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Space Invaders, une offensive du heavy krautrock

Les années 1970 ont été d’une inventivité démesurée. Le krautrock germanique accompagnait nos journées, avec le progressif britannique. Quarante plus tard, la fibre musicale révolutionnaire et free ne s’est pas éteinte. La scène allemande n’a pas vacillé et malgré les dissensions politiques, rien ne doit nous écarter des complicités esthétiques avec ce pays de grande culture. Je viens de recevoir un enregistrement studio réalisé par une formation de krautrock contemporain et j’avoue avoir été séduit par la qualité de ces improvisations captées en studio et jouées par les Space Invaders, quarter d’instrumentistes provenant de diverses formations et notamment le claviériste Dirk Jan Müller, membre de Electric Orange, excellente formation sévissant dans le krautrock contemporain. Le bassiste Paul Pott, le percussionniste Denis Gockel et le guitariste Mike Häfliger complètent ce quartet réuni pour enregistrer des jam sessions mastérisées dans le studio d’Electric Orange et édité sur le label Nasoni spécialisé dans le space rock. A noter que Space Invaders n’est pas figé dans une line-up et que tous ses instrumentistes proviennent des scènes space germaniques et helvétiques qui se révèlent foisonnantes, renouant avec le meilleur du krautrock après les expériences contrastées de la techno dans les années 1990.

Tout comme le progressif, le krautrock n’a rien d’un genre figé dans des normes esthétiques. Chaque formation possède sa propre signature. Le Tangerine Dream du milieu des seventies offrait des plages électroniques et symphonistes, Cluster et Can représentaient un courant free et contemporain, alors que le Ash Ra Tempel des débuts sévissait dans un style heavy space, un peu comme le Grateful Dead de la bonne époque mais en moins brouillon. C’est du reste ce style heavy et franchement psyché que l’on retrouve dans ce CD ; 80 minutes de musique jouée par les quatre excellents instrumentistes de Space Invaders. Un son parfaitement équilibré et épuré permettant d’entendre les nappes de claviers subtilement agencée et les distorsions ajoutées à une guitare jouée résolument dans un style psyché comme aux débuts des seventies.

La première séquence jouée dure une dizaine de minutes. Elle commence par des sonorités planantes de clavier dans un style aisément identifiable, avec des touches impressionnistes de guitare. On pense aux classiques du krautrock et notamment aux effluves étirées du groupe Agitation Free. Un étrange jeu de basse vient troubler l’équilibre. Les percussions entrent en scène, discrètement. Puis ça distorsionne un peu. Le jeu s’accélère, progresse lentement, subtilement, comme si les musiciens voulaient nous hypnotiser. Et ça démarre, le rythme se met en place, le tempo est assuré et le style devient plus heavy, proche des expériences psyché proposées il y a quarante ans par Ash Ra Tempel. Avec également quelques réminiscences floydiennes. L’ensemble est bien dosé, parfaitement équilibré, entre krautrock et psyché, comme si on voyageait quatre décennies en arrière. Le résultat est impressionnant pour une jam session. Quel professionnalisme !

Le second morceau débute différemment. Ce qui n’est pas pour déplaire car le risque du psyché, c’est de donner l’impression d’entendre plusieurs fois la même séquence avec juste quelques différences mélodiques. Les Space Invaders ne tombent pas dans ce piège. Cette seconde séquence commence avec des bruitages électroniques puis quelques lignes mélodiques se mettent en place avec un beat affirmé pour ensuite laisser une ouverture pour une guitare stridente mélangée à des claviers vintage qui évoquent le Floyd au temps de Syd Barett.

Et c’est reparti avec une troisième séquence qui ne ressemble pas du tout aux précédentes. Avec des bruitages mélangés de guitare et clavier pour lancer une rythmique toujours aussi hypnotique et ce style planant si caractéristique du psyché abouti qu’on entendait au début des années 1970. Cette musique n’a rien du rock standard ou de la pop. C’est du grand art. Un ravissement pour l’oreille. Un sentiment de zénitude envahi l’âme. Entre Ash Ra et Guru Guru et même quelques réminiscences du Dead mais joué à la perfection, sans faute formelle. Impressionnant que cette séquence étirée sur plus de 12 minutes. C’est un CD que l’on peut écouter trois fois par jour sans se lasser. On apprécie cette inventivité et la progressivité dans l’exécution. La guitare finit par ressembler au jeu de Gilmour dans Careful Eugen…

La quatrième séquence est plus courte mais une fois de plus elle sonne différemment du reste, offrant un paysage sonore feutré et délicat. Une musique qui éveille le visuel. Cristalline parfois. Expérimentale et planante. Avec des nappes de clavier envahissantes qui une fois de plus, résonnent avec les seventies. Sans que l’on ait l’impression d’une simple copie de ce qui se faisait à cette époque. On dirait plutôt un aboutissement du genre. Avec une production des plus soignées. Et un jeu qui laisse augurer d’excellentes prestations sur les scènes européennes. Cinquième séquence, plus musclée, entre Porcupine Tree et des arabesques de clavier rappelant le Set the control du Floyd. La sixième résonne aussi entre métal et free rock. Guitares saturées. Proche du heavy rock. Et pour finir, la pièce de résistance après un court intermède, la huitième séquence, 22 minutes d’impro avec un style rétro psyché dans la tonalité de l’album et cette guitare parfois floydienne surfant sur un déchaînement sonore parfaitement équilibré. Le résultat est un peu plus free et déconcertant mais jamais ennuyeux.

Au final, un disque indispensable pour les amateurs de free rock souhaitant replonger dans les seventies et une note finale de 4.5 stars.

Space Invaders, Dreadnought


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2 réactions à cet article    


  • Pyrathome Pyrathome 2 décembre 2015 23:17

    C’est bon comme du Pink !!
    À propos, papy fait de la résistance... avec l’indicatif des gares sncf.... !


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