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Sophya Baccini, diva du prog divinement inspirée avec Big Red Dragon, somptueux album

Sophya Baccini est pratiquement inconnue du public français alors qu’elle est une grande dame de la musique alternative en Italie. L’occasion de faire connaissance avec cette artiste naviguant en dehors des conventions et qui vient de sortir avec sa formation un de ces disques étranges et intemporels qu’on ne se lasse pas d’écouter tant les exécutions et compositions sont riches en ressources musicales.

Mais qui est Sophya Baccini ? Elle est née dans la musique, chanteuse et pianiste à ses débuts en 1990 lorsque sa carrière commence. Elle fonde avec deux compères napolitains le groupe Presence, trio naviguant entre gothique, rock progressif et dark. Elle écrit aussi des textes, en plusieurs langues, italien, anglais, français mais aussi le napolitain. Bref, une authentique artiste, pas comme ces bimbos américaines préfabriquées pour vendre de la culture de masse. Entre 1990 et 2010, Presence a sorti six albums mais Sophya ne s’est pas contentée d’un seul parcours et a été impliquée dans de nombreuses collaborations en studio et sur scène avec des artistes de la scène progressive italienne et pas des moindres car dans la liste, on trouve Vittorio Nocenzi du légendaire Banco, Osanna, Delirium, ainsi que des formations plus récentes qu’elle accompagna de ses vocalises, Greenwald, Wicked Mind. Ce n’est qu’en 2009 qu’elle se lance dans l’aventure personnelle avec Aradia, un album assez remarqué qui reçut la prestigieuse récompense des ProgAwards. Aradia est dans la mythologie grecque la fille d’Artemis. Bien souvent, les artistes du prog prennent leurs inspirations dans les légendes passées, la symbolique ésotérique ou les mythologies anciennes.

Le somptueux disque enregistré par Sophya avec sa formation baptisée Aradia et une brochette de guests du prog a été inspiré par la poésie et les peintures de William Blake. Le projet est né suite à une conversation un jour d’été au bord d’un lac avec Massimo Gasperini, le chef d’orchestre du label genevois Black Widow. Sophya avait apporté un livre sur les secrets de Naples et se décida de faire jouer le hasard. Le livre s’ouvrit au début d’un chapitre avec en épigraphe un extrait d’un poème de Blake. S’en suivit une discussion sur la composition d’un opéra prog inspiré par ce texte mais Massimo suggéra à Sophya de s’inspirer plutôt des peintures de Blake. Ce qu’elle fit en écrivant paroles et musiques pour ce concept album intitulé « big red dragon », en référence à une série d’aquarelles peintes par Blake dans le contexte d’une illustration des textes de la Bible, entre 1805 et 1810. Pour interpréter ses compositions, Sophya a choisi d’être accompagnée par des musiciennes, la violoniste Stella Manfredi, la percussionniste Francesca Colaps et Marilena Striano qui joue une partie de piano. La guitare est assurée par Chico Accetta, recruté après avoir fait ses preuves lors de répétitions convaincantes.

Et maintenant, place à la musique qu’on peut savourer avec un plaisir sans cesse renouvelé. Pas moins de 13 pièces musicales pour une durée de 72 minutes. Les premières écoutes semblent donner l’impression d’une pop progressive mais au fil du temps, le jugement diverge et l’on saisit les innombrables subtilités de cette œuvre qui s’oriente résolument vers des atmosphères symphoniques et intimistes, non sans quelques incantations romantiques, dont l’accent est appuyé par des violons très présents. La guitare est stridente et mélodieuse, parfaitement ajustée aux vocalises bien perchés de Sophya dont la voie très particulière avec un registre élevé évoque parfois Kate Bush ou même l’ex chanteuse de Nightwish, Tarja Turunen et d’ailleurs, la comparaison ne s’arrête pas uniquement sur la voix car on trouve parfois quelques connivences entre les morceaux intimistes chantés par mesdames Baccini et Turunen (Winter storm). Parfois des ambiances faussement glaciales, empruntes d’un mysticisme assumé pour éclairer d’étincelantes ténèbres les longues soirées d’hiver. Un conseil cependant pour une oreille habituée aux élans métalliques genre Opeth, il faut déprogrammer son tympan. Sophya fait dans le rock atmosphérique bien tempéré mais pas du tout soporifique. Tout en subtiles arabesques.

