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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Sixteen tons : la complainte du mineur américain

Sixteen tons : la complainte du mineur américain

Sixteen tons est une chanson des années 50 qui s'inspire des conditions de vie très difficiles des mineurs de charbon dans les Appalaches (est des États-Unis). Si on ne peut compter le nombre de chansons politiques, plus ou moins réussies, à ma connaissance, 16 tons est le seul grand succès qui entre dans la sous-catégorie des chants d'inspiration syndicale (en excluant l'incontournable "...si tu savais, ta réforme où on s'la met...) bien que le texte ressemble plus à une complainte qu’à un appel à la révolte.

On a coutume de dire que les grands textes, littéraires ou musicaux, se reconnaissent à leur caractère universel et intemporel. Aujourd'hui avec la crise de la dette dans la zone euro, on peut dire sans aucune doute que 16 tons entre dans cette catégorie.

J'ai tout simplement découvert ce titre en regardant une de mes séries télé favorites, Mad men. Cela me donne l'occasion de répondre à ceux qui trouvent que cette série est "lente et qu'il ne se passe rien" qu'en faisant un peu d'effort, en suivant les aventures de Don Drapper, on découvre une page importante de l'histoire des États-Unis vécus de l'intérieur.
 
16 tons a été interprétée par de nombreux artistes, de Johnny Cash à Tom Jones en passant par Elvis Presley, il existe même une version française chantée par notre Eddy Mitchell national. Mais l'interprétation la plus connue et la plus appréciée revient à Tennessee Ernie Ford et ce n'est que justice, non seulement le bonhomme a eu le bon goût de naitre à Bristol, Tennessee, "lieu de naissance de la musique Country" selon le Congrès américain mais en plus cette ville est située au pied du versant oriental des Appalaches à quelques kilomètres des anciennes mines de charbon.
 
J'ai trouvé au "Royaume du tout et du n'importe quoi", Internet, beaucoup de traductions de cette chanson, malheureusement aucunes ne me convenait. Soit le traducteur semblait avoir utilisé Google traduction sans aucune correction soit il avait privilégié de conserver le rythme du texte anglais au détriment du mot pertinent et juste en Français. J'ai donc décidé m'y coller avec pour objectif d'êtres le plus fidèle possible à la signification du texte et au diable les rimes. N'essayer donc pas de reprendre ces paraboles en français pendant un karaoké.
 
Une courte explication de texte
 
Le texte fait référence au système économique mise en place au 18ème siècle par les compagnies propriétaires de mines de charbon dans l'Est des États-Unis pour régir les relations entre elles et leurs salariés. En échange de leur force de travail, les mineurs étaient logés et recevaient des bons d'achat qui leur permettaient de s'approvisionnaient auprès du magasin de la compagnie, seule une petite partie des salaires étaient payés en bons Dollars américains. Conséquence des salaires bas et des coûts de vie relativement élevés (le magasin de la compagnie ayant le monopole de vente dans le camp) les mineurs disposaient d'une faible épargne ou étaient endettés ("Je dois mon âme au magasin de la compagnie") et ainsi ne pouvaient quitter la mine.
La référence à la bible est omniprésente dans le texte mais cela n'a rien de révolutionnaire pour de la musique country très populaire dans la "Bible belt".
 

 Sixteen tons / Seize tonnes
 
Some people say a man’s made out of mud, 
A poor man’s made out of muscle and blood,
Muscle and blood and skin and bones,
A mind that’s weak and a back that’s strong.

Certaines personnes disent qu'un homme est fait de boue,
Un homme pauvre est fait de muscle et de sang,
Du muscle et du sang et de la peau et des os,
Un esprit aussi simple que le dos est fort.

You load sixteen tons and what do you get ?
Another day older and deeper in debt.
Saint Peter, don’t you call me ’cause I can’t go,
I owe my soul to the company store.

Tu charges 16 tonnes et qu'est-ce que tu obtiens ?
Un jour de plus et plus de dettes,
Saint Pierre, ne m'appelle pas car je ne peux pas partir,
Je dois mon âme au magasin de la compagnie.

