du ciel, "veulent bien [l’]écouter". Pas de formatage ici, et point de moquerie.

Pari d’amis et d’esthètes qui ont porté cette pièce du fin fond de l’ Auvergne à Paris, loin des dramaturgies ambitieuses et casse-dos qu’on nous fera subir dans des salles vides ou pleines de profs, les petites formes comme celles-là ne demandent rien à personne. Elles réconcilient plutôt avec la théâtralité et son message. Ce genre d’objet de culture vivante devrait être obligatoire aux écoles de la République, inclus aux programmes de l’éducation populaire d’une démocratie éclairée comme notre douce France (n’est-il pas ?).

Amateurs de vrais acteurs et grenouilles de centres dramatiques, voyez Gaspard et Lulu. Et priez Trenet, Brel et Brassens que le courage revienne aux programmateurs de théâtre Off et de festivals In.

Extraits vidéos sur http://www.lesetdelabutte.com

Voir le site des amis de
Georges Brassens http://www.georges-brassens.com

du 4 avril au 8 mai au Set de la Butte 7 rue Pierre Picard
75018 Paris

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Si j'aurais su, j'aurais fait bourgeois...

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2 réactions à cet article    


  • nathalie p.f. (---.---.135.116) 10 avril 2007 11:09

    vous dites un peu de finesse, vous réussissez a merveille, agréable a lire, surtout en cette période


    • sassou (---.---.146.217) 11 avril 2007 17:19

      Un bonheur de spectacle !!! Une excellente soirée pleine de tendresse et de poésie. Merci pour ce beau moment.

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