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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Snake Eyes » : écrans de fumée

« Snake Eyes » : écrans de fumée

Chez Brian De Palma, la réalisation n’a jamais été purement fonctionnelle. Le metteur en scène conçoit son cinéma comme un puzzle dramaturgique, inépuisable et fumeux, enrobé de plans idoines et de mouvements faisant sens. Le propos est censé s’y diluer avec discernement, sans jamais renoncer ni à sa densité, ni à sa finesse. Un équilibre en œuvre dans l’hypnotisant et nébuleux Snake Eyes, regard froid et presque clinique portant sur les dysfonctionnements sociétaux contemporains. Le style et les obsessions du héraut du Nouvel Hollywood s’y expriment dans toute leur plénitude : la caméra survole des chambres d’hôtel pour y débusquer des bribes existentielles ; elle balaie l’arène, ses gradins et ses coulisses à coups de visions tronquées et subjectives ; elle immortalise avec élégance des billets ensanglantés, une corruption endémique et une société hyper-voyeuriste, symbolisée par des écrans proliférant à l’infini et un oculaire géant surplombant une enceinte bouillonnante et surpeuplée. Du scénario de David Koepp, Brian De Palma dégage avant tout une ample fresque inaugurale – splendide plan-séquence exécuté dans les couloirs dédaléens du Palais des Sports –, un ballet vertigineux qu’il décomposera ensuite à l’envi pour mieux le réinterpréter selon différents points de vue, aidé en cela par un usage judicieux du split-screen. On y voit le policier Rick Santoro, manipulateur perfide et corrompu, déambuler avec ferveur dans les coulisses d’un match de boxe à l’abri duquel se trame une conspiration visant à supprimer le secrétaire d’État à la Défense, placé sous la protection du commandant de marine Kevin Dunne. C’est ce substrat à forte coloration politique que Snake Eyes va désagréger en panoramas dichotomiques, segments biaisés d’une réalité plus sibylline qu’il n’y paraît. À ce stade, le doute n’est plus permis : il plane sur le métrage (au moins) trois ombres prégnantes, celles de Blow Out, de l’assassinat de JFK et d’Alfred Hitchcock – dont on devine aisément les thématiques et partitions, outre le fameux plan du rubis incrusté dans la colonne de pierre. En plus de rendre hommage au maître du suspense, Brian De Palma injecte dans son film une double dose de cynisme et aligne les figures négatives comme des endives au jambon, antihéros errant dans une arène fonctionnant en vase clos, où l’œil humain, les caméras de surveillance et les équipes de télévision se chevauchent pour mieux déloger vilenies et insensibilité. Car si derrière les portes du casino s’affaire un ouragan hurlant et déchaîné, à l’intérieur du bâtiment, c’est un tourbillon de prismes, d’intérêts et d’apparences qui emporte tout sur son passage. Nicolas Cage (Rick Santoro) et Gary Sinise (Kevin Dunne), pleinement investis, y sacrifient leur vieille amitié au nom d’aspirations conflictuelles, chacun cherchant égoïstement à avancer ses pions, et piétinant à cet effet toute notion de moralité. L’occasion pour Brian De Palma de porter un coup fatal aux vérités fabriquées de toutes pièces, aux hommes de l’ombre qui dirigent tout selon leur seul bon vouloir et, accessoirement, aux médias assujettis à l’audience et aux pressions, coupables de maquiller très opportunément les faits – et même la météo. 


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1 réactions à cet article    


  • Le p’tit Charles 22 novembre 2014 09:18

    Brian De Palma..défenseur des USA..investi en politique..le pur cinéma américain..gros moyens..avec support de politiciens..tout le contraire du talent..

    Aucun intérêt..(pour moi).

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