I was born one mornin’ when the sun didn’t shine.
I picked up my shovel and I walked to the mines.
I loaded sixteen tons of Number Nine coal,
And the straw-boss said, “Well, bless my soul.”

Je suis né un matin où le soleil ne brillait pas.
J'ai pris ma pelle et j'ai marché vers les mines.
J'ai chargé seize tons de la mine numéro neuf,
Et le contremaitre m'a dit, "Bénissez mon âme."

You load sixteen tons and what do you get ?
Another day older and deeper in debt.
Saint Peter, don’t you call me ’cause I can’t go,
I owe my soul to the company store.

Tu charges 16 tonnes et qu'est-ce que tu obtiens ?
Un jour de plus et plus de dettes,
Saint Pierre, ne m'appelle pas car je ne peux pas partir,
Je dois mon âme au magasin de la compagnie.
  
I was born one mornin’, it was drizzlin’ rain.
Fightin’ and trouble is my middle name.
Raised in the Canebrake by an old mama lion,
Ain't no a high-toned woman make me walk the line.

Je suis né un matin de crachin.
Bagarre et problème est mon deuxième nom.
Elevé dans un champ de canne à sucre par une vieille lionne de mère,
Y a pas meilleure femme pour ne pas me faire passer le ligne jaune.

You load sixteen tons and what do you get ?
Another day older and deeper in debt.
Saint Peter, don’t you call me ’cause I can’t go,
I owe my soul to the company store.

Tu charges 16 tonnes et qu'est-ce que tu obtiens ?
Un jour de plus et plus de dettes,
Saint Pierre, ne m'appelle pas car je ne peux pas partir,
Je dois mon âme au magasin de la compagnie.

WeIl, if you see me a-comin’ you better step aside.
A lotta men didn’t and a lotta men died.
I got a fist of iron, and a fist of steel.
If the right one don’t get you, then the left one will.

Si tu me voit arriver tu ferais mieux de t'écarter.
Beaucoup ne l'ont pas fait et beaucoup sont mort.
J'ai un poing de fer et un poing en acier.
Si celui de droite ne t'atteint pas le gauche le fera.

You load sixteen tons and what do you get ?
Another day older and deeper in debt.
Saint Peter, don’t you call me ’cause I can’t go,
I owe my soul to the company store.

Tu charges 16 tonnes et qu'est-ce que tu obtiens ?
Un jour de plus et plus de dettes,
Saint Pierre, ne m'appelle pas car je ne peux pas partir,
Je dois mon âme au magasin de la compagnie.


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12 réactions à cet article    


  • gordon71 gordon71 24 février 2012 11:54

     beau boulot

    en France à montceau les mines par exemple ce système existait assez comparable, écoles dispensaires, magasins, tout était Schneider de la naissance à la mort, au Creusot et dans le « bassin minier »
     qu’est ce qui est pire, finalement le paternalisme du capitalisme familial ou le cynisme du capitalisme sans frontière... ?

    http://www.youtube.com/watch?v=3I15_KUsOzs&feature=related


    • lahalle 24 février 2012 13:54

      Merci de diffuser ces chansons oubliées, du moins en France, et dont beaucoup sont devenues des sucés internationaux... Finalement rien ne se crée...
      Mais il existe bien d’autres chansons américaines d’inspiration syndicale ou politique... Woody Guthrie, Pete Seeger et Cisco Houston en ont composées et chantées beaucoup (This land is your land, My dirty overhalls, John Henry, No irish need apply...)
      Deux petites critiques sémantiques, cependant..Il me semble qu’il serait plus approprié de parler de musique hillbilly plutôt que de country...
       Et je pense que la phrase :
      « I loaded sixteen tons of Number Nine coal, » doit se traduire par « j’ai chargé 16 tonnes de charbon numero 9 » , en effet le charbon était passé au crible (d’où l’expression) et était classé par numéro correspondant à sa taille..