Dès le premier morceau, on voit se dessiner le style, sobre mais efficace, aucune faute ostentatoire ni démonstration technique, tout se joue à l’émotion d’un dialogue entre la guitare mélodique, les parties de violon symphonique et les notes de clavier subtilement exécutées par Sophya. Alors quand la voix entre en scène, on se sent transporté vers un univers chaleureux, avec cette atmosphère enveloppante, pénétrée de sérénité, hymne à l’optimisme lucide, espérance conjurant le deuil d’un monde non advenu. Quelques ruptures de rythme, la guitare devient plus entreprenante, le piano lui répond ok et les incantations viennent clore cet étrange ballet instrumental. Etrange et belle, cette musique l’est sans conteste. Presque planante. Mais surtout prenante, avec « Satan », la troisième composition sombre et inquiétante, la guitare prenant des chemins torturés, mais toujours ce souci du beau car, il y a une recherche du beau évidente. Une beauté pas naïve mais pénétrée d’une désespérance conjurée et fissurée pour laisser filtrer les portes d’un paradis pas tout à fait perdu (clin d’œil à William). Même lorsqu’il nous conduit aux portes de l’enfer avec les vocalises de Sophya dialoguant avec les chants interprétés par les frères Vairetti. A la dixième écoute, le verdict est définitif, cet album est remarquable et mérite d’être placé parmi les plus originale pièces du rock progressif. Un disque de maturité, parfaitement abouti.

Les invités se succèdent. Roberto Tirante, Elisa Montaldo… Christian Decamps qui chante en français. Le dernier morceau intitulé Jerusalem vous rappellera quelque chose de déjà entendu. Surtout si vous connaissez vos classiques du prog, puisque cette composition classique a déjà été interprétée par ELP dans Brain Salad… Cette perle si belle deviendra sans doute un album indispensable pour les mélomanes férus de rock progressif. Avec un style pas très conventionnel ni académique et c’est ce qui fait son intérêt.

TRACK LIST :

William Angel of the Revelation Satan Love of Hecate La Porta dell’Inferno The Number Just Cerberus While He’s Sleeping Au Matin de Premier Jour Beatrice Big Red Dragon Jerusalem

ARADIA, line-up

Sophya Baccini : Voice, background vocals, keyboards, piano, synth bass Chicco Acetta : Guitars Francesca Colaps : Drums Stella Manfredi : Violin, viola Marilena Striano : Piano on “Beatrice”

Invités :

Christian Decamps : Lead vocals on “Au Matin de Priemer Jour” Enrico Iglio : Hammond organ, mini moog, bells on “The Number” Pino Falgiano : Keyboards solo on “Cerberus” Aurelio Fierro Jr. : Vocals on “Big Red Dragon” Sonja Kristina : Vocals on “While He’s Sleeping” Elisa Montaldo : Harpsichord, celeste, mellotron on “Love of Hecate” Steve Sylvester : Vocals on “The Number” Roberto Tiranti : Vocals on “Just” Irvin Vairetti : Vocals on “La Porta dell’Inferno” Lino Vairetti : Vocals on “La Porta dell’Inferno”


Moyenne des avis sur cet article :  4.2/5   (5 votes)




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4 réactions à cet article    


  • astus astus 7 novembre 2013 14:14

    Avec Sophya Baccini et pour cette « espérance conjurant le deuil d’un monde non advenu » on se ferait presque damner, ce qui est un comble, sauf pour ceux qui pensent que, tout comptes faits, le royaume des enfers est plus intéressant que celui du paradis où l’on doit s’ennuyer à mourir de perfection.

    Amitiés.

    • Isis-Bastet Isis-Bastet 7 novembre 2013 23:26

      Mieux vaut régner en enfer
      Que servir au paradis.
      Milton


      • Isis-Bastet Isis-Bastet 7 novembre 2013 23:27

        J’ai oublié de dire que l’article donne envie d’écouter cette chanteuse que je ne connaissais pas. En plus, j’aime Blake.


        • Gieller Gieller 8 novembre 2013 09:13

          Excellent article mais qui hélas est très subjectif et ne reflète pas mon ressenti à l’écoute de cet album...
          Les morceaux s’enchainent et mon ennui aussi...
          A l’écoute j’ai l’impression d’être projeté à l’Eurovision dans ce qu’il a de plus kitsch à proposer...

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