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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Taj » - de Timeri N. Murari, ou la grandeur brisée

« Taj » - de Timeri N. Murari, ou la grandeur brisée

« Même dans le noir, je pouvais la reconnaître. Son odeur, sa douceur, la forme de son corps sont inscrites dans mes sens, bien que ma mémoire s’affaiblisse. Et encore, ce que j’aimais n’était pas visible. Les soupirs que l’on ne peut saisir, les rires que seul Dieu peut entendre, un regard qui n’avait de signification que pour moi. Toutes ces choses me remplissaient d’un immense plaisir.
Mon Dieu, pourquoi avons-nous eu si peu de temps ensemble ? L’éternité n’aurait pas suffi. »

Timeri A. Murari

Voilà des lectures comme on les aime. La raison par excellence pour laquelle on plonge son nez dans un livre, on s’y scotche et on oublie le monde autour de vous. Il y a tout dans ce "Taj" de l’auteur indien Timeri N. Murari : amour (avec un "A" immense), passion, rage, colère, haine, bravour, conquête, audace et, apprentissage. Tout, il y a tout dans ce pavé qui conte la construction du mythique mausolée du Taj Mahal.

"Si seulement nous pouvions séparer le plaisir de ses conséquences."

 

Mais il serait malhonnête de plonger la tête en avant dans la glorification de ce roman historique sans parler de mon parcours de lecture, car il ne fut pas si évident. Il faut dire que les cent premières pages – sur presque 600 – furent un chemin de croix pour moi. Un chemin de croix jonchée d’écriture poétique et de descriptions féériques, mais une avancée à marche forcée tout de même. Je n’aime pas les longues séquences où les auteurs essaient de nous faire visualiser l’environnement géographique, où il tente de nous montrer la beauté des paysages, de la faune, la magnificence des batisses. Je n’aime pas les lenteurs des mises en place des – multiples – personnages, le temps pris pour étaler sur le sol les pièces du puzzle et de commencer à esquisser l’histoire d’amour – fou – entre l’empereur Shah Jahan et la magnifique Mumtaz-i-Mahal (Arjumand) qui emmena à la construction du Taj. J’ai eu du mal à rester dans le roman, à rester accroché à l’écriture, pourtant très maitrisée, de l’auteur. Je me béni d’avoir joué la sangsue littéraire !

 

« Même dans le noir, je pouvais la reconnaître. Son odeur, sa douceur, la forme de son corps sont inscrites dans mes sens, bien que ma mémoire s’affaiblisse. Et encore, ce que j’aimais n’était pas visible. Les soupirs que l’on ne peut saisir, les rires que seul Dieu peut entendre, un regard qui n’avait de signification que pour moi. Toutes ces choses me remplissaient d’un immense plaisir.
Mon Dieu, pourquoi avons-nous eu si peu de temps ensemble ? L’éternité n’aurait pas suffi. »

 

T. N. Murari a construit son roman de façon désynchronisée, en faisant alterner des chapitres sur l’histoire d’amour entre Shah Jahan et Arjumand, et des chapitres dans le "futur" où l’on montre un Shah Jahan vieilli et obsédé par la construction du Taj, Arjumand n’étant plus là.
Si le premier tiers m’a donné autant du mal c’est pour toutes les raisons listées plus haut, mais aussi à cause du début de cette histoire d’amour qui dégueule l’eau de rose, on flirt avec l’overdose de Barbara Cartland tant le récit de la rencontre entre les deux protagonistes est tiré par les cheveux et nian-nian. Cette soudaine passion amoureuse qui naît entre un prince de quinze ans et une noble de douze, sur la place du marché, et qui va traverser les années, battre les conventions qui leur dénie le droit de se marier… c’était trop. Trop de rose ni par empoisonner l’eau.

Et en parallèle, on suit, environ vingt ans après, le acharya – caste des artistes – Murthi dont le destin va être lié à la construction du temple. Dans cette seconde partie nous voyons un Shah Jahan non plus simple prince mais empereur du peuple Moghole qui règne sur un territoire immense. Il a conquis, par l’épée et le sang, le pouvoir mais il apparaît comme un homme brisé, aigri et obnubilé par une seule chose ; que le mausolée Taj qui va renfermer le corps de l’amour de sa vie soit terminée avant qu’il ne meurt.
La construction de la voûte durera plus de quinze ans, elle usera Murthi et Gopi, son fils, elle affamera le royaume, entrainera des luttes fratricides une génération après celle de Shah Jahan.


 

Il est quasiment impossible de parler de ce livre, d’en tirer un peu sur les intrigues, le contexte sans spoiler le contenu entier. L’histoire de ce livre se mérite et mérite que le lecteur s’y colle, s'y scotche et dépasse les premières pages un peu longuettes. Non seulement on y a tous les ingrédients qui font les grandes – et bonnes – sagas historiques ; avec tout ce que ça implique comme intrigues, coups bas, drames et batailles, mais en plus il y a l’histoire de la construction de cet édifice magnifique qui a traversé les siècles. Et c’est puissamment conté. Même si l’histoire – une partie – de sa construction peut simplement se trouver sur Wikipédia, la lire à travers les voix, qui alternent, de Murthi, du castra Isa, de la belle Arjumand et du Grand Moghole Shah Jahan. Mais aussi du mal aimé Aurangzeb, c’est un pure délice !

Une lecture délicieusement prenante et qui fait oublier les quelques scories – le début beaucoup trop long à démarrer, l’eau trop rose de l’amour – et on ressort de ce livre avec une vraie belle image de cet Inde millénaire, l’envie de savoir plus sur ce royaume Moghole qui fut immense et sur la richesse de ces territoires. En plus de nous rappeler que la laïcité, la liberté de religion et de culte ne sont pas des notions exclusivement occidentales.

 


 

TAJ

Timeri N. Murari

Éditions Piquier


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2 réactions à cet article    


  • igorencore igorencore 29 février 21:53

    Je suis désespérément à la recherche de la symbolique du miroir d’eau du Taj Mahal .....Vous ne l’auriez pas rencontrée dans le livre ????
    .


    • Joss Doszen Joss Doszen 29 février 22:00

       @igorencore, je ne me rappelle plus si la symbolique est décrite (je pense que non, je m’en serait souvenu), mais l’empereur Shah Jahan a bien sciemment fait détourner le cours d’un fleuve pour que le dôme du Taj vienne s’y refléter. Il fallait que le mausolée soit le plus beau jamais construit et c’est devenu une obsession pour lui

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