      • Fergus Fergus 24 février 2012 14:09

        Bonjour, Le Taulier.

        Un grand merci pour cet article que... j’avais en projet depuis au moins un an. Cette chanson, qui fut qualifiée de « communiste » aux Etats-Unis, est un un pur régal, particulièrement dans la superbe version de Tennesse Ernie Ford.

        Excellente traduction.

        Cordialement.


        • Fergus Fergus 24 février 2012 14:13

          Après la version de Merle Travis, proposée ci-dessus, voici celle, supérieure à mes oreilles, de Tennessee Ernie Ford : Sixteen Tons.


        • Le taulier Le taulier 24 février 2012 14:12

          Merci Gordon et Lahalle,

          Ce soir je vais me coucher moins con grâce à Lahalle. Je ne connaissait pas l’expression Hillbily mais j’ai l’impression que cela englobe quelque chose de plus vaste que l’aspect musical en plus ce terme m’a l’air un peu péjoratif ?

          C’est vrai que j’ai buté sur la phrase suivante ; « I loaded sixteen tons of Number Nine coal, » , qu’est-ce que désigne le chiffre 9 ? un type de charbon ? ou un endroit de la mine ?


          • Fergus Fergus 24 février 2012 14:19


            @ Le taulier.

            Le Hillbilly est, en schématisant, l’ancêtre de la Country. Mais il a également influencé le rock.
            Le mot « Hillbilly » est un peu l’équivalent de « Redneck », autrement dit plouc ou bouseux. Une appellation revendiquée avec fierté par les petits fermiers blancs pour désigner leur musique.

            Bonne journée.


          • lahalle 24 février 2012 14:57

            Le terme hillbilly était au départ caractéristique des habitants des Appalaches, puis, ils s’est élargi et, comme l’explique Fergus, il est devenu un peu synonyme de péquenaud (voir wikipedia), mais il n’empêche que le terme a été revendiqué musicalement par de nombreux artistes et que de fait, du honky tonk au bluegrass, ce style et ses déclinaisons sont à l’origine d’une bonne partie de la musique américaine . Sa rencontre avec les différents blues ayant amené le foisonnement musical que l’on connaît -comme quoi le mélange des cultures...-.
            Je ne suis pas particulièrement atlantiste, mais il faut avouer que les ricains sont à la base de pas mal de choses qui nous remuent les oreilles...
            Ce qui me fait penser que le numero 9 correspond à une grosseur du charbon c’est que dans les machines à vapeur de la SNCF le charbon utilisé était souvent classé par taille et par numéro...


          • pigripi pigripi 24 février 2012 17:25

            Oui, Number Nine coal fait sûrement référence à une qualité de charbon et ce n’est sans doute pas choisi par hasard, sans doute le charbon le plus difficile à extraire ou à manipuler.

            D’après cette discussion, http://boards.straightdope.com/sdmb/showthread.php?t=317767#9 pourrait aussi bien être un numéro de veine qu’un numéro de mine connu des seuls mineurs qui y travaillent.
            On suppose que Merle Travis et George Davis qui sont les deux auteurs présumés du texte ont utilisé une expression locale qui traduisait la difficulté et les conditions de travail épouvantables des mineurs.

          • Le taulier Le taulier 24 février 2012 18:04

            J’adore ce genre de discussion. C’est un peu comme quand on parlait du sexe des anges au Moyen-âge...enfin j’imagine.


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 février 2012 15:55

            Bonjour,la musique hillbilly c’est le bluegrass qui a donné des champions du banjo et des virtuoses à la guitare picking.


            • pigripi pigripi 24 février 2012 17:09

              C’est en effet une très belle chanson dont l’interprétation par Tenessee Ernie Ford me plait beaucoup.

              Mais celle des choeurs de l’armée rouge n’est pas mal non plus smiley))

              • Le taulier Le taulier 24 février 2012 18:04

                J’adore ce genre de discussion. C’est un peu comme quand on parlait du sexe des anges au Moyen-âge...enfin j’imagine.

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